La première étape pour aller au Pérou n’est guère originale : ça se passe en avion. Enfin, en avions. J’en prends trois, avec autant d’escales : le premier (un Boeing 757 d’American Airlines) m’amène à New York le 6 juillet au soir, le deuxième (un 767 de LAN) me permet d’atteindre Lima le 7 à l’aube, et le troisième (un A320) m’amène à Arequipa mais fait un crochet par Cusco. Départ samedi en fin d’après-midi, arrivée dimanche midi grâce au décalage horaire.

À Roissy, l’Américain qui vérifie les passeports regarde ma photo, me regarde, puis me sort : « quand je vois cette photo, vous savez, je suis catholique, et là je pense à Jésus ». Ah, certes. Euh… On répond quoi à ça ? J’hésite entre « mes élèves me surnommaient comme ça » et « moi, je pense plutôt à un troll », je décide de m’abstenir.

JFK, j’attends mon sac pendant près d’une heure ― non, American ne le fait pas suivre, ça serait trop simple : je dois le récupérer, retourner au guichet le faire enregistrer et repasser les contrôles de sécurité. Heureusement, la correspondance dure quatre heures et j’ai de la marge, mais j’espère que ça ira plus vite sur les autres. Immigration sans problème, comptoir American pour me ré-enregistrer sur le vol suivant, RAS.

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En vol, on nous distribue les papiers qui nous permettront de récupérer la tarjeta de migración, qui tient lieu de visa dans ces pays civilisés (pas besoin de demander à l’avance, faire tamponner à l’entrée et rendre à la sortie, c’est même pas payant). Au passage, je vous dois un aveu : j’ai passé trois semaines à essayer de prononcer « tarjeta » comme il faut, mais je crois que r roulé-jota, c’est au-dessus de mes capacités.

Au passage, l’exploitation sexuelle d’enfants et d’adolescents est illégale, je m’en doutais un peu mais ça surprend toujours de le voir écrit en gros en première page du formulaire.

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Il fait nuit puis, aux environs de Trujillo, le jour se lève. Spectacle superbe : nous survolons une couche de strato-cumulus, dense, régulière, à perte de vue. Impossible de distinguer le Pacifique du continent. Puis on descend là, en plein milieu de la couche, pour une approche forcément aux instruments, et je comprends ce que veut dire « saison des brumes » à Lima.

Je passe l’immigration, première bonne surprise : pas besoin d’un mot d’anglais, tout passe avec mes très vagues notions de la langue. Bon, quand le bonhomme me demande combien de temps je reste, je réponds spontanément « fino al veinticinco », et je me rends compte en le disant que c’est ni de l’italien ni de l’espagnol, mais ça passe comme une lettre à la Poste.

Récupération des bagages, ré-enregistrement, on attaque le dernier vol. C’est le matin, je regarde les Andes et l’altiplano ; puis, l’avion passe directement de la montée à la descente, en faisant une parabole d’une dizaine de secondes où l’on sent bien la diminution de la gravité, et vingt minutes après nous sommes en approche sur Cusco. Nous arrivons de l’ouest, le vent aussi ; on se faufile entre les montagnes, puis un virage serré, le winglet gauche au ras des toitures et sous très forte inclinaison, nous amène dans l’axe de la piste en frôlant les toits. L’aéroport de Cusco est en fait complètement enclavé dans la ville, et les constructions s’empilent quasiment jusqu’au seuil de piste : je connaîtrai jamais une approche sur Kai Tak, mais l’arrivée sur Cusco me paraît un substitut acceptable !

Coup d’œil à l’altimètre : 3343 m. Il n’a en fait pas cessé de monter pendant l’approche, le terrain étant plus haut que l' »altitude équivalente » à la pressurisation de l’avion ! Au passage, je note qu’il est quand même relativement fiable puisque le tarmac de l’aéroport est à 3310 m et que je n’ai pas reréglé l’altimètre depuis Paris.

Après une escale technique où quelques passagers descendent et montent, nous repartons pour Arequipa. Je ne comprends plus rien : il est midi, nous devrions voler plein sud et nous avons le soleil dans le dos ! Il me faut un moment pour réaliser l’évidence : dans l’hémisphère sud, le zénith est au nord…

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Enfin, après quelques vues qui me donnent une première idée du spectaculaire du paysage local, j’arrive au but : Arequipa, ville idéale pour s’acclimater avant d’attaquer les choses sérieuses ― elle est située à 2300 m d’altitude, comme Val Thorens.

Taxi vers le centre, le chauffeur me demande d’où je viens, ce que je fais dans la vie (me demandez pas pourquoi, « periodista » est une des rares professions dont je connais le nom), tout ça. Je vois plein d’affiches pour le 28 juillet, je demande ce que c’est ; il appert que c’est la fête nationale locale. Il me demande quand c’est chez nous, je lui dis que c’est le 14 juillet, donc dimanche prochain, il dit qu’il doit y avoir quelque chose en juillet et effectivement, je pense tout de suite aux États-Unis et à la Belgique, bref, rien d’intéressant mais putain, je parle espagnol ! Bon, franitagnol plutôt, mais quand même !

Arrivé à la plaza de Armas, je vise le McDo qui doit servir de repère, ne vois personne, sors le téléphone pour voir s’il y a moyen de choper du Wi-Fi et aller aux nouvelles. J’en suis là de mes réflexions quand Clémence, copine qui passe une année sabbatique en Amérique du sud et que je profite de mes vacances pour voir, me tombe dessus : « non mais le Wi-Fi du McDo est pourri, du coup j’attendais au Starbucks en face ». La jonction est faite, on peut passer à la suite : Arequipa, la ville.