Mon vieux François…

Ce midi, j’ai entendu notre premier sinistre, François Fillon, dire qu’il allait faire ceci, faire cela, faire plein de choses… notamment un service minimum dans les transports d’ici septembre.

Je vais pas me prononcer sur le service minimum, vous devez vous douter de ce que j’en pense.

Mais François, mon vieux François, t’oublies juste une ou deux choses.

La première, c’est que c’est pas toi qui fais les lois. On a un parlement pour ça, avec une assemblée nationale et un sénat et pleins de débats contradictoires. Je sais bien que, ces cinq dernières années, tes prédécesseurs ont un peu perdu l’habitude de demander son avis au parlement, dans le meilleur des cas transformé en chambre d’enregistrement, dans le pire des cas purement et simplement contourné à grands coups de 49.3.

La seconde, c’est qu’il y a une vraie possibilité que tu te retrouves au chômedu d’ici fin juin. Parce que dans trois semaines (± trois jours), on élit des députés, tu sais, les gens qui composent l’assemblée qui fait les lois (lois que tu n’es payé que pour appliquer, pas pour créer). Et ces gens-là pourraient bien être majoritairement opposés à tes mesures magiques pour redresser la France. Bien sûr, rien n’interdit à ton ami Nico de te garder ton poste même avec une assemblée qui lui serait hostile (on appelle ça une cohabitation) : le fait de prendre un premier ministre du coté de la majorité parlementaire est une tradition instaurée en 86 par Mitterrand, pas une obligation légale.

Il n’empêche : s’il te garde à ton poste, il est tout à fait possible que tu sois payé pour faire appliquer des lois que tu détesteras, parce que ce n’est pas toi qui les décides. Note en passant que, franchement, ça me ferait marrer. Donc, c’est un peu tôt pour parler de ce que tu feras en septembre.
Mais surtout, François, je t’ai entendu dire que tu allais virer du gouvernement les ministres qui se feraient latter aux législatives (donc, tu as dû entendre parler de ces élections : pourquoi tu fais comme si elles existaient pas, alors ?). Figure-toi que c’est le truc le plus con que j’ai entendu depuis longtemps (et pourtant, j’ai beaucoup regardé les infos ces derniers mois).

Parce que, dans le gouvernement, on fait partie du pouvoir exécutif, tu es d’accord ?, et en tant que député, on est dans le législatif, toujours d’accord ? ; or, il y a plein de gens qui ont planché sur la question, y compris un très célèbre Montesquieu qui a pondu L’esprit des lois, et ils sont tous arrivés à la même conclusion, je vais à la ligne pour te la citer comme il faut :

Tout pouvoir tendant naturellement à l’abus de pouvoir, il convient de séparer les différents pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire et de s’assurer qu’aucun de ces pouvoirs n’existe sans être contrebalancé par les deux autres.

Or donc, tu veux virer ceux qui ne seront pas élus députés. Fort bien, ils seront au chômage (à moins qu’ils n’aient également été député européen, maire, conseiller général ou autre, peut-être même avaient-ils un emploi quelque part, après tout, personne n’a vraiment fait attention aux lois sur le cumul des mandats).

Mais ce qui m’intéresse, c’est le sous-entendu de ta phrase : ceux qui seront élus resteront donc au gouvernement.

Là, je vois deux solutions :

  • Ils refusent leur mandat de député, et alors, leurs électeurs auront la satisfaction profonde d’avoir été pris pour des cons et d’avoir voté pour un courant d’air. Attention, ils pourraient bien voter contre toi juste pour te faire chier aux prochaines élections.
  • Ils sont à la fois députés et ministres, et alors, ils sont le cul entre deux chaises, à la fois au législatif et à l’exécutif. Ils concentrent les pouvoirs, avec seulement le judiciaire pour tenter de les contrebalancer ; mais on sait bien que le judiciaire est souvent prié d’attendre lorsqu’il s’intéresse aux affaires de l’état. Donc, on n’est plus en démocratie.

Comme tu le vois, François, ton dernier blabla me gêne un peu. Ça me ferait marrer d’entendre un truc aussi con, si ça me faisait pas autant peur d’entendre un truc aussi dangereux.