Une brune élancée aux formes épanouies

Est venue me parler un soir de beuverie,

De bière et de labeur, de ciné, de musique,

De société, de mœurs et même de politique,

Saupoudrant ses tirades d’une pointe d’humour taquin

Appuyée d’une œillade et d’un rire cristallin.

Oui, mais tu étais là, éclipsant tout le reste,

Et j’étais aveugle à cette charmante peste.

Elle eût pu être sœur de l’infirmière Taggart,

Blonde au regard frondeur et au sourire sans fard ;

Moi qui étais présent sans trop savoir pourquoi

Dans un grand restaurant un peu trop chic pour moi,

Elle m’a rassuré : je n’étais pas perdu,

Et son air amusé semblait dire « bienvenue ».

Mais tu étais présente ; je distinguais à peine

Le charme stupéfiant de cette petite reine.

Ses yeux noirs s’étiraient sur ses tempes délicates

Et, comme elle suivait mon discours disparate

sur mes rapports vicieux avec certains confrères,

Son sourire radieux l’éclairait toute entière ;

Son charme vénéneux eût fait fondre une pierre,

Ses appâts généreux, fait damner l’abbé Pierre.

Mais tu n’étais pas loin, faisant un ectoplasme

De cette brune en tout point conforme à mes fantasmes.

Princesse, toi qui effaces les plus belles des Ève

Et qui masques toute trace des femmes de mes rêves,

Ce soir, ne pourrais-tu me suivre dans la faute ?…

Ou bien, rends-moi la vue, que je puisse voir les autres.

(10/12)