Copacabana, début d’après-midi : je prends mon dernier bus, celui qui m’emmène vers La Paz. Montée raide, puis descente raide et arrêt pour le bac, qui permet de passer le détroit de Tiquina pour arriver du vrai côté bolivien du Titicaca — et plus sur la péninsule au milieu partagée entre Pérou et Bolivie. Pour cela, il faut faire confiance à de vieux bacs très colorés… et très artisanaux, à peine plus grands que le bus et dont les planches du pont laissent voir la coque, qui font la traversée en quelques minutes poussés par des moteurs de petits hors-bords.

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Ensuite, la route remonte pour arriver à l’altiplano, le vrai, celui où tu fais cent kilomètres à plus de 4000 mètres d’altitude avec cent cinquante mètres de dénivelé à tout casser. C’est entouré de montagnes, placées à un horizon dont il est à peu près impossible d’estimer la distance, et c’est extraordinairement plat jusqu’au pied desdites montagnes.

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Comme j’aime vérifier sur la carte, la voiture est à cinquante mètres et la montagne est l’Illimani, à 120 km du bac sur la photo du haut et à environ 65 km sur la photo du bas si mon estimation du cap est correcte. Au passage, on trouve plein de petits bleds, quelques maisons de briques rouges, éventuellement un terrain de foot ou une mairie un poil plus volumineuses, ça n’est pas le dénuement total mais on sent que les autochtones n’ont pas énormément de ressources une fois les besoins vitaux financés.

L’arrivée à El Alto est impressionnante. C’est exactement comme un de ces petits bleds, mais qui aurait poussé comme un nénuphar sur un étang : les petites maisons sont alignées sur une dizaine de kilomètres, il faut plus d’une demi-heure pour passer de l’entrée d’El Alto au début de l’autoroute qui descend vers La Paz, et tout cela est un gigantesque chantier où certains vivent et travaillent pendant que d’autres continuent à construire.

Curieusement, le bus ne s’arrête pas au terminal terrestre, mais à l’ancienne gare, désaffectée depuis 2005 — je suppose que là aussi, il doit y avoir une histoire de taxe d’infrastructure à payer. Du coup, j’arrive hors du plan de La Paz dont je dispose. Un groupe de touristes hispanophones n’a pas l’air de mieux savoir que moi, cherchent sur leur propre plan, puis finissent par me dire que ça doit être par là. Pendant ce temps, un être édenté semble s’intéresser à moi et me parle dans une langue totalement inconnue en s’énervant et en parlant de plus en plus vite et de plus en plus fort, malgré mes « no entiendo, disculpe, habla lentamente por favor ». Je finis par ignorer ses imprécations et partir dans la direction indiquée, au bout de dix mètres il arrête de me suivre en criant et je continue à tracer, et en presque trois semaines ça sera la seule rencontre flippante que j’aie faite.

Après avoir traversé un énorme rond-point, je vois des bus alignés, du coup je repère une plaque de rue et saute sur le plan. Voilà, je suis là, juste au dessus du terminal. Bon, ben si j’attaque la descente je suis à la place principale dans dix minutes… Je vais plutôt tourner à peu près à niveau jusqu’à avoir un point de vue sur la ville, qui a l’air plutôt encaissée.

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Après quelques centaines de mètres, je surplombe effectivement la cité et oui, elle est encaissée. Genre très encaissée, avec cinq cents bons mètres de dénivelé entre le bas et le haut.

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J’achète une glace à un tarif honteux pour la région… et ridicule pour un Européen, je redescends doucement vers la Plaza mayor, je visite vite fait l’église San Francisco et là, il est six heures et je sais plus quoi faire. Continuer à visiter, c’est sympa mais j’ai mes vingt kilos de bagages sur moi et tout ce que je descends, faut le remonter, et j’ai faim et surtout soif. Et puis, ça fait quatre jours que j’ai quasiment pas eu de contact avec la civilisation occidentale, et le Routard dit qu’il y a un cyber-café recommandable juste derrière l’église.

Je tourne l’angle, commence à remonter la rue, un gringo habillé en hybride routard-randonneur m’alpague, en résumé : « You speak English ? Or Spanish ? Ok, English, I will try. I see you are from mountain, we are a group from mountain and we make hot coats, alpaca coats, you understand ? And currently we are giving them quasi regalo, porque necesitamos dinero para nuestros actividades en montaña, si necesita ir en montaña puede comprar nos sacos y ayudarnos. » Je lui explique gentiment que j’ai déjà une veste très bien, y’a des flics qui passent dans la rue et curieusement, il n’a d’un coup plus très envie de causer et s’éclipse le long du mur. Bizarre.

Je trouve un bistrot avec un logo Wi-Fi dessus, la carte est française, c’est amusant, j’entre. Je demande si le Wi-Fi marche, je vérifie qu’il marche effectivement, et je me pose avec un frapuccino (spécialité française je suppose) et un muffin — aaaaah, ça m’avait manqué. J’envoie des photos, prends le temps de lire le journal, et juste comme je suis sur le point de décoller y’a un couple de Belges francophones qui se posent où il y a de la place, donc à ma table. On discute une bonne heure, ils viennent de passer une semaine de galères dans les tempêtes de neige du sud-Lipez et n’ont rien pu voir et là, ils reprennent l’avion vers Paris, d’où ils vont sauter dans un Thalys. Histoire de pas trop les faire rager, je dis que moi non plus j’ai pas vu le Salkantay parce que brume et neige, mais après je dois bien avouer que j’ai vu plein d’autres choses et que j’ai franchement eu un sacré beau temps. Il est huit heures quand je sors du bistrot, bien crevé par le voyage, et comme je dois embarquer à cinq heures du matin je compte filer directement à l’aéroport.

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Les transports en commun à La Paz sont encore plus spectaculairement bordéliques qu’à Arequipa et Cuzco : y’a pas deux Boliviens qui sont d’accord sur le départ des bus vers El Alto. Au bout d’une demi-heure je n’en ai toujours vu aucun et je finis par prendre un taxi. Arrivé à l’aéroport, je dîne dans un Starbucks et squatte jusqu’à la fermeture, puis j’essaie de trouver un coin pas trop froid pour dormir, mais ça marche moyen vu que toute l’aérogare est dans le vent. Tant pis, je dormirai dans un des avions