Mer­cre­di matin, 9 h, tout le monde est à peu près repo­sé et réveillé — fau­dra un jour qu’on m’explique pour­quoi, alors que je suis sans doute de ceux qui ont le plus pas­sé de temps au-des­sus de 1500 m dans leur jeu­nesse, je fais tou­jours une ou deux nuits qua­si­ment blanches après une trans­hu­mance.

Direc­tion la zone à skis de l’hôtel, où notre maté­riel doit nous attendre clas­sé par numé­ros de chambres d’après ce qu’on nous a dit…

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Arri­vés sur place, ben, en fait, le ser­vice a déci­dé de nous sim­pli­fier la vie : toutes nos affaires sont regrou­pées sous l’intitulé “the French group”, avec un pan­neau “dan­ger” en-des­sous. On s’est encore fait remar­quer, ou bien ? O_o

On va poser tout notre bar­da dans le bus, et par­tir à tra­vers la ville. En pas­sant, Leo Blät­tler, notre deuxième guide, nous explique que Saint-Moritz est une vieille sta­tion ther­male, deve­nue sta­tion de ski par la suite, tou­jours très répu­tée pour ses bains. Que c’est très plein de thunes, aus­si, et que les tarifs des choses de la vie cou­rante sont inabor­dables pour les autoch­tones. En che­min, les noms des bou­tiques en disent pas mal : Dior, Arma­ni, Balen­cia­ga, Car­tier, Her­mès… Mais pas vu de ED.

Il parle fran­çais cou­ram­ment, avec une petite pointe d’accent indé­fi­nis­sable, et n’hésite pas à ponc­tuer ses expli­ca­tions de quelques touches d’humour — “les gens riches viennent de toute la pla­nète : des Russes, des Chi­nois, des Afri­cains… Ici, il ne faut pas être raciste, ni autre chose comme, euh… socia­liste.”

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On des­cend du bus, et y’a plus qu’à mar­cher, dru dans l’pentu, comme on dit chez moi. La pente est raide mais la route est droite, et cer­tains tentent des pas de pati­nage plus ou moins contrô­lés et peuvent remer­cier les réflexes et l’esprit soli­daire de leurs com­pa­gnons.

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Pre­mière étape ici, au-des­sus d’un tobog­gan…

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…où, depuis fort long­temps déjà, des Anglais ont com­men­cé à se jeter la tête la pre­mière cou­chés sur des planches dotées de patins. Ça s’appelle le ske­le­ton, et c’est pour ceux que le bobs­leigh ou la luge n’ont pas assez secoués.

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On va des­cendre la piste tran­quille­ment, au contraire des gens qui glissent des­sus. Bon, y’a quand même des grosses pro­tec­tions en mousse et des bottes de paille pour évi­ter de renou­ve­ler l’exploit de Kuma­ri­ta­sh­vi­li trop sou­vent.

Petite sur­prise au pas­sage : même là, on peut être gêné par la même “sata­née touffe d’herbe” qu’en ral­lye.

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L’autofocus du NX10 touche un peu à ses limites sur ce genre de truc, mais il s’en sort encore hono­ra­ble­ment. Sur­tout sur un appa­reil qui n’a plus de bat­te­rie, et que je blouse régu­liè­re­ment en l’éteignant, puis en l’allumant et en shoo­tant avant qu’il ait eu le temps de s’en rendre compte.

Arri­vés en bas, on remonte de l’autre côté, par la piste de bobs­leigh pré­ci­sé­ment. Ah oui, c’est pour ça qu’on est là : Sam­sung offre aux volon­taires un tour en bobs­leigh… O_o

Le tobog­gan des­cend à tra­vers une pinède, c’est très buco­lique, pau­mé dans la cam­brousse, on croi­rait un peu cer­tains coins du Ver­cors à la mi-jan­vier.

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Alors là, voyez, y’a un type de l’entretien… Et la piste, ben c’est le mur ver­ti­cal der­rière lui. “Là, vous allez prendre envi­ron 4 g”, nous dit Leo pour nous ras­su­rer.

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Le che­min pour les pié­tons remonte raide, pas­sant régu­liè­re­ment sur des ponts enjam­bant la piste. On en pro­fite pour pho­to­gra­phier les bobs qui des­cendent…

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Alors, viseur ou écran ? Pour l’instant, trois quarts des maniaques pré­fèrent le viseur, si on en juge par ce docu­ment. Benoît Mar­chal a encore trois ans pour nous convaincre d’abandonner cette habi­tude s’il veut piquer dix euros à Luc Saint-Élie.

Pas de pho­tos pour la suite : comme je l’ai dit, mon NX10 était à sec. Tant pis pour moi, tant mieux pour ceux qui avaient besoin du 18–55 mm.

Petit pas­sage de texte brut donc pour essayer de décrire ce que c’est, une des­cente en bobs­leigh.

Ça com­mence avec l’installation d’un casque. XXL, ça serre quand même bien, ah, c’est comme ça qu’il faut ? (Le pre­mier qui me dit que j’ai la grosse tête…) Puis, on dépose tout ce qui pour­rait gêner : sac, appa­reil pho­to…

Faute d’entraînement, on ne fait pas dans l’installation spor­tive en sau­tant dans le bob. Le pilote assis, on se glisse der­rière lui, Anne-Sophie devant, moi der­rière. Oui, c’est vrai­ment ser­ré, mais une fois les pieds dans les étriers et les mains sur les poi­gnées, pas si incon­for­table. Il est juste clair qu’on va pas bou­ger tout de suite.

