La jeune Caitlin, j’ai vue un beau matin,

Sa crinière rousse tombant jusqu’au creux des reins.

Ses yeux étaient verts, clairs comme l’eau de rocher,

Ses seins tendaient la soie censée les cacher.

J’ai vu son sourire, et ses taches de rousseur,

Et cette vision me laisse encore tout rêveur.

La belle Caitlin, j’ai revue un midi,

Ses cinq enfants avaient alors bien grandi :

L’aîné était droit, sage, et juste, et gentil ;

La seconde belle, le tiers veillait les petits :

Le quart était grand, puissant, et fier, et fonceur,

La benjamine, artiste emplie de douceur.

La sombre Caitlin vit mourir son infant,

Le doux gardien, le centre de ses enfants.

Son homme lui prenait, du labeur tout le fruit ;

Elle s’envola : elle prit ses poussins et fuit.

Mais le fils cadet choisit la voie de son père,

Laissant le juste avec ses sœurs et sa mère.

La forte Caitlin, j’ai vue masquer son ire,

Sécher ses larmes et se remettre à bâtir.

Enfin elle me vit, et reprit un sourire,

Et cette tribu à la mienne vint s’unir.

Le père des petits tendit la main en ami,

Et le jeune fils enfin joignit la famille.

La vieille Caitlin, je vois à la veillée

Ses yeux sont sombres, sa rage semble la brûler :

Son ancien mari s’est mit à nous maudire.

Le fier cadet ne veut cette fois s’enfuir ;

Mais le père l’emporte, et nous voilà impuissants,

Et Caitlin pleure la perte d’un nouvel enfant.

(12/2016)