Trois semaines en vrac

Oui, je sais, on est loin de mon rythme heb­do­ma­daire. Faut que, trois jours après mon pré­cé­dent billet, j’ai récu­pé­ré un Olym­pus E-30 et sau­té dans un TGV pour le sud. Récu­pé­ré des bou­quins à Cham­bé­ry (en ren­con­trant deux habi­tués des aero­fo­rums au pas­sage), puis TER pour Romans (y’avait long­temps que j’avais pas man­gé de Saint-Genix, c’est pas dégueu ce truc), puis TER pour… Oups, pour Loriol. Allô le père, voi­là, on est plan­té en gare pour au moins 40 minutes… Cin­quante minutes plus tard, ça décolle enfin et j’arrive à Luc avec une bonne heure de retard. Une fausse alerte de pré­sence sur la voie, déclen­chée par le pas­sage d’une bes­tiole ou un faux contact sans doute, mais qui a néces­si­té l’envoi d’une équipe et la sus­pen­sion du tra­fic.

Le len­de­main, en route dans le Cara­velle jusqu’au Ver­cors. Sui­vront l’Ardèche et la Haute-Loire, où je n’ai pas souf­fert de la malé­dic­tion de l’an pas­sé, les Baron­nies avec dix cen­ti­mètres de neige fraîche qui feront le bon­heur des spec­ta­teurs du ral­lye comme des simples usa­gers de la route, et les Alpes-Mari­times, où j’ai mis les pieds pour la pre­mière fois depuis un voyage sco­laire en 1988.

Alors, la “nuit du Turi­ni” dont tous les maniaques vous parlent depuis des géné­ra­tions, ça vaut les 300 bornes que ça fait ? En résu­mant : non. La “nuit du Turi­ni”, c’est tra­di­tion­nel­le­ment une boucle de deux ou trois spé­ciales, par­cou­rue deux fois, qui conclut le Monte-Car­lo en pleine nuit autour du col de Turi­ni. C’est cen­sé être une grosse fête pleine de monde (Nice est à une grosse demi-heure de route, et c’est pour les Ita­liens le meilleur endroit pour voir un ral­lye inter­na­tio­nal puisque leur manche se déroule en Sar­daigne), avec idéa­le­ment de la neige et du beau spec­tacle sur des belles routes.

En pra­tique, j’ai noté que c’était sur­tout un pré­texte de bour­rage de gueule pour les autoch­tones et leurs voi­sins trans­al­pins. Jamais vu une spé­ciale avec autant de gens qui n’avaient abso­lu­ment rien à foutre du ral­lye, qui étaient juste là pour pico­ler et hur­ler des insa­ni­tés, et en pro­fi­ter pour m’engueuler quand je leur deman­dais de se pous­ser parce que je m’étais pla­cé une demi-heure avant pour prendre des pho­tos mais que ça les a pas gênés une seconde de se foutre direc­te­ment devant moi. Y’a d’autres anec­dotes éner­vantes dans ma série sur le test ter­rain du E-30 sur Focus-Numé­rique, mais vous aurez com­pris : plus jamais je me ferai avoir à foutre les pieds là-bas, ou alors il me fau­dra la garan­tie qu’il y a dix cen­ti­mètres de poudre sur la route et qu’il gêle à pierre fendre, his­toire de décou­ra­ger les ivrognes.

Au retour, j’ai visé au Nord pour pas­ser par Gap. Mais la DDE des Alpes-Mari­times est bour­rée de gens mar­rants : après qua­rante bornes, je suis tom­bé sur un pan­neau m’indiquant que les deux cols étaient fer­més — j’espérais bien qu’au moins un aurait été pra­ti­quable et que, dans le cas contraire, ç’aurait été indi­qué direc­te­ment à l’ouverture de la val­lée de la Tinée. Les qua­rante bornes, au pas­sage, ont été pra­ti­quées en noc­turne, sous de belles chutes de neige : il y en avait par­tout, sauf sur les spé­ciales du Turi­ni. D’un côté, je me suis réga­lé sur de belles routes désertes et ennei­gées, d’un autre, j’ai lâché deux heures dans l’affaire…

En revanche, la par­tie valen­ti­noise du ral­lye a recé­lé beau­coup de bons moments, avec des condi­tions bien pié­geuses, un public de connais­seurs (en pleine semaine, comme dans le temps, mer­ci l’IRC) et une bonne ambiance.

