Polly Jean Harvey

concert à l’O­lym­pia, 2011, ****

Éton­nant : j’ai pu ren­trer… avec un com­pact en test, pour­tant dûment contrô­lé par le vigile : “Dans la poche, là, c’est un appa­reil pho­to ? — [gêné] Ben… oui… — C’est bon, allez‑y.”

Ça vous paraît nor­mal ? C’est peut-être parce que je n’ai pas par­lé du pan­neau juste au des­sus de sa tête, celui qui disait que tout maté­riel de pho­to ou d’en­re­gis­tre­ment était inter­dit dans la salle. ^^

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Dix minutes plus tard. Le type au centre a pas l’air com­mode, les gens s’en­tassent dans l’or­chestre, tout va bien.

À l’heure où le concert doit débu­ter (20 h), rien ne bouge, à part les spec­ta­teurs de plus en plus entas­sés. Nor­mal, un concert qui com­mence à l’heure, il paraît que ça n’existe pas. Per­so, j’en pro­fite pour regar­der la salle…

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…le camé­ra­man ins­tal­lé au des­sus de la fosse est assis dans sa nacelle. Donc, ça risque pas de com­men­cer tout de suite : je pense qu’il sera aver­ti avant le début du spec­tacle !

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Au pas­sage, les moyens d’en­re­gis­tre­ment sont impres­sion­nants : deux camé­ras “broad­cast” de télé­vi­sion, une camé­ra bala­deuse au bout d’une perche, des micros par­tout dans la fosse… Je sais pas si on sera sur un Blu-Ray ou quoi, mais y’a des moyens enga­gés.

20h30 : le camé­ra­man se relève, et c’est par­ti. Ins­tal­la­tion des zicos, ça va assez vite : ils sont trois, tous mul­ti-ins­tru­men­tistes, pour accom­pa­gner une chan­teuse qui elle-même change d’ou­tils régu­liè­re­ment.

Pol­ly arrive en truc en plumes noires, qui rap­pelle for­cé­ment la méta­mor­phose de Nina mais je sais pas si c’est fait exprès. Sur les pre­miers mor­ceaux, elle porte une sorte de croi­se­ment de pia­no à queue, de harpe et de gui­tare, ou peut-être de cithare et d’ac­cor­déon, je sais pas. La main gauche fait des notes sur un cla­vier, la main droite bat juste au-des­sus, et je pense que les cordes les plus longues n’ont pas été uti­li­sées une seule fois, ou alors par sym­pa­thie. Appa­rem­ment, ça s’ap­pelle une “auto­harpe”.

Très anglais, très sérieux, très bon aus­si, Mick Har­vey a joué un peu de basse et beau­coup de plein de choses, notam­ment de cla­viers.

Sorte de Jean-Pierre Dar­rous­sin avec 20 cm en moins, John Parish, gui­tares et cla­viers et syn­thés magiques.

J’ai pas de pho­to potable de Jean-Marc But­ty, bat­teur et per­cus­sion­niste, déso­lé pour ça mais y’a­vait pas beau­coup de lumière et déjà, là, on parle de com­pact à 3200 ISO ! Oo

Y’a une chose que je recon­nais volon­tiers à Pol­ly — que je connais­sais pas y’a un an — : elle ose. Musi­ca­le­ment, elle change de style d’al­bum en album et de mor­ceau en mor­ceau ; en concert, après deux mor­ceaux d’ou­ver­ture, au moment où le public se réchauffe, elle ose balan­cer All & Eve­ryone, mor­ceau doux, en plus dans une orches­tra­tion assez nue qui met bien en valeur l’ou­ver­ture “death was eve­ryw­here”. Ça casse un peu l’am­biance, les dépres­sifs partent se tirer une balle, mais bon sang, que c’est bon, quand même, ce genre de petite sur­prise !

Autre source d’é­ton­ne­ment : la voix. J’ai enten­du pas mal d’ar­tistes jouer la sécu­ri­té en concert, en des­cen­dant d’un ton cer­tains pas­sages ou en tapant pas trop dans leurs cordes vocales. PJ, non : elle chante comme en stu­dio, quitte à s’ar­ra­cher ponc­tuel­le­ment sur les pas­sages aigus mais pas assez pour pas­ser en voix de tête. Un petit côté Janis, même, par moments — j’ai déjà connu de pires insultes.

