Pipistrel Velis, an 1
En février 2025, l’aéroclub d’Angoulême recevait un Pipistrel SW128, alias Velis Electro, loué par l’intermédiaire du Comité régional aéronautique. Le but : faire découvrir l’avion, premier appareil certifié à motorisation électrique. Et montrer aux riverains mécontents que oui, on étudie des solutions pour faire moins de bruit.

J’avais déjà fait un vol d’initiation de 22 min à l’aéroclub de Royan, en 2022. J’avais bien aimé, mais j’avais trouvé l’avion très fin, peut-être trop pour la formation initiale : la vitesse variait très vite au moindre changement d’assiette, et ça compliquait les finales. Mais là, on l’avait pour six mois, donc j’allais avoir le temps de m’en faire une idée plus précise — et en tant qu’instructeur au planning un peu plus souple que les gens qui gagnent leur vie à horaires fixes, j’allais aussi devoir former d’autres pilotes. Le temps de former une instructrice de moins de 85 kg, puis de trouver des trous entre les nuages, et c’est il y a un an tout pile que j’ai moi-même commencé à voler sur F‑HGBQ.
Trois cent soixante-cinq jours plus tard, où en est-on ?
Commençons avec un nombre : 38. C’est le nombre d’heures de vol que j’ai faites sur BQ en 2025. Et en 2026, malgré la météo pas meilleure ici que chez vous (je sais pas d’où vous me lisez mais je suis raisonnablement certain que ça marche), j’en suis à pas loin de 10 h. Le Velis est le type d’avion sur lequel j’ai le plus volé l’an passé, devant les Cessna 150 (25 h) et 152 (23 h) qui sont pourtant quatre à l’aéroclub et sont les bêtes de somme de l’instruction.
Deuxième nombre : 4,5. C’est le nombre de pilotes que j’ai formés à son pilotage (il y en a un qui avait commencé avec un collègue). Au total, 16 pilotes dont 14 de l’aéroclub d’Angoulême ont été “variantés” SW1281. Il y a aussi eu je ne sais pas combien de vols de prise en main de l’appareil par des pilotes angoumoisins ou environnants, pour qui le comité régional de la FFA sponsorise une partie du vol. Et le Velis est devenu le principal avion utilisé pour les élèves du Brevet d’initiation aéronautique, qui font normalement trois vols dans l’année (si la météo est d’accord…).

À ce stade, on commence à pouvoir dégager des tendances. La plus évidente : les gens qui volent dessus, en général, l’apprécient, parfois beaucoup. La simplicité et la clarté du poste de pilotage, les check-lists réduites, le manche léger et le caractère joueur de l’appareil plaisent. Les vitres qui descendent jusqu’aux sièges sont aussi idéales pour les passagers pas trop grands : si vous aimez vos enfants, payez-leur un baptême en Velis plutôt qu’en Cessna, ils verront beaucoup mieux ce qu’ils survoleront.
Les personnes de plus de 1,85 m sont parfois gênées par le longeron, qui traverse le cockpit juste devant leur front. La limite du réglage des palonniers est également un peu juste au-delà de cette taille. En dessous de 1,70 m, c’est la visibilité vers l’avant qui manque, du fait de l’assiette relativement cabrée en croisière, mais les gens de cette taille achètent aussi des coussins pour s’asseoir dans les Cessna donc ce n’est pas un inconvénient spécifique du Velis.
Le bruit attire toujours beaucoup de commentaires. En caricaturant, les pilotes de planeurs disent des choses comme “ah, on entend l’hélice quand même, je m’attendais à plus calme”, tandis que les pilotes d’avions penchent vers “ouah on pourrait retirer les casques et encore s’entendre, c’est trop bien, c’est silencieux de ouf !” Pour ma part, je me contenterai de dire qu’en général, je n’active pas la réduction du bruit en Velis, alors qu’au démarrage d’un Cessna, quand le moteur est encore au ralenti, je ne risque déjà pas de l’oublier et je me maudis si j’ai pas chargé les piles du casque.

