À l’aéroport, petite surprise : l’avion d’avant celui qu’on doit prendre est en train d’embarquer. Anne-Sophie saute sur un guichet Easyjet, poussant son troupeau devant elle, et fait changer les billets. Neuf places dans un avion à cinq minutes de l’embarquement ? Oui, ça se trouve : incroyable !

On manque perdre l’un des nôtres à l’enregistrement des bagages, mais finalement nous voilà tous au fond d’un RJ85. Direction la piste…

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Du coin de l’œil, je note un nez relevé. Je vérifie, oui, c’est bien ça. Je saute sur l’appareil photo tout excité, pas le temps de mettre le téléobjectif, je shoote au 55 mm. D’où recadrage violent, et avec la brume j’ai dû beaucoup bricoler les courbes pour y voir quelque chose (d’où le rendu un peu vieille diapo), mais voilà : un Antonov An-124 !

Comment ça, ça vous dit rien ?

Vraiment ? Rien du tout ? Y’a que moi que ça met dans cet état ?

Mais bon sang, ce que vous avez sous les yeux, on met deux avions comme le nôtre dedans. Le « Ruslan » est tout simplement le plus gros avion jamais construit en série. C’est si je ne m’abuse le plus lourd porteur de la planète à l’exception de l’unique Antonov An-225, construit sur la même base mais agrandi pour porter une navette spatiale. Si Antonov avait sorti une version passagers de ce cargo, l’A380 aurait fait figure de petit joueur à sa sortie.

Bon, je vois que ça vous passionne pas. Passons donc à un truc plus technique.

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Vous vous souvenez de ma remarque de la première page sur le décollage en Avro RJ85 ? Comme quoi la course était plus courte et la montée plus vive que sur l’A320 ?

Ce coup-ci, étant assis derrière, j’ai pu mieux comprendre. Chez Airbus, le déploiement des volets, c’est un recul avec abaissement d’un morceau de bord de fuite, ni plus ni moins. Chez Avro, au moment où le cache s’ouvre pour laisser sortir le volet, celui-ci est simultanément poussé vers le haut par une cinématique sacrément complexe qui lui permet de rester quasiment au contact de l’aile — avec juste la petite fente qui va bien pour raccrocher les filets d’air par soufflage.

Bien entendu, je me suis jeté sur mes sources habituelles en rentrant. Donc, le BAe 146 fut au départ conçu comme avion de transport régional à décollage et atterrissages courts. Aujourd’hui, c’est l’un des rares avions de ce volume qui puisse accéder à London City (piste de seulement 1500 m hors tout et approche et décollage sous forte pente pour limiter les nuisances sonores en pleine ville). Bref, il est spécialement fait pour faire ça.

Bon, je sens bien que vous vous en cognez, alors je vais passer.

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Donc, même en rajoutant neuf passagers à la dernière seconde, le petit Britannique était loin d’être plein. Notez les sièges en cuir, ça doit être la classe à l’anglaise — en tout cas, c’est pas inconfortable. Devinez de quoi ça cause ? De photo bien sûr…

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Et le service n’est peut-être pas dans des verres en cristal, mais c’est bien quand même.

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Descente sur Roissy — en-dessous, la Marne. On passe une couche de stratocumulus, le soleil filtre à travers, c’est bô.

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En pleine finale, on se retrouve d’un coup dans un brouillard à couper au couteau. On voit le bout de l’aile quand ça se dégage… Je prends une photo, et deux secondes plus tard, un gros claquement, un choc lumineux, l’avion cabre soudain en nous foutant un coup dans les lombaires.

Une seconde de silence abasourdi, je me dis qu’on a fait un toucher brutal et qu’un pneu a éclaté, mais une seconde plus tard je me demande d’où venait le flash et je me rends compte qu’on plane toujours. L’hôtesse (assise à cinquante centimètres de moi) a l’air d’essayer de saisir ce qu’il se passe. Un type se met à gueuler : « y’a le feu au réacteur », se retourne et engueule l’hôtesse comme si elle l’avait allumé elle-même avec son briquet. Je colle l’œil au hublot, pas de trace de feu de mon côté. Je me retourne, l’hôtesse, d’un coup beaucoup moins rassurée, a sauté sur le téléphone. Elle cause deux secondes, se détend, croise mon regard, me dit soulagée « c’est rien, on a juste pris la foudre », puis reprend son rôle genre « mesdames et messieurs, merci de rester calmes, notre avion vient de subir un éclair de foudre, tout va bien à bord et nous serons posés dans cinq minutes ».

Du coup, on bavarde jusqu’à l’atterrissage, ça fait trois ans qu’elle est hôtesse et c’est son premier coup de foudre, je fais quelques observations sur le passager paniqué et elle résume : « moi, je me demandais ce qui se passait mais on était en vol, toujours en descente, je m’inquiétais pas trop, mais il m’a fait peur avec son histoire de feu ! ». Je crois qu’on est tous d’accord.

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Enfin, on se pose — plutôt façon « kiss-landing », d’ailleurs, le pilote soigne son arrondi et on fait un mimi tout doux à la piste avec les pneus. On sort de l’avion, je me retourne machinalement pour prendre une photo. Elle ne vaut rien ? Si, elle vaut pour le principe : c’est précisément à ce moment que je me suis fait sauter dessus par un agent de sécurité qui tenait à me faire savoir qu’il était interdit de photographier les avions. Les spotters apprécieront…

Bus jusqu’à la gare RER, puis perturbations sur le réseau, ça fait râler des gens, ça me fait plutôt marrer — je soupçonne que c’est lié au fait que les autres ont des gens qui les attendent, c’est même l’anniversaire de la compagne d’un confrère — et une bonne heure plus tard, je suis chez moi en train de… me mettre au lit. Oui, parce que si j’ai pas pu dormir dans le bus avant Zurich ou dans l’avion après, là, je commence à être vraiment claqué.

Ce qui, en somme, n’a rien d’extraordinaire si l’on pense au bilan du voyage : une alerte à la bombe, de l’avion, de l’hélico, du parapente, du bobsleigh, de la bouffe jusqu’à des heures fort avancées, du ski, du triskis, du bistrot jusqu’à une heure inavouable, du traîneau, de la (toute petite) randonnée, et un bouquet final en forme de coup de foudre. Ça nous fait un cocktail plein d’émotions fortes, passionnant, enthousiasmant, mais qui mérite une bonne nuit de digestion.

En tout cas, merci Samsung, ça établit un nouveau standard pour les voyages de presse — et ça doit mettre un peu la pression sur les concurrents, pas vrai ? ^_^

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