Charonne, semaines 5 et 6

Y’a des semaines chiantes. Des semaines où on se fait engueuler par un lecteur parce que, dans un article-gag, on n’a pas rappelé des vérités physiques, des semaines où la Sécu vous écrit qu’elle ne peut pas enregistrer votre changement d’adresse parce qu’elle n’a pas compris que vous n’étiez plus employé par l’Éducation nationale, des semaines où l’actualité est archi-dominée par un sujet dont tout être normalement constitué se fout éperdument, des semaines où on se rend compte qu’il y a beaucoup de gros connards qui ne s’arrêtent au rouge que si vous êtes au milieu de la route et qui vous font bien comprendre que c’est une fleur qu’ils vous ont faite pour ne pas salir leur pare-chocs, des semaines où sort La loi et l’ordre, plus mauvais navet des filmographies de Robert de Niro et Al Pacino réunies (et pourtant, j’ai vu Mon beau-père et moi et Le parrain)…

Et quand toutes ces semaines sont une seule semaine, c’est lourd à digérer.

Du coup, merci à Antoine de Caunes, qui m’a permis de passer deux heures correctes pour penser à autre chose, en pondant L’histoire d’un mec, sa vision de la campagne de Coluche pour les présidentielles de 1981. Les acteurs sont excellents, avec une mention particulière à Léa Drucker (impeccable Véronique Colucci, au centre du film de bout en bout), Alexandre Astier (qu’on ne voit vraiment qu’une scène, mais essentielle, en Reiser), Denis Podalydès (dont je dis pas souvent du bien, mais qui campe un Attali juste assez coincé) et, surtout, à Gil Galliot qui nous offre un Choron plus vrai que nature — mégalo, égocentrique, loufoque.

La réalisation n’est pas mal non plus, avec un rythme régulier qui évite tout ennui, sans pour autant surprendre ou immerger à fond le spectateur hélas, et de Caunes s’offre ponctuellement de vrais moments de cinéma — la toute dernière scène est particulièrement réussie. Et l’intrigue, quoiqu’on en connaisse déjà l’essentiel, comporte suffisamment d’éléments pour entretenir le « suspense ». C’est donc une réussite, plutôt surprenante, mais réelle.

À l’opposé de cette œuvre, on trouve Tonnerre sous les tropiques, de et avec Ben Stiller. C’est d’autant plus con que l’idée de base est géniale : le réalisateur d’un énième film sur la guerre du Viêt-Nam, navré par ses acteurs merdiques, décide de prendre les choses en mains en truffant la forêt de caméras et leur créant une vraie guerre pour leur apprendre à avoir peur. Hélas, le traitement est démoli par… je sais même pas exactement quoi. C’est juste que ça ne fonctionne pas, que la plupart des répliques tombent à plat, que certaines situations propre à faire rire sont brutalement trop décalées pour passer… Il n’y a pas un truc particulier à reprocher, on sourit même assez régulièrement, mais la sauce ne prend pas.

Quelque part entre les deux, Course à la mort, de Paul Anderson. Oui, le même Paul Anderson qui nous a gratifiés de chefs-d’œuvre comme Mortal kombat ou Event horizon, et dont le meilleur film demeure le premier Resident evil (qui reposait à 100% sur la plastique de Milla Jovovitch, exposée sous tous les angles au fil de cascades plus ridicules les unes que les autres — qui a pensé au coup de pied dans la gueule du chien ?).

Donc, j’aurais pu écrire cette critique à l’avance juste en me fiant au synopsys et au nom du réalisateur. C’est le principal reproche qu’on peut faire à cette Course à la mort : zéro surprise. Tout est prévu dès que l’idée de base est posée (les prisons sont devenues les arènes, les prisonniers les gladiateurs, faut bien distraire les foules, et notre héros va devenir un chauffeur de chars) : le film promet d’être une adaptation trash de Mario Kart, et c’est ce qu’il est. On retrouve tout de même un peu (un tout petit peu) de l’esprit de Le guerrier de la route, deuxième volume des aventures de Mad Max, auquel plusieurs références sont d’ailleurs faites — on parle d’une Holden Interceptor au début, par exemple –, et ça suffit à diminuer encore la surprise : les amateurs de Mel Gibson auront très vite compris ce qui se passe dans le garage du bout qui est fermé.

Ceci étant, si le scénario tient sur une feuille de papier hygiénique (d’habitude, je dis un timbre-poste, mais faut savoir bouleverser les habitudes), la réalisation est sans faille et les acteurs font leur job. Alors, on va pardonner le côté répétitif de certaines scènes et admettre que c’est pas si pire.

Allez, deux bonnes nouvelles pour finir :

  • pas de grand prix de France l’an prochain, c’est pas certain mais désormais hautement probable. On pourait croire que ça me gênerait, mais en fait, je trouve que c’est une super nouvelle tant Magny-Cours pondait des grands prix inintéressants, pas améliorés par les formule 1 de maintenant (ah, Jackie Stewart s’enfilant les six frères et la descente du nouveau-monde sur une Matra, c’était aut’chose ma brave dame) ;
  • la balance penche de plus en plus vers l’élimination de McCain, et donc du clan Bush, du siège de maître du monde. Même les blacks et les latinos commencent à voter. Je suis pas certain que Obama soit beaucoup moins pire que Moi-m’sieur-j’ai-fait-le-Viêt-Nam, mais en l’espèce un peu de changement ne peut pas faire de mal.