À Clifford Simak.

Vingt-sept millions deux cent trente mille six cent quarante-et-une personnes.

C’était le bilan du décompte des morts de crises d’asthme sur Terre pour l’année 2142.

La présentatrice annonça ce chiffre avec un large sourire, et lança un reportage sur la joie qui s’emparait du gouvernement.

― Je crois sincèrement que ces excellents résultats sont la conséquence directe de la pression que nous avons fait peser sur l’industrie pharmaceutique pour qu’elle baisse le prix du Bronchiofix. La subvention de trente milliards de dollars reçue par le fabricant contre l’engagement de maintenir le prix de l’inhalateur sous les vingt dollars a permis d’amener ce médicament au plus grand nombre. La vigilance constante du gouvernement est aujourd’hui récompensée par cet excellent résultat, qui représente une baisse de plus de quatre pour cent par rapport à l’an dernier. Le comportement des citoyens a également été exemplaire, preuve de l’efficacité de nos campagnes de prévention, les personnes à capacité pulmonaire limitée ayant encore plus régulièrement utilisé les traitements préventifs à leur disposition. Continuons à travailler dans cette direction et, peut-être, l’an prochain, nous pourrons passer sous la barre des vingt-cinq millions de décès atmosphériques !

D’un geste, Apollon Harpin coupa les informations et afficha le fond du mur. La tête du ministre de la santé disparut du volume qu’elle occupait, remplacée par une surface plane, bleutée, au-dessus de laquelle flottait une série d’engrenages qui, paraît-il, symbolisait le bon fonctionnement du système K. Comme si un engrenage pouvait être source d’autre chose que de complexité contre-productive et de pannes stupides. Le moteur micropulsé avait, Dieu merci, permis de supprimer définitivement ces technologies d’un autre temps.

Il tendit la main vers l’angle du mur, puis composa trois gestes rapides. Une seconde plus tard, le visage d’Agamemnon apparut précisément où celui du ministre venait de disparaître.

― Salut Gamen, dit Apollon. Ça va ?

Dix-huit mille kilomètres plus loin, la chambre d’Agamemnon résonna d’un :

― Gamen-kun, herrō, genki ka ?

La traduction automatique avait conservé la voix et l’intonation d’Apollon, ainsi que le niveau de langage ― masculin, familier et amical, d’égal à égal.

La réponse d’Agamemnon fut retranscrite de même, et Apollon entendit :

― Ça va, vieux. Quoi de neuf ?

― Je crois qu’il faut qu’on quitte cette planète, ou on va tous crever.

― Tu as vu Abraxo ? Il y a eu moins de morts que l’an passé, non ?

― Tu parles ! Moins de morts pour l’asthme, oui. Mais j’ai les statistiques complètes, moi. Je les ai eues ce matin.

Agamemnon tendit une main vers son mur, et son siège se redressa.

― Alors ?

― Alors, l’asthme a reculé grâce au Bronchiofix, c’est vrai. Mais structurellement, la qualité de l’atmosphère a plutôt empiré. On a été que trois jours sous les trente degrés Perret. Et il n’y a pas que ça : les cancers continuent à augmenter. Plus vingt-trois pour cent cette année, cent douze millions de morts. Il peut faire le fier avec l’asthme, le père Abraxo. Et il peut nous parler d’information… Putain, si je bossais pas aux stats de la Santé, je pourrais même pas savoir ça !

― Mouais… Ça s’aggrave tant que ça ? Ils feraient quelque chose, non ?

― Ça s’aggrave, mon pote, et plus que tu ne crois ! C’est exponentiel. Au rythme où ça va, dans trente ans, il n’y aura plus un humain sur cette planète, on aura rejoint les animaux dans les musées !

Il y eut un mot qu’Agamemnon ne comprit pas. Il faut dire que le traducteur automatique avait laissé « animaux ». Ce mot trop ancien avait disparu de son dictionnaire depuis déjà quelques décennies.