Pour les pilotes qui viennent du Cessna, le Velis impose une révision des bases : il est gentil, sain, mais pointu. Il exige qu’on tienne ses vitesses, en particulier en finale. La vitesse de référence en finale est de 60 kt avec les volets complètement sortis. Le nez un doigt trop bas, il accélère immédiatement au-dessus de 65 et se met à siffler sa désapprobation (la Vfe₂ est à 65 kt, et l’extrémité des flaperons crée un sifflement caractéristique pile à cette vitesse) ; le nez un doigt trop haut, il ralentit doucement et quand il passe sous les 55 kt, vous voyez votre point d’aboutissement revenir très vite vers vous et le vario s’effondrer, et si vous ne réagissez pas, vous allez prendre un bon coup de pied au cul quand les roues toucheront le sol. Tant qu’on n’a pas bien pris ses repères de vitesse (et de compensateur), il vaut mieux atterrir avec les volets en position intermédiaire : la Vfe₁ est à 81 kt et la Vref à 65 kt, ce qui reste très raisonnable et laisse un peu plus de latitude.
Du fait des flaperons qui courent sur toute l’envergure, il est aussi très démonstratif pour le lacet inverse. Au point qu’au premier vol d’un nouveau pilote, surtout s’il a déjà une expérience de Cessna (où le lacet inverse est virtuellement inexistant), je fais systématiquement une alternance manche à droite-manche à gauche sur 3–4 cm, sans toucher aux pieds. Avec le bon rythme, le nez de l’avion part à droite quand on met le manche à gauche et inversement, jusqu’à avoir facilement 10° d’oscillations sans forcer sur le manche. Ça marque un peu les esprits et ça rappelle le vieil adage : “du pied, du manche” pour se mettre en virage (plutôt que l’inverse). C’est d’autant plus important que contrairement à Cessna, Pipistrel n’a pas cherché à alléger le palonnier : celui du Velis est franchement lourd et nécessite d’appuyer franchement, ce qui est d’autant plus remarquable que le manche est extrêmement léger et précis.
Du coup, je crois que “pense au pied” est la phrase que j’ai le plus prononcée en 2025.
L’autre petite adaptation nécessaire, c’est l’arrondi. Le Velis a moins d’inertie et il est plus fin que les avions habituels. La conjugaison des deux fait qu’à peu près tout le monde (moi le premier) a tendance à arrondir trop haut et rapidement en le découvrant. Et dans ce cas, il commence par remonter joyeusement, puis ralentit progressivement, et il se retrouve suspendu à 5 m du sol à moins de 55 kt, là où sa finesse se dégrade d’un coup. Un excellent moyen d’atterrir “dur”.
Réciproquement, quand je fais le premier atterrissage, les pilotes habitués aux Cessna, Robin et consorts ont souvent une seconde de frayeur : ils ont l’impression que je vais taper la piste avec la roue avant. Mais non, une petite traction de rien du tout sur le manche, le Velis se cale en effet de sol quelques secondes et touche tout en douceur sur le train principal. Du coup, je crois que “laisse descendre, laisse descendre, laisse descendre, voilà, là tu peux arrondir” est la deuxième phrase que j’ai le plus prononcée en 2025.
Notez que pour les élèves en formation initiale, ce n’est pas vraiment problématique. Ma première impression, selon laquelle le Velis était trop fin pour les débutants, a fait long feu : il est tout à fait gérable. En fait, quand on le trime bien et quand on n’agit pas sans raison sur la profondeur, il se révèle très stable et gentil. C’est au point que j’ai déjà fait plusieurs minutes de vol sans toucher le manche, en le dirigeant juste au palonnier (il a un bon roulis induit qui permet de rester assez propre sans action latérale), en le laissant garder spontanément ses 70 kt de croisière économique. Du coup, les élèves vont apprendre sur un avion fin, ils vont être habitués à tenir leurs paramètres et à trimer aux petits oignons, et ils pourront après passer sur des avions plus classiques avec une certaine facilité — la transition Velis → Cessna est plus aisée que l’inverse.

