22 mars, le pro­gramme est simple : on quitte Reyk­javík, on des­cend au nord d’Hel­la, où nous allons habi­ter pour le reste de la semaine. Et au pas­sage, on joue au par­fait tou­riste en sui­vant le “cercle d’or” : Þing­vel­lir, Gey­sir et Gull­foss.

On com­mence donc par le pre­mier nom­mé. Þing­vel­lir, ceux qui ont lu tout Thor­gal (les autres devraient) recon­naî­tront un mot : thing, l’as­sem­blée (je ne puis m’empêcher de faire un rap­pro­che­ment amu­sant entre thing, chose en anglais, et res publi­ca, la chose publique en latin : on aurait ain­si vu appa­raître cette idée de “chose” pour décrire une assem­blée dans des coins et des langues aus­si éloi­gnés que Rome et Oslo, le romain et le nor­rois). C’est là qu’a été fon­dé l’un des pre­miers par­le­ments d’Eu­rope, l’Alþing, qui éta­blis­sait loi et jus­tice sur l’île à par­tir du Xè siècle.

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De manière assez amu­sante, l’Alþing était pla­cé en Europe, mais vrai­ment très très près de l’A­mé­rique : le rift Atlan­tique est bien visible et par­fai­te­ment acces­sible à pieds. Mar­cher dedans n’est pas vrai­ment une bonne idée, en revanche : les murs se séparent de quelques cen­ti­mètres par an et y’a plein de gros cailloux qui tombent au fond, en équi­libre plus ou moins stable.

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Juste à côté, c’est une plaine her­beuse — oui, l’herbe est vrai­ment de cette cou­leur, oui, il s’a­git d’une plante chlo­ro­phyl­lienne, non, elle voit pas assez le soleil à son goût. Depuis le par­king, l’i­ti­né­raire de pro­me­nade mène d’un côté à la cas­cade d’Öxarár­foss, où y’a des légendes amu­santes écrites en anglais et en islan­dais sur un pan­neau ; de l’autre, il remonte au pied du rift, qui forme une falaise à cet endroit, et contourne le point sup­po­sé de ras­sem­ble­ment du tout pre­mier Alþing.

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Plus bas, un bras de rivière sert appa­rem­ment de fon­taine aux vœux : tous les points qui brillent sous l’eau sont des pièces.

De là, on espé­rait prendre la route 365 pour cou­per par Lau­gar­vatn et arri­ver direc­te­ment sur Gey­sir. À un moment, le flé­chage dis­pa­raît et faute de GPS, on décide de deman­der la route. L’au­toch­tone inter­ro­gé semble heu­reux de répondre que oui, nous sommes sur le bon che­min, c’est la pro­chaine à gauche puis à droite à 500 m, mais qu’on ferait mieux de pas essayer la 365, à peine pra­ti­cable en tout-ter­rain du fait de la débâcle qui a creu­sé des ruis­seaux au milieu de la piste. Il nous conseille plu­tôt de prendre à droite et de conti­nuer au sud sur la 36, de pas prendre la 351 qui paraît un poil plus courte mais en temps c’est pareil, et de reprendre à gauche uni­que­ment en arri­vant à la 35, en plus on peut pas se trom­per, c’est au bout de la route, et après y’a plus qu’à suivre la 35 pour arri­ver à Gey­sir, ça fait une tren­taine de bornes en plus mais vu l’é­tat de la route 365, d’une c’est pas sûr qu’on passe et de deux même si on passe ça va nous prendre la jour­née.

Le tout avec un léger accent ger­ma­nique, mais dans un anglais très cor­rect, avec un sou­rire irré­pro­chable et en mon­trant au fur et à mesure où on est, où on doit pas aller et où on va sur la carte.

Une grosse heure plus tard et mal­gré un vent d’ouest qui com­mence à bien se lever, on arrive à Gey­sir, grou­pe­ment de baraques signa­lé sur­tout par un gros pan­neau de sta­tion-ser­vice. On mange au res­tau à côté, le tarif est tou­ris­tique mais rai­son­nable et la soupe d’a­gneau excel­lente.

En sor­tant du repas, il fait un vent à décor­ner les bœufs, 3 °C dehors et ‑15 °C res­sen­tis comme dirait la météo. On marche jus­qu’aux trucs inté­res­sants qui font de Gey­sir le deuxième point où tout tou­riste est obli­gé de pas­ser : les gey­sers (me dites pas qu’a­vec un nom pareil, vous aviez pas devi­né !).

Le che­min est tra­cé par des cor­dages situés à trente cen­ti­mètres du sol — si on ten­tait le même truc en France, on ver­rait des gens ébouillan­tés par dizaines après avoir ten­té de se bai­gner, non ? — et enjambe les ruis­seaux tièdes par de petits tapis de bois.