*

Le moteur gravifique constituait plus de la moitié du vaisseau. Apollon l’admirait devant lui, réduit au centième de sa taille réelle mais fidèlement reproduit en trois dimensions par le mur. Six ans de travail pour obtenir les budgets de son « projet de recherche spatiale ». Deux ans pour réunir les équipes techniques, embaucher des ingénieurs capables de programmer le logiciel qui concevrait le vaisseau. Le gouvernement terrestre lui avait mis des bâtons dans les roues : l’exploration spatiale n’était qu’une lubie digne du vingtième-et-unième siècle. On avait, à l’époque, envoyé çà et là dans le système solaire quelques tonnes de ferrailles compliquées, avec des moteurs à pétrole ou à hydrogène, des piles atomiques à fission et des engrenages. Tout cela était tombé en panne depuis une centaine d’années. De toute façon, l’invention du radar quantique avait mis l’espace à portée de la main et tous ces machins étaient devenus inutiles.

Alors, quand Apollon le statisticien, Agamemnon le financier, Hélène l’historienne, Paris l’ingénieur, Hermione la biologiste et César l’astrophysicien avaient créé un réseau visant à envoyer de nouveau de la matière dans l’espace, on leur avait ri au nez. Et quand la rumeur se répandit qu’ils voulaient même mettre des humains dans leur vaisseau, on faillit les déconnecter du réseau « recherche ». Déplacer physiquement des humains… L’idée était si tordue !

Il y avait toujours des évolutionnistes qui expliquaient pourquoi ils avaient un corps avec des membres, et tous s’accordaient à reconnaître que ces choses avaient été sacrément utiles dans le passé ; mais personne n’aurait plus voulu être déplacé. Il aurait fallu être fou. Alors qu’il suffisait d’un geste, voire d’une pensée, pour demander aux murs d’afficher en relief n’importe quel point de l’univers avec une résolution de l’ordre de quelques unités astronomiques. Alors que tout était fourni par les ouvriers-robots. Alors que l’on pouvait se rendre virtuellement et instantanément en tout point de la Terre, et donner à ses sens les mêmes impressions que si l’on s’y était trouvé physiquement.

Mais Hal était terminé. Le gouvernement parlait d’une expérience loufoque de voyage spatial menée par des chercheurs dérangés nostalgiques du vingtième siècle. Mais les six chercheurs en question étaient prêts à se faire déplacer physiquement jusqu’au vaisseau. Ils avaient fait équiper leurs cellules d’un système gravifique local permettant de les déplacer, et avaient fait modifier la structure de leurs récifs pour rendre ce mouvement possible.

Apollon entendit pour la dernière fois le ministre de la Santé. Il présentait encore des statistiques mais, cette fois, Apollon ne coupa pas la diffusion.

L’humanité avait perdu près de la moitié de ses effectifs dans l’année 2154. Plus d’un milliard de morts.

Apollon sourit. Il savait que, désormais, ceux qui restaient ici étaient condamnés. La qualité de l’air avait dépassé les quarante degrés Perret. Le Bronchiofix lui-même ne suffisait plus. Cela avait été une erreur de faire abattre les derniers arbres : les extracteurs d’oxygène n’avaient jamais atteint le rendement espéré.

Apollon et son groupe étaient les seuls à avoir envisagé une échappatoire.

Et sa surprise fut sans limite lorsqu’il entendit le ministre de la santé conclure :

― Nous disparaîtrons prochainement. Ceux qui voudraient perpétuer l’humanité devront quitter Terre. Nous devons rendre grâce à l’équipe du chercheur Apollon Harpin, que nous avons beaucoup raillée ces dernières années : leur vaisseau, Hal, est aujourd’hui le seul espoir de sauver l’humanité. La biologiste Hermione Pecótl, qui a participé à sa conception, nous a assuré que Hal pouvait emporter deux mille humains. L’équipe du professeur Harpin sélectionnera elle-même les candidats à l’exil.

Le sourire d’Apollon se cassa brusquement en une grimace surprise.

Hermione avait assuré quoi ?

De la main, il ferma le visage du ministre et ouvrit une communication avec Hermione.

― Stiamavo sperando tú communicassión, dit-elle dès que son mur lui annonça l’appel d’Apollon.

― J’attendais ton appel, coupa le mur d’Apollon, de la voix posée et légèrement inquiète d’Hermione, avant même qu’il n’ait eu le temps de commencer à crier. Je me doutais que tu écouterais les dernières stats avant notre départ.