Et puis, il y a un vrai effort de com­plexi­té musi­cale, mal­gré la légè­re­té de l’or­chestre (ils sont sacré­ment bons, mais ils sont quand même que quatre). Bien sûr, c’est plus homo­gène que sur les albums, où elle saute allè­gre­ment du pop-rock mol­las­son au blues en pas­sant par des trucs à la limite du clas­sique et d’autres simples et allé­gés à la Tier­sen. Le concert est plus pop-rock, même s’il y a un pas­sage un peu plus hard et des moments où l’au­to­harpe et le chant prennent des tours limite cel­tique (avec notam­ment un mor­ceau où Mick Har­vey est au pre­mier chant, très irlan­dais dans l’âme).

Les chan­ge­ments régu­liers d’ins­tru­ments des quatre pro­ta­go­nistes n’y est bien enten­du pas étran­ger, ain­si que l’ap­port d’un cla­vier à ordi­na­teur, vous savez, un truc qui passe n’im­porte quel son pré-enre­gis­tré, sou­vent uti­li­sé pour mas­quer une fai­blesse d’or­ches­tra­tion mais ici outil à part entière du mon­tage musi­cal.

Un reproche tout de même ? Oui, ça se trouve : Pol­ly est seule.

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Elle s’ins­talle dos à ses musi­ciens, ne les regarde que très ponc­tuel­le­ment pour quelques lan­ce­ments, et cha­cun fait un peu son mor­ceau dans son coin, sans vraie com­mu­ni­ca­tion, sans jeu de scène. On est très, très loin de Keith et Ron­nie jouant aux cancres ou de Bala­voine se pla­çant face à son gui­ta­riste et mimant son solo façon miroir ; on est même loin des simples coups d’yeux échan­gés entre Renaud, Titi et Lan­ty pen­dant la tour­née Une gui­tare, un pia­no et Renaud.

Avec son public, PJ n’est guère plus com­mu­ni­ca­tive. Un “mer­ci beau­coup” de temps en temps, la pré­sen­ta­tion des zicos au début du “rap­pel”, et c’est marre. Seul moment de vraie com­mu­ni­ca­tion : quand elle s’ar­rête bru­ta­le­ment après quatre mesures d’un mor­ceau (je sais plus lequel, déso­lé), se retourne vers les autres et lâche “I’m detu­ned”, avant de com­men­cer à bri­co­ler sa gratte en repre­nant à l’a­dresse du public : “I was tuned for ano­ther song, I must re-tune it… Sor­ry about that”.

Là, c’est natu­rel, sou­riant et spon­ta­né : PJ n’est pas une autiste publi­co­phobe façon Thom Yorke, c’est juste pas une cau­seuse et c’est pas son truc de cher­cher le contact.

L’autre truc un peu éner­vant, bien sûr, c’est de payer 56 € la place, quand on peut voir Tryo, Zazie, Lavilliers et Noah pour 18 € ou Mat­thieu Che­did, ses musi­ciens et son pyro­tech­ni­cien pour un énorme show à l’A­mé­ri­caine pour 40 €. Bien sûr, l’a­cous­tique de l’O­lym­pia n’a rien à voir avec celle du Zenith, bien sûr, l’in­gé son ne s’est pas sen­ti obli­gé de faire trop fort et on peut vrai­ment savou­rer les dif­fé­rents ins­tru­ments sans se per­cer les tym­pans, mais c’est un peu cher quand même…

Reste une conclu­sion super mar­rante : après deux mor­ceaux en “rap­pel” pro­gram­mé, Pol­ly lance le troi­sième mor­ceau par un “this is gon­na be our last song, good­bye eve­ryone”. Trois minutes plus tard, fin du mor­ceau, les Anglais à ma gauche se barrent, pas un Fran­çais ne bouge. Symp­to­ma­tique du niveau lin­guis­tique hexa­go­nal, sans doute…

Ah, et le petit détail amu­sant, c’est ma voi­sine, qui pho­to­gra­phiait avec un Sony HX5V, en manuel sans flash (oui, ça fait beau­coup de qua­li­tés d’un coup, et en plus elle était jolie !), et qui m’ex­plique en être très contente, parce que si elle met la molette là, il fait la moyenne de plu­sieurs pho­tos et ça donne un résul­tat nickel même quand y’a pas de lumière, et il per­met de faire des pho­tos de concert alors qu’a­vant elle avait un Pentax inuti­li­sable dans ces condi­tions.