Alors, que rete­nir de cette virée sud-amé­ri­caine ?

D’abord, j’aime tou­jours la ran­do. C’est bête, mais ça fai­sait des années que j’en avais pas fait, et j’avais oublié à quel point c’est une bonne façon de décou­vrir une région.

Ensuite, phy­si­que­ment, ça va. L’altitude est un pro­blème (sur­tout que j’avais jamais dépas­sé 3300 m avant), mais l’acclimatation fonc­tionne, le muscle tient le coup et j’ai pas oublié com­ment gérer mon rythme et mon effort. J’ai eu plus ten­dance à en chier mora­le­ment, notam­ment au Machu Pic­chu (genre “non mais on est arri­vé hier, pour­quoi on conti­nue à grim­per, là ?”), mais à part une fai­blesse du genou dans la des­cente j’ai pas grand-chose à signa­ler.

Et puis, quand je suis occu­pé à mar­cher et papo­ter, ça me dérange pas de faire un petit-déj au yaourt, un repas de coquillettes au thon à 17h et qua­si­ment rien entre, alors qu’à Paris, j’arrive pas à res­ter deux heures sans gri­gno­ter. Je pense que ça doit être une ques­tion de moti­va­tion et d’être occu­pé à autre chose… et d’abondance de bouffe dans le pla­card, aus­si.

Sur­vivre dans un pays his­pa­no­phone n’est pas très com­pli­qué, on arrive quand même bien à se com­prendre. Je n’ai curieu­se­ment pas été si cho­qué que ça par le niveau de vie, même si on a croi­sé pas mal d’habitations sans chauf­fage ni eau cou­rante : je sais pas pour­quoi au juste, mais ça m’a paru presque natu­rel. C’est fina­le­ment plu­tôt l’abondance en ren­trant qui m’a vrai­ment sur­pris, le fait d’avoir une supé­rette à chaque coin de rue, douze phar­ma­cies au mètre car­ré et des armoires pleines de bouffe plu­tôt qu’un petit éle­vage dans l’arrière-cour. Et sur­tout, le truc ahu­ris­sant, c’est à quel point les Pari­siens arrivent à être agres­sifs et mau­vais cou­cheurs alors qu’ils ont tout pour se lais­ser cou­ler sans se prendre la tête — en revanche, je rela­ti­vise un peu mes pré­cé­dentes affir­ma­tions selon les­quelles ils conduisent comme des tarés : au Pérou, la conduite est à qui passe le pre­mier et le pié­ton est tout en bas de la hié­rar­chie.

Et comme par­tout, dès qu’on sort des villes, les gens sont plu­tôt curieux quand ils voient du monde qui leur res­semble pas, même dans des régions tou­ris­tiques comme le cañon de Col­ca et le mas­sif du Machu Pic­chu. C’est par­ti­cu­liè­re­ment vrai pour les gamins et du coup, c’est assez facile de se faire des rudi­ments d’espagnol à moindres frais. En plus, les sud-péru­viens et plus encore les nord-boli­viens parlent glo­ba­le­ment plu­tôt len­te­ment (pour cer­tains Boli­viens, c’en est à un stade où même moi, y’a des fois, je me deman­dais quand ils allaient finir leur phrase).

Le bilan maté­riel, je l’ai déjà fait, j’ai pas chan­gé d’avis. J’apporterai juste une pré­ci­sion : avec des chaus­sures très aérées (bas­kets ou pompes de trail), les chaus­settes anti-ampoules drainent beau­coup mieux la trans­pi­ra­tion et sont un vrai régal. Du coup, je suis tou­jours par­ta­gé sur leur bilan en ran­do, mais je ne cours plus sans.

Ah oui, parce que l’effet secon­daire inat­ten­du, c’est que quand j’ai eu envie de refaire un peu d’exercice, trois semaines après mon retour, j’ai cou­ru cinq bornes qua­si­ment sans souf­frir — les mêmes cinq bornes qui étaient ma limite abso­lue au prin­temps. Du coup, j’essaie de faire des séries de 5 km à peu près régu­liè­re­ment, et j’ai même fait 10 km d’une traite, ce qui était de la science-fic­tion il y a six mois. Ça me réus­sit qu’à moi­tié vu que mi-sep­tembre, je me suis man­gé une bar­rière après avoir glis­sé dans la rue et que j’en gar­de­rai sans doute une cica­trice un bon moment, mais ça fait par­tie du jeu, s’pas ?

Pour conclure, disons que là, au fond, je suis un peu comme Ulysse.

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