― Qu’est-ce que tu as raconté à ce ministre à la noix ?

La colère d’Apollon transpirait par le mur d’Hermione. Elle était mal à l’aise mais, pourtant, étonnamment calme lorsqu’elle répondit :

― Il a appelé pour demander qu’on le sauve. Je lui ai dit qu’il restait mille neuf cent quatre-vingt-quatorze places, et qu’on les attribuerait selon nos propres critères.

Apollon s’étrangla.

― Tu plaisantes ?, hurla-t-il, et le mur éloigna le visage flottant d’Hermione. C’est nous six, juste nous six ! Pourquoi on emmènerait ces imbéciles qui n’ont jamais voulu comprendre qu’ils allaient crever ? Et d’abord, il n’y a que six places dans Hal !

Son pouls avait accéléré, sa respiration s’était faite plus bruyante, et son siège lui injecta d’office une dose de Prozivan. Il se détendit un peu, et put écouter la réponse.

― Il y a deux mille places dans Hal. Je te rappelle que j’ai programmé l’échelle de construction.

― Mais ? On avait dit six ?

― Réfléchis un peu. On ne peut pas sauvegarder l’humanité à six. Si c’est pour mourir seuls, autant rester ici.

― Alors, tu as truqué…

― Je n’ai rien truqué. Il fallait plus de gens, et j’ai fait en sorte que Hal puisse les accueillir. Vous étiez si bien concentrés sur vos critères de construction que vous n’avez même pas remarqué le changement d’échelle.

― Tu aurais pu nous en parler.

Hermione eut une moue étrange, à la fois attendrie et étonnamment dure.

― Tu as vu toi-même ta réaction à l’idée d’emmener d’autres gens. Vous auriez refusé. Vous avez peur des inconnus. Plus encore que de vous déplacer.

― Pas toi ?

― Comme tout le monde. Cela fait cinquante ans que deux humains n’ont pas eu de contact physique. Rappelle-toi, au début, il nous a fallu un an pour nous faire à l’idée de nous déplacer et de nous rencontrer, nous six. Si je vous avais parlé de deux mille personnes !…

Le Prozivan arrivait au sommet de son effet. Apollon était maintenant parfaitement détendu, sa colère avait disparu, et ce que disait Hermione semblait la sagesse même.

Oui, elle avait bien fait de ne rien leur dire. S’il avait fallu un an à six amis qui se connaissaient depuis vingt ans pour accepter la simple idée de se retrouver dans le même vaisseau, combien de siècles leur aurait-il fallu pour admettre que deux mille inconnus allaient se trouver avec eux ?

Une pensée glaciale lui traversa l’esprit. Là, au-dessus, en-dessous, à droite, à gauche, devant et derrière sa cellule, il y avait d’autres cellules. Et dans chaque cellule, un humain comme lui, qui comme lui n’en était jamais sorti. Qui, comme lui, avait été injecté dans le siège à l’état d’embryon et y avait grandi jusqu’à ce jour. Mais qui était aussi proche de lui que ceux qui seraient avec lui dans ce vaisseau. Il lui avait même fallu programmer un mouvement exceptionnel du récif pour permettre à sa cellule de se déplacer ; rien, lors de la conception de l’ensemble, n’avait été prévu pour changer sa position.

Là-bas, sur le vaisseau, il n’y aurait pas de cellules comme la sienne. Bien sûr, son siège l’y porterait. Mais il ne serait plus protégé par ces murs.

Oui, elle était manipulatrice. Mais elle avait bien fait de les mettre devant le fait accompli.

Il se demanda enfin, l’espace d’une seconde, pourquoi il ne s’était pas rendu compte du changement d’échelle du vaisseau. Puis il comprit qu’il n’avait eu aucune raison d’y faire attention. Et, sans doute, les autres non plus ; ils n’avaient fait qu’entrer des données et les ouvriers-robots avaient fait le reste.