À part ça, les deux der­nières semaines ont été l’occasion de pas mal d’inquiétudes pour la san­té pater­nelle : entré à l’hosto pour deux jours et chan­ger de cris­tal­lins, il y est res­té une semaine et est res­sor­ti avec tou­jours les mêmes yeux et un diag­nos­tic de dia­bète… Et, plus anec­do­ti­que­ment, j’ai posé le Cara­velle chez le gara­giste en repar­tant, sans savoir quand il pour­ra avoir des rou­le­ments arrière neufs, vu que Volks­wa­gen n’a plus le rou­le­ment inté­rieur en stock ! C’est d’autant plus éner­vant que le rou­le­ment droit avait moins de 6 000 bornes et avait été chan­gé par un (autre) gara­giste… Celui de gauche, que j’avais fait plus tôt avec mon père et beau­coup d’acharnement, aura vécu bien plus long­temps.

Sinon, bien enten­du, à peine ren­tré à Paris, je me suis rué sur les cinoches, trucs qui manquent le plus dans le Mara­vel. Me suis donc fait Envoyés très spé­ciaux, de Fré­dé­ric Aubur­tin. Varia­tions sur un thème impo­sé, le duo emmerdeur/emmerdé, dont Lan­vin est désor­mais spé­cia­liste (il s’est fait emmer­der dans Marche à l’ombre, dans Les frères pétard, dans Mes meilleurs copains, et j’en passe). Mais ici, on ne se contente pas de la rou­tine du duo comique, que l’on ancre vague­ment dans une réa­li­té qui ne sera que la base d’une série de gags ; on en pro­fite pour taper très fort sur la socié­té dans laquelle on vit, sur les jour­na­listes qui bidonnent et les médias qui leur demandent de bidon­ner — enfin, qui leur demandent des his­toires qu’ils n’auront qu’en bidon­nant –, sur le culte des per­son­na­li­tés qui s’empare pério­di­que­ment de la socié­té et des médias (l’inspiration de l’hystérique col­lec­tive due au couple Ches­not-Mal­bru­not est mani­feste)… Dans ce domaine, on n’est pas si loin de l’excellent Tout le monde il est beau, tout le monde il est gen­til de Jean Yanne, qui disait à peu près la même chose y’a trente-cinq ans (“J’ai appris que mes confrères étaient ren­trés depuis deux jours avec des superbes inter­views de gue­rille­ros, ça m’étonne parce qu’ils m’ont pas lais­sé par­tir avant hier et qu’il ont gar­dé mon Nagra”, cité de mémoire, déso­lé).

Donc, fina­le­ment, le côté comique fonc­tionne pas mal, le côté poli­tique aus­si, et fina­le­ment, aus­si absurde cela paraisse-t-il à pre­mière vue, c’est plu­tôt réus­si.

Et puis, il y eut Espion(s), de Nico­las Saa­da. Un film d’espionnage et de poli­tique-fic­tion, on s’en serait dou­té, qui rem­plit le contrat : racon­ter l’histoire d’un petit voleur qui se retrouve dans l’engrenage de la DST, uti­li­sé pour appro­cher un ter­ro­riste syrien en sédui­sant sa femme. Rien d’extraordinaire, sinon peut-être l’excellente per­for­mance de Guillaume Canet, impec­cable de bout en bout. Heu­reu­se­ment car, il faut bien le recon­naître, le film repose sur lui, bien plus que sur le sce­na­rio ou une réa­li­sa­tion sans sur­prise.

On reste loin de l’excellent Secret défense, mais ça se regarde sans déplai­sir. C’est l’essentiel.