Moi, je serais conquis­ta­dor

Et toi, chez les pré­co­lom­biens,

Reine cloî­trée au cœur d’un fort ;

Et notre union, d’une guerre, la fin.

Ou sim­ple­ment, bon citoyen,

Je t’en conte­rais sous un tilleul,

En son­geant au creux de tes reins…

Je suis qu’un mec qui rêve tout seul.

Je tra­ver­se­rais le Mor­dor,

Refon­drais l’anneau sou­ve­rain

Et, retrou­vant enfin le port,

Le glis­se­rais dedans ta main.

Ou, remon­tant bou­le­vard Denain,

Te pis­te­rais, tel l’épagneul ;

Mais j’échouerais dans le lit mien :

Je suis qu’un mec qui rêve tout seul.

Quoi qu’ait pu en faire Pan­dore,

L’espoir ne sau­rait être éteint :

Rien n’est jamais tout à fait mort,

Comme disait Paul aux Corin­thiens.

Je repous­se­rais les Phi­lis­tins

Dans l’espoir que tu me recueilles,

Mais notre uni­vers est païen :

Je suis qu’un mec qui rêve tout seul.

Prin­cesse, fi de ces songes vains !

Sûr, je serai sous les glaïeuls

Bien avant de deve­nir tien :

Je suis qu’un mec qui rêve tout seul.

(09/14)