*

Apollon arriva, sur son siège, prêt à glisser dans Hal. Le vaisseau était gigantesque, tellement plus qu’à chaque fois qu’il l’avait vu, projeté par son mur. Plus de cent fois plus grand, il est vrai, que ce qu’ils avaient prévu au départ… Tout, d’ailleurs, était gigantesque, et seule l’injection de Mindastor de son siège lui permettait de ne pas mourir d’agoraphobie : c’était la première fois qu’il voyait quelque chose de plus grand que sa cellule, quelque chose qui n’était pas projeté par ses murs.

Hermione était déjà là.

― Buon diá, dit-elle et, pour la première fois, Apollon entendit le dialecte sud-Européen tandis que le traducteur automatique lui disait :

― Bonjour.

― Salut ma vieille, répondit-il, et il entendit le traducteur d’Hermione qui disait :

― Halo biehá.

Il feignait une aisance qu’il ne ressentait pas, et son siège lui injecta une demi-dose de Prozivan. Il se détendit un peu, et avança une main vers celle de la femme assise devant lui.

Elle hésita à son tour, puis tendit sa propre main. Leurs peaux se touchèrent, premières peaux humaines en contact depuis des décennies. Un frisson brutal remonta son bras, et il pensa que cette poignée de mains était aussi réaliste que dans XXth century tycoons, la simulation à laquelle il avait tant joué dans sa jeunesse.

Puis il se fustigea intérieurement : c’étaient les créateurs du jeu qui avaient imité la réalité, et non le contraire.

Les quatre autres arrivèrent à leur tour. Puis les mille trois cent vingt-deux candidats au départ.

Même condamnés, et conscients de l’être, les deux milliards d’humains encore vivants n’avaient pas pu se résoudre à se déplacer, à se rencontrer. Hal resterait à moitié vide.

Ils s’installèrent dans le vaisseau. Hermione y avait fait installer des murs, afin que les passagers puissent retrouver un peu de leur chez-soi ; mais la place manquait encore, et les cellules ainsi reconstituées devraient être partagées par une dizaine de personnes. Seuls, les six initiateurs du projet avaient des cellules individuelles.

Agamemnon fut le dernier à s’installer, au poste principal, au cœur du vaisseau. Puis il déclencha toutes les fermetures, et demanda le décollage.

Les moteurs gravifiques entrèrent en action, et Hal s’éleva doucement au-dessus du sol. Il prit de l’altitude et de la vitesse. Puis il quitta l’atmosphère, et mit le cap sur Aldébaran, où une exo-planète habitable l’attendait deux mille six cents ans plus tard.

*

Cela faisait trois ans que Hal avait quitté sa planète d’origine. L’humanité avait continué à disparaître, confirmant les prévisions les plus pessimistes. Il était déjà surprenant qu’elle eût survécu à la bombe atomique, à la fin de l’ère pétrolière, à la guerre de 2100 ; mais cette fois-ci, la fin approchait inéluctablement. Il ne restait plus que deux cents millions d’humains pour respirer un air terrestre devenu toxique et cancérigène.

Cependant, il restait cet espoir que, sur la Nouvelle-Terre d’Aldébaran, une colonie s’installerait et perpétuerait l’histoire humaine.

Mais vingt-trois passagers du vaisseau étaient déjà morts. Tout fonctionnait correctement ; mais, à près de cent ans chacun, il était normal que leurs corps cessassent de fonctionner.

On demanda à Hal de créer des humains. Mais il ne savait pas faire.

― Hal a été conçu pour abriter, protéger, sauvegarder des humains, expliqua Hermione lorsqu’on le lui demanda, au cours d’une réunion des « six ». L’équipement de clonage de Madrid-Nord pesait quatre-vingt mille tonnes et consommait huit fois plus d’énergie que Hal n’aurait jamais pu en fournir. Et il produisait vingt embryons par an, soit à peine assez pour maintenir la population du vaisseau.

― Que peut-on faire, alors ?, demanda Agamemnon.

― Il n’y a qu’une solution pour produire des embryons sans cloneuse.

Les autres la regardèrent avec curiosité, attendant la suite, à l’exception de Hélène, qui avait étudié toutes les civilisations pré-atomiques et sur le visage de laquelle était désormais inscrite une grimace de dégoût absolu.

Hermione prit son souffle, et se lança :

― L’ancienne méthode. Le mélange des gamètes. Le…

Elle finit dans un murmure :

― Le sexe.