On a parlé de travail au pied et d’arrondi bas et précis. Si vous avez déjà fait du planeur, ça vous rappelle sûrement quelque chose… De fait, les pilotes ayant une expérience de planeur ont beaucoup moins de difficulté à prendre en main le Velis.
En fait, fondamentalement, le Velis Electro est un motoplaneur Sinus. Vous prenez celui-ci, vous lui amputez les ailes d’un mètre, vous obtenez un Virus ULM, une machine très appréciée des gens qui veulent aller loin sans se ruiner. Vous retirez encore un mètre et vous mettez un moteur de 100 ch, vous avez un Virus SW, un avion certifié en catégorie LSA qui est un des trucs les plus efficaces du marché2. Vous virez les aérofreins pour gagner quelques kilos, vous mettez un moteur électrique et 120 kg de batteries, et vous avez un Velis Electro.
Et vu comme ça, on comprend mieux son comportement. Et le Velis reste très joueur dans les thermiques : en vol plané, il descend à environ 400 ft/min, soit 2 m/s, et des pompes de plus de 2 m/s, un beau jour de printemps, ça se trouve facilement.
C’est au point qu’il peut compliquer les exercices de panne : lors de mon troisième vol, mon instructrice m’a fait le coup de la panne complète en vent traversier. Un coup d’œil derrière, j’estime l’angle de planer, je dis “ça passe pour la piste” et je lance un virage à gauche bien décidé. Je vise le seuil opposé en me disant que je finirai par un L au niveau du milieu de piste — à Angoulême, on a encore 900 m au taxiway central, c’est 600 m de plus que ce dont on a besoin en l’occurrence. Et là, je vois la piste commencer à descendre dans la vitre de gauche, signe que je suis en train de me rapprocher trop vite et que je vais arriver trop haut. Je me mets parallèle à la piste pour retourner chercher mon bon angle de plané, et là, la piste continue à descendre (moins vite tout de même) : en fait, l’avion était carrément en train de monter, avec une puissance de très exactement 0 kW ! Non seulement on a fini par un U au seuil opposé (donc une trajectoire un bon kilomètre plus longue que prévu), mais j’ai dû faire une petite glissade3 pour le convaincre de descendre.
Du coup, alors que l’avion a une autonomie d’un poil plus d’une heure au total (ce qui laisse 45 min réellement utilisables si on veut pas se mettre en danger), le petit défi “vol économique” lancé par l’aéroclub a déjà vu une paire de vols autour d’une heure, malgré une réserve accrue pour se donner une marge supplémentaire et gérer le trafic au besoin4. Et avec le retour de la chaleur, il va sans doute y avoir de nouveaux beaux scores.

Ceci dit, il ne faut pas se leurrer : même ainsi, l’autonomie reste le point noir du Velis. Pour compliquer les choses, les chargeurs les plus proches sont hors de portée sans aide du vent : Poitiers, Royan… Le “vol de navigation” nécessaire au cours de la formation revient donc à Angoulême ! En général, on fait le tour de la ville en surveillant la consommation ou on prend une destination selon le sens du vent, afin d’obliger l’élève à calculer un top retour en pourcentage de batterie restante. Il suffirait d’un chargeur à St-Junien, Couhé ou Pons pour rendre les choses beaucoup plus intéressantes.
En revanche, ça ne pose aucun problème pour les vols de découverte, puisqu’ils sont réglementairement limités à 30 min et 40 km d’éloignement. Et là, je suis pas loin de dire que le Velis est LE meilleur avion de baptême que j’ai touché. Même les plus petits voient parfaitement ce qu’on leur montre. Ça ne vibre pas, ça ne fait pas de bruit pour rien, ça évite les crises d’angoisses quand tout secoue au démarrage en attendant que les quatre cylindres d’un Lycoming trouvent leur rythme. On s’entend à bord, même quand les minots n’arrivent pas à placer leur micro correctement.
Par ailleurs, vu que le chargeur envoie 20 kW et que l’avion en croisière consomme 20 kW, après un baptême de 25 min, il faut moins de 30 min pour être prêt à repartir. Le temps de passer un coup de chiffon sur les ailes, de raccompagner le passager, d’accueillir le suivant, de lui présenter l’avion en faisant la visite prévol, ça s’enchaîne assez naturellement sans grosse attente.
S’il existait une version quadriplace pour embarquer toute une famille, avec un chargeur un peu plus puissant pour ne pas rallonger l’attente, le Cessna 172 ferait beaucoup moins d’heures…
Bref, après un an d’utilisation, je dois dire que le Velis Electro est un petit avion sympa, convaincant, séduisant même. Il a quelques petits défauts, mais c’est une machine de baptême remarquable et un jouet extrêmement amusant. Quand on aura deux heures d’endurance avec un vrai réseau de chargeurs, les avions thermiques prendront un sacré coup de vieux5.
- Administrativement, le pilotage d’un avion électrique de ce type est considéré comme une variante de la qualification SEP, monomoteur à hélice. On peut donc pas dire “qualifiés”, puisque ce n’est pas une nouvelle qualification.[↩]
- Même pas 9 l/100 km à 200 km/h, et évidemment vous pouvez aussi choisir une croisière économique pour descendre à genre 6–7 l/100 km.[↩]
- Descente en travers, en utilisant le fuselage comme aérofrein.[↩]
- Pour les curieux, le plancher d’utilisation au-delà duquel on est considéré comme en détresse est fixé à 15 % de batterie restante ; le minimum légal, qui laisse une marge de 10 min avant d’être en détresse, est à 30 % ; pour le défi économique, on s’impose un atterrissage à 40 %.[↩]
- Mais comme c’est pas demain la veille, on va quand même se concentrer sur le remplacement de l’essence dans les moteurs thermiques. L’éthanol est encore plus antidétonant que la 100LL, ça semble une superbe piste de travail.[↩]