Mardi, on commence par sortir du gîte. J’en profite pour lui tirer le portrait.

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Typique du coin : toits végétalisés (oui, l’herbe est jaune, et alors ?), enterrement jusqu’aux fenêtres pour limiter les pertes de chaleur, et charpente à entrait déporté pour gagner en place — il y a une mezzanine au-dessus de la porte. Prévu pour une quinzaine de personnes, c’est un peu vide à deux.

On commence par un tour à la bergerie, où brebis et chevaux passent quasiment l’hiver (saison qui commence en octobre et finit en mai).

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Ça, je connais. Les bêtes ont été tondues la semaine précédente (d’où leur enfermement total, je pense qu’elles doivent être sorties de temps à autres sinon), mais normalement elles ont plus de laine que ça. Notons-le tout de même : il n’y sur cette photo que des brebis. Je me permets de vous renvoyer à ce billet d’il y a deux ans, et à écrire au directeur de la Grande galerie de l’Évolution à Paris pour lui dire de modifier immédiatement cette fiche :

Ceci étant, la brebis islandaise est un peu particulière, bien plus rustique que la préalpes par exemple. Outre les cornes, autre preuve :

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Il traîne dans la race islandaise quelques traces du gêne « quatre cornes », qui subsiste aussi dans quelques autres races (notamment les loagthans sur l’île de Man, bien connue des lecteurs du Joe Bar Team). Jusqu’ici, j’en avais vu que des crânes, souvent présentés comme « ancêtre du mouflon et du mouton », mais là, ce bélier est bien vivant (et se demande ce que c’est que ce type qui glisse un machin orange dans son enclos).

On est censés aller vers la pointe sud de l’Islande, à Ví­k í Mýrdal. En route, l’arrêt inévitable : Seljalandsfoss.

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Cette chute d’eau se voit bien depuis la route 1, et elle est très appréciée des touristes pour tester la résistance des appareils photo son surplomb spectaculaire, visitable à pieds.

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Un large itinéraire balisé permet en effet, au prix de quelques acrobaties (mais tout le monde vous dira qu’on ne va en Islande qu’avec de bonnes chaussures de marche à crampons)…

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…de passer derrière la cascade, offrant une vue inédite sur la vallée.

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À la sortie, le Panasonic FT2 (étanche à 10 mètres) est en pleine forme, ce qui lui permet d’immortaliser son collègue, l’Olympus E-PL1, qui curieusement ne semble pas avoir été traumatisé outre mesure. Il a bien un peu râlé qu’il ne pouvait faire la mise au point sur les gouttes collées à l’objectif, mais un coup de chiffon plus tard il repartait imperturbablement. Décidément, après le NX10 dans la neige, les machins (hybrides ? EVILs ? maxi-compacts ? micro-bidules ? Faudra vraiment qu’on leur trouve un nom…) résistent super bien à des trucs pas prévus au cahier des charges.

Plus loin, on s’arrête à Skálakot, ferme que Nicole nous a indiquée pour des balades à cheval. On tombe sur une fille d’une vingtaine d’années. « Do you speak English ? — Oh yes, only English ! » Elle nous explique que vu le vent, les chevaux risquent d’être énervés et il va faire froid donc c’est pas le moment, mais sinon ils sont ouverts et dès que le vent tombe, on peut sortir, suffit de prévenir.

On pousse jusqu’à Vík mais, sur place, il fait froid, il pleut et y’a un vent à retourner une Swift. On revient sur nos pas jusqu’à Skógar. On voit la Skógafoss, mais de loin (quand les rafales font bouger la voiture de plus de 5 cm, frein à main serré, ça donne pas envie d’aller promener). Sur le chemin, ma mère a shooté un ruisseau qui, après avoir coulé dans l’herbe et être arrivé au-dessus du vide, préfère partir en l’air à la verticale plutôt que de tomber en chute d’eau. Comment on dit « vent » en islandais ? « Vindur » ? Ah… Et étymologiquement, ça dérive de « Vingt dieux, c’est dur » ? Oo

On s’abrite dans le musée de Skógar, plein comme un œuf : on n’est pas les seuls à avoir cherché un peu d’abri (y’a notamment les passagers d’un bus, à côté duquel j’ai évité de me garer, n’étant pas certain qu’il n’allait pas basculer vu comme il remuait sur ses suspensions).

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Þórður Tómasson, fondateur du musée il y a plus de cinquante ans, guide les visiteurs, en anglais, avec force chants folkloriques et en s’accompagnant au besoin d’instruments locaux.

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Fuyant la foule, on visite le musée après ou avant le groupe. Un drakkar dans un coin, entouré d’autres éléments marins.

M. Tómasson nous rejoint : « vèr do you kom frrom ? — France. — Ah, France ! Komm hierr. » Et de nous présenter un bout de chalutier français coulé dans le coin au XIXè. En fait, il y a des vitrines tout autour de la pièce, plus ou moins classées par nationalité : on est venu de toute l’Europe pour se naufrager ici.

Notez dans le coin à droite deux Bretons, Pierre-Yves et Agathe, qu’on a rencontrés deux minutes plus tôt : l’Islande est petite.

Une fois le tour du musée effectué, on commence à attendre. Le receveur du musée parle un peu français et semble heureux à l’extrême de dérouiller ses souvenirs de la langue. Après un moment d’attente, ne voyant rien venir et devant rentrer avant la nuit, on décide de tenter une sortie, sous l’œil inquiet des autochtones (« le vent, ils disent il atteint 60 mètres par seconde, vous devriez rester un peu »).

Ça souffle fort sur la route, je roule à 60 cramponné au volant et freine avant tout croisement de (rare) véhicule : d’une rafale à l’autre, même à cette vitesse réduite, la Swift dévie de plusieurs dizaines de centimètres. J’ose pas imaginer ce que ça peut donner au volant des « bigfeet » utilisés par ici : un gros tout-terrain américain ou japonais, réhaussé d’une trentaine de centimètres et monté sur des boudins, ça doit offrir une prise au vent encore d’une autre échelle.

Quoiqu’il faille tout de même noter un truc : la Swift, c’est pas la panacée dans ce domaine. Sur un fort vent latéral, elle est ardente, au sens marin du terme : le cul se déplace et elle essaie de remonter au près. Du coup, on avance de travers avec un léger braquage à gauche et, lorsqu’un bout de rocher coupe le vent pendant quelques mètres, ça fait un louvoiement pas super rassurant. Le Transporter se décale peut-être d’un mètre là où elle bouge de vingt centimètres, mais il ne change pas de cap : au final, je me demande ce que préfère…

Ah si, je sais : je préfère quand il n’y a pas trop de vent. >_<

On rentre au gîte sans encombre, crevé pour ma part. Là, on se rend compte que la température est limite : malgré son enfoncement dans le sol et l’épaisseur de la toiture, le vent a arraché calorie après calorie au bâtiment. Direction les sacs de couchage, bien épais, bien isolants.

Suite : l’âge de glace