Hélène éclata en sanglots, provoquant un vif intérêt chez ses compagnons. D’ordinaire, les sièges anesthésiaient les émotions trop violentes en injectant immédiatement le produit approprié ; mais, depuis qu’ils avaient atteint leur vitesse de croisière, l’apesanteur leur avait fait quitter leurs assises.

Lorsque Hermione eut fini d’expliquer aux hommes de quoi elle parlait, ils partageaient pourtant le dégoût d’Hélène. Si c’était cela, la méthode ancestrale de reproduction, cela paraissait bien étrange. Aucun d’entre eux n’avait même seulement imaginé qu’il pût être nécessaire d’avoir un contact physique avec un être du sexe opposé pour pouvoir se reproduire. Et il était plus difficile encore d’imaginer un petit humain sortir d’une femme.

Ils maudirent une nouvelle fois Hermione de ne pas les avoir prévenus. Mais une nouvelle fois, ils durent l’admettre : si elle l’avait fait, ils n’auraient sans doute pas accepté de venir, et les derniers humains seraient tous restés pour mourir sur Terre.

Finalement, Apollon et Hermione, en tant qu’initiateurs du projet, décidèrent d’essayer cette technique étrange. Ils se rejoignirent dans la cellule d’Hermione, coupèrent les communications pour mieux pouvoir se concentrer, et flottèrent nus, face à face.

Apollon était un peu surpris que Hermione lui ressemble autant ; et, en même temps, il était fort intrigué par les excroissances qu’elle avait sur la poitrine et celle qu’il lui manquait entre les jambes. Il tendit une main hésitante ; il n’avait jamais touché autre chose que sa main. Ses doigts touchèrent ses seins, une fraction de seconde, et il retira brutalement le bras, comme pris d’un choc électrique.

― Vengui, Polo, commença Hermione, et son traducteur enchaîna :

― Allez, Polo, un peu de courage. D’après la littérature que j’ai pu consulter, c’est plutôt à moi que ça devrait faire mal.

Elle lui prit la main et la plaça fermement sur son sein. Il finit par s’habituer au contact, et elle plaça ses bras autour de lui.

Il fit glisser son autre main sur ses hanches, et elle s’approcha encore. Il furent collés l’un à l’autre, et s’échangèrent des caresses. Il eut l’idée saugrenue de poser ses lèvres dans son cou, et, contre toute attente, elle sembla apprécier ce contact étrange.

*

Les « six » expliquèrent à l’ensemble de leurs passagers le problème auquel ils étaient confrontés, et l’expérience qui avait été tentée.

Tout le monde fut invité à la tenter soi-même, pour répondre aux interrogations qui restaient.

Il fallut longtemps pour qu’un autre couple fasse un nouvel essai.

Mais, au fil des mois, l’idée fit son chemin, les réticences refluèrent peu à peu et les humains commencèrent à s’isoler, par couples, pour faire l’expérience.

Mais chaque nouvelle tentative amenait son lot de déception. Même ceux qui avaient apprécié les caresses et répété souvent l’expérience arrivaient à la même conclusion, et tout ce qui avait été écrit ou filmé sur le sujet n’apportait aucune réponse au problème qui, systématiquement, se posait.

Au départ, tout se déroulait conformément aux prévisions. Les premiers contacts hésitants, souvent écœurants, mais aussi, peu à peu, l’habitude et le goût d’être enlacés. Les caresses étaient une source de plaisir intense, particulièrement pour les femmes ; les baisers, les frottements, les suçons augmentaient le plaisir, l’excitation des amants.

Mais à aucun moment, chez aucun humain, l’excroissance des hommes ne devenait dure, tendue vers le haut. Certes, l’envie était là ; mais le chemin menant du plaisir à l’érection avait été perdu dans les méandres de l’esprit humain, au fil des décennies sans sollicitation. Et l’excroissance flasque, inutile, continuait à flotter mollement entre les amants pendant que les caresses seules les emmenaient au septième ciel.

Et jamais personne, à bord de Hal, n’arriva à produire la substance blanchâtre qui giclait par litres dans les films documentaires du vingtième siècle et qui, semblait-il, était indispensable à la perpétuation de l’espèce.

(09/06)