Paris, semaine 5

Ven­dre­di : écri­ture d’article sur des bala­deurs mul­ti­mé­dia pour un maga­zine, du matin au soir. Same­di : news pour les Nums le matin, pour­suite de l’article l’après-midi. Dimanche : rebe­lote du same­di. Tapé huit pages de maga­zine en trois jours, l’hypothèse d’arriver à rendre les articles mar­di soir paraît plau­sible, à sup­po­ser que le troll sur­vive deux jours de plus à ce rythme. Lun­di matin, mail du patron : après d’âpres négo­cia­tions, il a pu repous­ser à lun­di.

Pfiouuuuuuu… Même pas la force de hur­ler de joie, mais ça fait du bien. Du coup, je peux aus­si déga­ger le temps d’aller à la confé­rence de presse Canon, le len­de­main matin, où le construc­teur doit pré­sen­ter deux pro­duits incon­nus. Juste le temps de deman­der à Renaud de me ren­voyer le cour­riel : éner­vé de pas pou­voir y aller, je l’avais vio­lem­ment bazar­dé.

On ne sait rien de ce que Canon nous pré­pare : l’heure de publi­ca­tion a été fixée à 6 heures et pour évi­ter les fuites, Canon refuse même de filer le moindre dos­sier de presse la veille au soir. Renaud et moi nous levons donc à cinq heures et demie pour récu­pé­rer les dos­siers de presse par cour­rier élec­tro­nique. Rêvant de décou­vrir un 5D Mk II, je me réveille d’un coup en tom­bant nez à nez avec un EOS 1000D et une mise à jour du 430 EX. Qu’à cela ne tienne, on s’y met et on fait des actus, avant de retour­ner se cou­cher.

8 h 50 : on arrive devant une porte, fer­mée, sans indi­ca­tion, à l’adresse pré­vue. “C’est là ?” Une consœur arrive avec le numé­ro du digi­code, qui nous per­met d’accéder à… une cour inté­rieure. Tou­jours aucune indi­ca­tion, tout juste une son­nette dont on se dit qu’elle doit tom­ber chez un gar­dien qu’on va évi­ter de déran­ger. Cinq minutes plus tard, une demoi­selle en tailleur Canon nous confirme qu’on est bien au bon endroit, mais qu’il faut encore attendre.

En fait, la confé­rence a lieu chez des autoch­tones, dans un appart plu­tôt desi­gn bâti à l’intérieur d’un ancien han­gar. Ça se passe bien, le flash est sym­pa, l’EOS 1000D aus­si, sur­tout avec son “nou­veau verre de visée pour aug­men­té la lumi­no­si­té” (sic). Pour plus de détails, lisez les news de mar­di sur Les Numé­riques, ben tiens.

Mer­cre­di, cinoche : Jack­pot, de Tom Vau­ghan. Une comé­die sen­ti­men­tale dont la méchan­ce­té est le ter­rain d’action, c’est rela­ti­ve­ment rare ; en-dehors de cette petite ori­gi­na­li­té, le film rem­plit le contrat à 100 pour cent et s’abstient pru­dem­ment d’aller plus loin. On passe donc 1 h 40 à ne pas trop se fati­guer le cer­veau, à rire de bon cœur à quelques répliques réus­sies, d’autant qu’Ashton Kut­cher et Came­ron Diaz évitent d’en faire des tonnes — au contraire, il faut bien le dire, du scé­na­riste, qui ne fait pas tou­jours dans la finesse. Der­nière bonne nou­velle : bien que le titre fasse pen­ser à Las Vegas et ses casi­nos (et effec­ti­ve­ment, le film y com­mence presque), la chose ter­ri­fiante que les Cali­for­niens appellent musique ne passe pas avant le géné­rique de fin. Ouf.

À la sor­tie, j’ai traî­né au sud des Halles, jusqu’aux îles de la Seine. La tour sud de Leur-Dame de Paris (c’est vrai, quoi, si je suis pas catho, pour­quoi je dirais «notre» ?) était fer­mée, donc j’ai pas été voir en haut. En bas, y’avait pas trop trop de monde, alors j’ai été visi­ter. À l’entrée, mort de rire en voyant le pan­neau :

Mal­gré tous les moyens de l’église apos­to­lique romaine, appa­rem­ment, quand un type fait une faute (よこそう au lieu de ようこそ), on recourt au bon vieux Tipex pour cor­ri­ger…

À l’intérieur, y’a quelques cen­taines de tou­ristes qui viennent regar­der les maquettes, au moins huit per­sonnes qui sont là pour prier, et une grue.

Après avoir fait le tour vite fait, j’ai mar­chouillé un peu plus au sud, et j’ai com­pris ce que disait Ghusse sur le manque d’uniformité de la répar­ti­tion keba­besque dans Paris : là, je suis tom­bé en cent mètres sur une demi-dou­zaine d’établissements…

Jeu­di, cinoche : euh, mince, com­ment ça s’appelle ? C’est pas Signes, c’est pas Incas­sable, c’est un mot tout seul à la con comme ça… Ah oui : Phé­no­mènes, de Shya­ma­lan. Pas mal joué, un scé­na­rio un peu trop proche des recettes clas­siques du film d’horreur, une réa­li­sa­tion un peu trop conve­nue (j’avais déjà noté ça dans Incas­sable, jus­te­ment, entre autres défauts), ce sont quatre-vingt-dix minutes tran­quilles et sans grande sur­prise, mais pas déplai­santes. Fina­le­ment, une bonne part du film se joue sur l’évolution d’Alma, femme du héros, très bien inter­pré­tée par Zooey Des­cha­nel. Le mes­sage final (il y en a un, mais je pré­fère ne pas trop le déflo­rer) n’est pas très nou­veau et n’est pas ame­né avec beau­coup de légè­re­té, mais la réac­tion pre­mière de la popu­la­tion est très inté­res­sante : lorsque les phé­no­mènes (des sui­cides de masse) com­mencent, tout le monde se met à hur­ler “We’re under attack” avant même d’essayer une seconde de réflé­chir aux causes pos­sibles. Un joli sym­bole d’un pays trau­ma­ti­sé par une grosse attaque ter­ro­riste il y a quelques années, obsé­dé depuis par les inva­sions bar­bares mais qui a tou­jours un peu de mal à se poser la ques­tion : pour­quoi cer­tains nous en veulent-ils ?

Jeu­di soir, esca­lade. Un peu marre de la salle de la place des Fêtes, ousque les prises sont toutes lisses et les voies manquent de varié­té, direc­tion Issy et Mur­Mur, des salles d’escalade qui exploitent plu­tôt astu­cieu­se­ment les arcades d’une voie de RER pour faire des jolies voies, dans tous les styles, y com­pris de beaux faux rochers avec de l’escalade en fis­sure ou sur colonne. C’est joie et bon­heur, c’est juste pas don­né, hélas : 13 € l’entrée, ça fait vite mal.

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