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En arri­vant, y’a comme une baleine qui souffle dans le coin. Je chope au vole le panache de fumée qui quitte Strok­kur, ma mère est jalouse. On contourne le gey­ser pour se pla­cer en contre-haut, à côté des gens…

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Pas de doute, ça bouillonne là-dedans. La colonne d’eau de Strok­kur, qui émerge dans le cercle pier­reux le plus petit, grimpe et des­cend plus ou moins régu­liè­re­ment ; puis le mou­ve­ment s’ac­cé­lère, la cocotte-minute déborde, les bulles arrivent et ça gicle pas du tout à la ver­ti­cale — en fait si, mais avec le vent ça part à 45°…

J’ai pas de bonne pho­to de la seconde érup­tion — ben tiens, c’est le moment où l’ap­pa­reil a choi­si de se mettre en veille : Mur­phy n’est jamais loin des tou­ristes. Et la troi­sième, on l’a obser­vée du par­king : même si Strok­kur est très régu­lier, pas­ser six à huit minutes de plus dans un vent gla­cial décou­rage les plus achar­nés.

Six kilo­mètres plus loin, un gros pan­neau indi­quant le pas­sage de la route 35 à la F35 barre la route : les “F” sont réser­vées aux tout-ter­rain. Et en plus, la F35 est fer­mée pour l’hi­ver : elle monte dans les high­lands, blo­qués par la neige. Le par­king est là. On se gare, la voi­ture conti­nue à bou­ger au rythme des rafales, on s’ha­bille façon “je grimpe à Péclet par ‑27 °C”, on sort pen­chés, on essaie de se dépê­cher mais c’est pas évident de cou­rir quand le vent déporte de qua­rante cen­ti­mètres entre le moment où on lève le pied et celui où on le pose, et après deux cents mètres de marche nous voi­là…

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…à Gul­foss, double cas­cade super connue. C’est loin, mais on sent bien les embruns (c’é­tait un jour un peu ven­teux, je l’ai peut-être déjà men­tion­né ?).

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Ma mère se cale comme elle peut pour prendre une pho­to… Juste der­rière moi, le sen­tier d’ac­cès à la cas­cade est fer­mé par une chaîne ; sur la chaîne, un pan­neau de fer­raille, l’en­semble doit faire trois ou quatre kilos mais flotte qua­si­ment à l’ho­ri­zon­tale, por­té par les 20x50 cm du pan­neau.

On retrouve la voi­ture bien vivi­fiés, et on file jus­qu’à Hel­la. On rate l’embranchement, on fait demi-tour au rond-point — l’oc­ca­sion de repé­rer un super­mar­ché, tou­jours utile — et on prend la bonne piste, qui part vers le nord et nous mène .

C’est donc sans encombre par­ti­cu­lière qu’on ren­contre Nicole, Fran­çaise expa­triée en Islande depuis une tren­taine d’an­nées, qui a fait de l’ac­cueil tou­ris­tique à la ferme fami­liale pen­dant des années et nous loue son gîte pour la semaine bien qu’elle ait arrê­té l’ac­ti­vi­té.

En soi­rée, retour à Hel­la pour faire les courses, on demande à la cais­sière si elle peut nous indi­quer la pis­cine. Elle ne parle qua­si­ment pas anglais — je le men­tionne parce que c’est la seule Islan­daise que nous avons ren­con­trée qui fût dans ce cas — mais nous indique avec force gestes qu’il faut prendre la route le long de la sta­tion-ser­vice, puis qu’on ver­ra des trucs en l’air.

On prend la route indi­quée, et c’est évident : les trucs en l’air, ce sont les tobog­gans — déci­dé­ment, les Islan­dais en sont fans. Hel­la ne compte que 600 habi­tants répar­tis sur un habi­tat très dis­per­sé, mais la pis­cine est grande, en plein air bien sûr (mais des bar­rières cassent un peu le vent), chauf­fée ou peut-être plu­tôt refroi­die à 28 °C, pas chlo­rée bien enten­du puisque les Islan­dais se lavent avant d’en­trer dans l’eau, et entou­rée de bas­sins plus chauds jus­qu’à une qua­ran­taine de degrés. Bref, des ins­tal­la­tions qu’on ne trouve chez nous que dans les sau­nas et les éta­blis­se­ments aqua­tiques de grandes villes : ima­gi­nez une seconde un bled comme Beau­rières qui aurait une pis­cine de 25 m, chauf­fée même en hiver, deux tobog­gans aqua­tiques et un sau­na !

Suite : le vent qui souffle à tra­vers la mon­tagne…