Charonne, semaine 22

Cette semaine, cal­mos côté cinoche. Har­vey Milk, et c’est tout. Gus van Sant nous pond sans doute son film le plus nor­mal depuis long­temps (sou­ve­nez-vous, ces der­niers temps, il s’est fait remar­quer avec des Last days et Ele­phant) : certes, l’ensemble est gros­so modo entiè­re­ment en flash-back, avec de légers flashes-for­ward ponc­tuels et seule­ment quelques minutes de nar­ra­tion pré­sente ; mais l’ensemble est tout de même beau­coup plus clas­si­que­ment arti­cu­lé, cette construc­tion ser­vant essen­tiel­le­ment à per­mettre à Milk de com­men­ter et prendre du recul. Sean Penn, lui, est d’un natu­rel stu­pé­fiant et jus­ti­fie plei­ne­ment son second Oscar (encore que ç’aurait été plus déli­cat si Heath Led­ger n’avait pas été contre toute logique relé­gué au rang de second rôle).

En revanche, si le film est indé­nia­ble­ment très réus­si, il n’est pas non plus ter­ri­ble­ment bou­le­ver­sant. Pour moi, le film de l’année n’est pas celui-ci (mais c’est cer­tai­ne­ment pas non plus l’entrepôt de gui­mauve qui a eu l’Oscar du meilleur film), et je garde un sou­ve­nir plus impres­sion­né de Phi­la­del­phia par exemple… Mais ça reste très hau­te­ment recom­man­dable.

Main­te­nant, la ques­tion : pour­quoi si peu de cinoche ? Deux rai­sons.

D’une : je bosse avec un taré. Un type qui vou­lait jouer avec un “Track IR”, un sys­tème de détec­tion de la posi­tion de la tête du joueur qui per­met de viser en orien­tant son crâne plu­tôt qu’en jouant de la sou­ris. Et il a trou­vé un outil par­fait pour mon­trer les pos­si­bi­li­tés de l’engin :  Digi­tal Com­bat Simu­la­tion — Black Shark, un simu­la­teur de l’hélicoptère Kamov 50. Oui, j’ai bien dit simu­la­teur d’hélicoptère, pas simu­la­teur de vol : ça com­mence par démar­rer l’hélico, ce qui soi-même com­mence par bran­cher les bat­te­ries, ali­men­ter les sys­tèmes élec­triques, démar­rer les outils de navi­ga­tion, ouvrir la vanne d’alimentation de l’APU (petite tur­bine de faible puis­sance, qui four­ni­ra l’énergie néces­saire au démar­rage des réac­teurs), lan­cer l’APU, ouvrir les vannes puis lan­cer chaque réac­teur, arrê­ter l’APU… Bref, je vous fais pas le détail, y’a trois pages de check-list mini­male.

Du coup, j’ai pas­sé une par­tie de mon mer­cre­di à étu­dier les pro­cé­dures de l’engin, et une par­tie de mon jeu­di à débo­guer les plan­tages de Win­dows pour pou­voir faire quelques démar­rages com­plets. Le pre­mier m’a pris une demi-heure, tout à l’heure j’étais vers dix minutes, nor­ma­le­ment ça se fait en… deux minutes, grand max. Et cet après-midi, on a pas­sé un cer­tain temps à ins­tal­ler ledit simu­la­teur sur la machine la plus puis­sante de la rédac’, pour pou­voir le faire tour­ner en condi­tions opti­males et faire une belle vidéo. On ver­ra demain ce que ça don­ne­ra (c’est pas moi qui fais le mon­tage, mais le col­lègue taré, par­don, celui des col­lègues tarés qui est concer­né sur ce coup-ci).

De deux : mer­cre­di soir, j’avais ren­cart. J’ai été ache­ter et me faire dédi­ca­cer (enfin, c’est sur­tout pré­texte pour ren­con­trer l’auteur) Japon, de David Michaud (Fran­çais expa­trié au Japon), un bou­quin de pho­tos limite anar­chique, dont j’ai décou­vert l’auteur via son blog après que… une col­lègue lui a piqué une pho­to, en pre­nant une jolie illus­tra­tion dans Google Images sans prendre la pré­cau­tion de véri­fier la licence y asso­ciée. Comme il était déjà un peu éner­vé parce qu’un maga­zine papier lui avait piqué une pho­to la semaine d’avant, com­ment dire… ça c’est vu.


Bou­teille d’eau, EOS 5D, queue de gens avec tous le même livre : pas de doute, un pho­to­graphe bavard dédi­cace.

Fina­le­ment, après expli­ca­tions et excuses en bonne et due forme, tout est ren­tré dans l’ordre, et l’ayant vu en vrai, il s’avère qu’en plus d’être un pho­to­graphe doué d’un coup d’œil appré­ciable (son blog, y’a des moments, c’est une ver­sion pho­to de L’homme qui marche (歩く人, de Jirō Tani­gu­chi), David Michaud est un type abso­lu­ment char­mant, qui a fait perdre beau­coup de che­veux aux ven­deuses de la biblio­thèque : pré­vue pour finir à 19 h, la séance s’est pro­lon­gée… bien plus tard (pas­sé à 19h30, il y avait une tren­taine de per­sonnes der­rière moi), l’auteur étant stric­te­ment inca­pable de signer un ouvrage sans dis­cu­ter cinq minutes avec son lec­teur pour per­son­na­li­ser la dédi­cace. On a aus­si entre­vu sa femme et sa fille, un p’tit bout de chou de trois ans qui après trois bonnes heures d’attente com­men­çait à s’impatienter quelque peu et à le som­mer de pas­ser à autre chose — c’est peut-être con, je sais pas, mais ça m’a fait tout bizarre de l’entendre appe­ler “papa” et non “お父さん”.

Sinon, je sais pas com­bien on est à suivre le blog de David, mais je m’attendais pas vrai­ment à voir autant de monde, un mer­cre­di en fin d’après-midi, sur un sujet pas spé­cia­le­ment dédié aux enfants. Il en a dédi­ca­cé 45 ce soir-là, aux­quels il faut ajou­ter ceux qui sont par­tis avant, décou­ra­gés par la queue, son avan­cée très pro­gres­sive et l’horaire tar­dif. J’ose pas ima­gi­ner la foule qu’il y aura same­di…