Ensuite, le frei­neur pousse, me glisse un pied de chaque côté des hanches en mon­tant, et c’est par­ti. Long gauche en des­cente, tiens, ça secoue pas tant que ça en fait. Chi­cane gauche-droite, ah, si, c’est plus phy­sique. Puis, d’un coup, 90° de gîte à tri­bord, on a des­sa­lé ? Ah non. C’est juste qu’on est là.

Agran­dir le plan

Une épingle à droite, en voi­ture, ça se prend à 20 à l’heure. En bobs­leigh, à 80. Pour­quoi ma tête elle est aus­si lourde ? Pour­quoi mon dos il s’arrondit tout seul ? Pour­quoi j’expire alors que je souffle pas ? Le pire, c’est que je l’ai vu venir — Anne-Sophie étant un peu plus petite que moi, j’arrive à voir un peu par des­sus son casque — et me suis bien calé…

Petite chi­cane presque en dou­ceur — blang, casque dans le mon­tant droit, blang, casque dans le mon­tant gauche quand même —, je reprends une bonne ins­pi­ra­tion : si je me sou­viens bien, là, y’a le fameux virage sous 4 g. Rou­lis bru­tal vers la gauche, ça part sans pré­ve­nir et ça s’arrête pareil, 90° plus loin, et de nou­veau le dos qui s’écrase et les pou­mons qui se vident tous seuls. Il disait quoi, Leo ? Ah oui, ça me revient : “pour les femmes enceintes, ah ça, il faut pas, hein”. Je com­prends mieux…

Sor­tie du “fer à che­val”, je vais pou­voir res­pi­rer… Ou pas. Ça repart aus­si­tôt à droite, dans une petite courbe qui parais­sait gen­tille en mon­tant, à pied, sauf qu’on est à 90 et que du coup elle se passe qua­si­ment à la ver­ti­cale. Long gauche, ça secoue, ayé, je sais plus où je suis, ce qu’il y a après, où ça va. Plus loin, un bout droit, je me redresse et reprend une double ins­pi­ra­tion, oui, res­pi­rer, c’est le secret.

Re-coup de raquette dans une équerre à droite, j’ai vu venir, bien blo­qué la res­pi­ra­tion — c’est mieux de blo­quer pou­mons pleins que vides, en fait. Sor­tie, souffle, ins­pire, on passe sous un pont, ah, donc on est à côté de la piste de ske­le­ton et bien­tôt arri­vés ?

Long droite, forte incli­nai­son, mais la vitesse com­mence à décroître, les secousses aus­si. Enfin, on vient s’échouer, ça glisse plus, le frei­neur sort du bob en me libé­rant les hanches. Deux bonnes ins­pi­ra­tions, je glisse les épaules par-des­sus le plat-bord, je ramène mes pieds sous moi, re-ins­pi­ra­tion pour convaincre mon oreille interne que si, ça, ça doit for­cé­ment être la ver­ti­cale.

Je sors du véhi­cule, je retrouve Rémi et Auré­lie, par­tis peu avant nous, exta­tiques, je crois que je fais la même tête même si quelque part dans un coin de ma tête, je m’inquiète aus­si un peu pour mon équi­libre.

On remonte au départ, on retrouve nos affaires, le cham­pagne est offert. Sté­phane veut refaire un tour tout de suite, j’avoue que je suis par­tant — purée, trop bon, ce truc ! —, mais bon, y’a pas que ça à faire.

Direc­tion le télé­phé­rique, on récu­père skis, bâtons et chaus­sures, et à peine arri­vés en haut, on s’engouffre dans un res­tau.

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La cha­leur aidant, mon NX10 accepte de faire une der­nière pho­to de la ser­veuse en cos­tume tra­di­tion­nel. Dehors, incon­gru, un joli petit yacht dépo­sé ici par on ne sait quel Noé, à moins qu’il n’attende 2012

Mon appa­reil retourne à son mutisme, il fini­ra l’après-midi dans le sac à dos de Sté­phane — mer­ci encore. Rémi veut tailler la neige de son côté, sur­tout qu’il a ren­dez-vous à 15 h pour un tour de del­ta­plane : il file à la Fran­çaise avant que les guides ne le voient. Res­tent Sté­phane, Auré­lie et moi ; après deux des­centes, voyant qu’on se débrouille, les accom­pa­gna­teurs nous laissent seuls.

En gros : la neige est “trop bonne”, comme on dit de nos jours. En fin d’après-midi, on subi­ra bien quelques plaques de brouillard, mais avec trois skieurs de niveau assez com­pa­rable, des pistes joli­ment taillées, larges et qua­si­ment désertes — la pleine sai­son à Saint-Moritz n’a rien à voir avec la pleine sai­son à Val Tho­rens ou à Orcières —, on se fait vrai­ment plai­sir. Pas de doute, c’est vache­ment mieux d’aller avec des gens de son rythme que d’essayer de suivre Ghusse

En début d’après-midi, Sté­phane prend deux gadins en vingt minutes, je me laisse aller à mes pen­chants moqueurs. Du coup, quand une heure plus tard je me retrouve sous mes skis à deux à l’heure après avoir fait le con un truc trop sty­lé pour que je vous explique com­ment on fait, il me rate pas, c’est de bonne guerre.

17 h, on est à l’hôtel pour un petit vin chaud. Je rentre dans ma chambre, retourne cher­cher mon appa­reil oublié chez Sté­phane, redes­cends récu­pé­rer un adap­ta­teur sec­teur, mets la bat­te­rie à char­ger. Pis une heure sous la douche, et petite sieste, vu que le pro­gramme de la jour­née est loin d’être fini.

Suite : cold cold night