Et allez, ça recommence !

J’ai enten­du hier aux infos que notre gou­ver­ne­ment envi­sa­geait de lan­cer une nou­velle opé­ra­tion dans le genre jupette/balladurette.

Si, si, sou­ve­nez-vous : vous balan­cez votre tacot à la casse, vous ache­tez une voi­ture neuve, et l’État vous file une ou deux briques en remer­cie­ment.

L’objectif affi­ché : réduire la pol­lu­tion en accé­lé­rant le renou­vel­le­ment du parc, idée du si mal nom­mé «Gre­nelle» de l’environnement.

Ben tiens.

Pri­mo : les gens qui ont les moyens de se payer une voi­ture neuve (même chez Dacia, ça veut dire cla­quer 8000 euros) roulent plu­tôt dans des véhi­cules de quatre-cinq ans que dans des vieux pou­mons au bout du rou­leau. Ceux qui ont des voi­tures archi-pol­luantes qui sur­vivent depuis les années 80, en géné­ral, ils sont très loin de pou­voir se payer une neuve.

Donc, si on veut vrai­ment sor­tir de la cir­cu­la­tion les vieux tas de boue, il faut que la mesure s’applique à l’achat d’une voi­ture d’occasion.

Secon­do : il existe des voi­tures qui n’ont pas de rem­pla­çante. Ben oui. “Ah oui, elles sont beau­coup mieux main­te­nant, plus sûres, plus confor­tables”, dira le débile qui sort tout droit de l’ENA (ou le publi­ciste de chez Regeoën).

Non. Tiens, un exemple : le Volks­Wa­gen Trans­por­ter. (Notez que ça marche aus­si avec le Toyo­ta Hi Ace.) Véhi­cule com­pact, pas plus long ni plus large qu’une ber­line fami­liale, mais sur lequel le chauf­feur est pla­cé de manière à libé­rer de la place. Du coup, le “vrai” Trans­por­ter offre un volume et des pos­si­bi­li­tés d’aménagement records, avec des qua­li­tés rou­tières et une capa­ci­té à prendre des épingles et à se garer dignes d’une ber­line. Et bien, le rem­pla­çant offi­ciel fait un bon mètre de plus en lon­gueur et en empat­te­ment (pas de bol, c’est le mètre qui gêne dans les épingles et les cré­neaux) sans accrois­se­ment du volume uti­li­sable.

Là, je suis bien pla­cé pour le dire : j’en ai un.

Ter­tio, si l’on veut vrai­ment dimi­nuer la pol­lu­tion, il est extrê­me­ment urgent d’arrêter de bazar­der tout ce qui est vieux et qui fonc­tionne. Cas­ser une voi­ture, ça n’est pas que sup­pri­mer de l’atmosphère un tuyau d’échappement, c’est aus­si se fader une bonne tonne de maté­riaux divers, éven­tuel­le­ment toxiques, inté­grés aux autres de sorte qu’on ne peut plus les sépa­rer, et dont le recy­clage a été plus ou moins bien pré­vu par l’assembleur — plu­tôt très mal, d’ailleurs, jusqu’à l’aube des années 2000.

Moi, de mon coté, j’ai mon Cara­velle. Qui consom­mait dix litres aux cent avec sa boîte 4.

J’ai fait un gros geste pour la pla­nète (et un inves­tis­se­ment ren­table en termes de bruit à bord) : je l’ai fait repas­ser en boîte 5. La consom­ma­tion est des­cen­due direc­te­ment à huit litres.

Ima­gi­nons main­te­nant que plu­tôt que d’avoir une prime de 2000 € pour bazar­der ce char et ache­ter du neuf, j’aie une prime de 1000 € pour chan­ger le mou­lin de mon tank. Ça aurait plu­sieurs effets :

1) je conserve un véhi­cule adap­té à mes besoins, capable de prendre les épingles les plus ser­rées en mon­tagne tout en pro­me­nant mon lit ;

2) au lieu de ne rien faire parce que je n’ai pas 8000 € pour me payer la plus pour­rie des Clio, je change effec­ti­ve­ment mon moteur parce que je peux trou­ver 2000 € pour ça ;

3) au lieu de balan­cer une tonne huit de merde à recy­cler, je balance 80 kilos.

Ah oui, mais là, c’est la DRIRE qui n’est pas d’accord : on ne peut pas mon­ter sur un véhi­cule un moteur d’un type dif­fé­rent de celui homo­lo­gué à l’origine. Théo­ri­que­ment, le mon­tage d’un moteur de Golf sur un Trans­por­ter est inter­dit (ils sont iden­tiques, mais n’ont pas le même type mines). Offi­ciel­le­ment, c’est pour des rai­sons de sécu­ri­té.

Mon Cara­velle a un moteur 1600 tur­bo-die­sel. Il déve­loppe une puis­sance de 70 che­vaux.

D’une part, le châs­sis et les trains rou­lants sont les mêmes sur tous les Trans­por­ter de cette géné­ra­tion. Ils sont donc pré­vus pour encais­ser les 112 che­vaux du 2,1 litres essence à injec­tion. Niveau sécu­ri­té, il y a une marge.

D’autre part, si on chan­geait le vieux mou­lin (qui fume, qui boit de l’huile, qui consomme) par un récent de même puis­sance, je ne vois pas où serait le gros pro­blème de sécu­ri­té.

Or, un moteur récent de puis­sance équi­va­lente (Renault 1,5 DCi, PSA 1,4 HDI, VAG 1,4 TDI par exemple) consomme moins de cinq litres en cycle mixte, mon­té sur une Clio 3, une C2 ou une Fox. D’accord, mon char n’a pas leur aéro­dy­na­mique, mais ça m’étonnerait bien qu’on ne gagne pas deux litres aux cent sur ce coup-là, et je ne parle pas des pous­sières, des oxydes d’azotes et de toutes ces salo­pe­ries que les moteurs récents ne rejettent qu’avec cir­cons­pec­tion.

Bilan : j’ai le choix entre ache­ter une voi­ture neuve, qui me sera moins pra­tique que mon véhi­cule actuel et me coû­te­ra dix briques au bas mot, en créant du même coup une tonne huit de déchets à retrai­ter, et conti­nuer à uti­li­ser un engin qui pol­lue comme dix et boit en quan­ti­tés indus­trielles tous les liquides qu’il peut ingé­rer.

Je plai­sante : j’ai pas les moyens de me payer une voi­ture neuve.

D’où la conclu­sion de mon laïus : bor­del, qu’on m’autorise (voire qu’on m’encourage) à foutre un 1,4 TDI dans mon van, tout le monde y gagne­ra !

(Dans le même ordre d’idée, on n’a pas rasé Jus­sieu, on l’a dépol­luée. Pour­quoi pas faire pareil avec les voi­tures ?)