Les infos du jour

Il y avait long­temps que je ne m’étais pas lais­sé aller à cri­ti­quer la nul­li­té des jour­na­listes qu’on a. Pour ceux qui me pen­saient malade, je vous ras­sure : tout va bien, ce n’est pas parce que nos pro­fes­sions ont le même libel­lé que je les trouve meilleurs.

Enfin, je biai­se­rais quand même un peu : je ne suis plus aus­si cer­tain que les jour­na­listes soient nuls, je com­mence à croire qu’ils font peut-être ce qu’ils peuvent avec un cahier des charges affli­geant.

Tou­jours est-il que ce soir, j’ai atten­du dix bonnes minutes une infor­ma­tion.

Ça a com­men­cé avec l’enterrement des paras qui se sont fait des­cendre en Afgha­nis­tan. Côté info, c’était léger : dans la mesure où ils étaient morts (ça, on l’avait bien com­pris) et où l’on avait rapa­trié leurs corps (on l’avait bien vu), on se dou­tait vague­ment qu’ils seraient enter­rés. Côté réflexion (oui, ça fait aus­si plus ou moins par­tie du bou­lot de jour­na­liste), guère plus lourd : on a tou­jours pas vu que, par exemple, le bou­lot d’un mili­taire, comme celui d’un flic, inclut la pos­si­bi­li­té de tuer ou de mou­rir. On fait pas autant de foin pour les char­pen­tiers, qui pour­tant meurent beau­coup plus nom­breux dans le cadre de leur acti­vi­té pro­fes­sion­nelle. Com­pre­nons-nous : je ne me réjouis pas de la mort de ces gamins, je dis juste qu’il n’est pas logique de faire toute une his­toire de cette affaire qui n’est fina­le­ment qu’une jour­née de tra­vail qui a mal tour­né.

Côté émo­tion, en revanche, on a eu double dose. Avec des frères, des pères, tout ça. Et des larmes. Là encore, j’appellerai pas ça une info : on se doute vague­ment qu’il y a des gens qui vont pleu­rer à l’enterrement d’un membre de leur famille. Je pose­rais volon­tiers un diag­nos­tic préa­lable de schi­zo­phré­nie sur le type qui affir­mait dans la même phrase qu’il ne fal­lait pas aban­don­ner mais qu’il ne fal­lait plus envoyer des jeunes sur le ter­rain, en revanche, mais je pense plu­tôt qu’on dit pas mal de conne­ries sur le moment et qu’avec un peu plus de recul il aurait sans doute libel­lé son affir­ma­tion dif­fé­rem­ment.

Dans la fou­lée, on s’est fait une rebe­lote sur le crash d’un McDon­nell-Dou­glas MD-82 outre-Pyré­nées. Là encore, rien de neuf, à part pour ceux qui auraient vrai­ment sui­vi en dia­go­nale depuis hier et zap­pé le fait que l’appareil avait déjà eu un pro­blème tech­nique avant de ten­ter de décol­ler. Par contre, on a bien vu les gens qui pleurent (très ori­gi­nal) et les impré­ca­tions contre la com­pa­gnie aérienne. Bon, okay, un DC9 qui se plante, ça fait du dégât, y’a des gens qui meurent, donc des gens qui pleurent, et avec l’incident tech­nique préa­lable, je me dou­tais vague­ment que cer­tains cri­ti­que­raient la com­pa­gnie avec des tré­mo­los dans la voix.

On enchaîne avec la ren­contre entre Car­la Bru­ni-Sar­ko­zy et le Dalaï-Lama, dont qui­conque d’un tant soit peu nor­mal n’a abso­lu­ment rien à foutre : une citoyenne fran­çaise, y com­pris épouse du Pré­sident de la Répu­blique, a bien le droit de fré­quen­ter les gou­rous de son choix. On n’a pas eu grand-chose, en revanche, sur la ren­contre de notre ministre des Affaires étran­gères, de notre secré­taire d’État délé­guée aux Droits de l’homme et du chef d’État exi­lé d’un pays enva­hi il y a un bon demi-siècle, ç’a été beau­coup plus léger…

Un peu plus loin, on s’est fait les JO en long, en large et en tra­vers, avec tout de même une info : les vilains chi­nois auraient — ça reste à prou­ver — fal­si­fié le dos­sier d’une gamine de qua­torze ou quinze ans pour la faire par­ti­ci­per aux olym­piades. Atten­tion, sujet glis­sant, on va pas s’éterniser : trente secondes, c’est bien suf­fi­sant. Fau­drait quand même pas vexer le pays qui four­nit nos fringues et écoule nos bagnoles, et il fait déjà assez la gueule quand on rap­pelle que le gou­rou de l’Est est, comme d’ailleurs le gou­rou du Sud (celui qui a un gros truc sur la tête et qui n’a pas été enva­hi par l’Italie), éga­le­ment chef d’État.

Donc, mieux vaut par­ler d’un type qui s’est cla­qué une cuisse en mar­chant 35 kilo­mètres comme un déra­té. Là encore, on a de belles larmes pour faire joli sur la camé­ra. Et on risque pas de voir Hu Jin­tao essayer de faire les gros yeux. (Déso­lé pour cette blague minable à la limite du racisme, il se trouve juste que je peux pas blai­rer cette tête de con et que ça peut ponc­tuel­le­ment me pous­ser à uti­li­ser des mes­qui­ne­ries aux­quelles je me refuse d’ordinaire, un peu comme quand j’appelle notre pré­sident Nabot­léon ou que je dis qu’avec les dents qu’a notre ministre de la Jus­tice il y a des choses que je ne lui deman­de­rais pas.)

Bref, j’aurais pas dû arrê­ter Scrubs pour regar­der les infos.

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