10 km à pieds…

His­to­ri­que­ment, j’ai jamais aimé cou­rir. Je ne pra­ti­quais cette acti­vi­té que contraint et for­cé, par exemple lorsqu’un pro­fes­seur d’EPS tenait à m’embêter avec ça.

Pour­tant, à l’automne der­nier, lorsque cer­tains membres de la rédac­tion s’étaient vu offrir une ins­crip­tion aux 10 km de Paris, j’avais été déçu de pas pou­voir y par­ti­ci­per faute de places. Il faut dire que faire une conne­rie pénible et dou­lou­reuse parce que des gens de mon entou­rage ont dit “chiche”, c’est une de mes spé­cia­li­tés, Ghusse peut en témoi­gner ; j’aurais donc aimé le faire juste pour suivre le groupe et rele­ver un défi idiot.

Du coup, lorsque, il y a un peu plus de deux mois, des confrères et des atta­chées de presse ont déci­dé de s’inscrire en groupe aux 10 km du bois de Bou­logne, j’ai sui­vi les pré­pa­ra­tifs, me disant que ça pour­rait être amu­sant. J’ai vite été ras­su­ré de voir que se consti­tuait éga­le­ment un groupe de mar­cheurs, qui pré­voyaient de faire le tra­jet tran­quille­ment en deux petites heures en papo­tant : ça m’allait bien.

Et puis, comme à chaque fois que je reçois un défi à la con, l’idée s’est dou­ce­ment insi­nuée : est-ce que je pour­rais ? Elle était aus­si sou­te­nue par un constat éton­nant que j’avais fait un jour où j’étais à la bourre pour un film : mal­gré quinze ans et autant de kilos de plus, j’arrivais encore à cou­rir un kilo­mètre.

Du coup, le 3 avril, en ren­trant d’un ren­dez-vous dans le onzième, je me suis deman­dé si je pou­vais faire les six bornes qui me sépa­raient de mon chez moi le plus rapi­de­ment pos­sible. 40 min plus tard, j’étais arri­vé, et agréa­ble­ment sur­pris de ne pas être en si mau­vais état que ça.

J’ai un peu déchan­té le 8 avril, où j’ai essayé de refaire la même, mais en plus long, en ren­trant du ciné. Peut-être est-ce l’erreur d’être pas­sé par Mont­martre, ou que cinq jours de récup étaient insuf­fi­sants, ou que l’heure était moins adap­tée, tou­jours est-il que j’ai fait deux bons kilo­mètres (avec une minute de pause au milieu), puis ai qua­si­ment fini en mar­chant, sans jamais arri­ver à reprendre un rythme régu­lier (sauf à la des­cente de Mon­martre, mais ça compte pas).

J’ai sur­tout redé­cou­vert pour­quoi j’aimais pas la course à pieds : cette sen­sa­tion d’étouffement quand le cœur monte à 150 et ne veut plus redes­cendre, même après vingt secondes de pause. J’ai fini mes 9 kilo­mètres en une heure dix, cla­qué, bien déci­dé à rejoindre le groupe des mar­cheurs voire à res­ter chez moi.

Le reste du mois, j’ai donc essen­tiel­le­ment fait du vélo — le temps se prê­tait bien au Vélib’ ces der­nières semaines : pas trop froid pour les doigts, mais pas trop chaud pour pas cuire. J’ai re-cou­ru acci­den­tel­le­ment un petit kilo­mètre le 11, mais c’est juste parce qu’il tom­bait des cordes quand je suis sor­ti du bureau.

Le 22, j’ai ré-essayé de faire cinq bornes en ren­trant du ciné, et là encore le résul­tat n’était pas encou­ra­geant : un vrai pro­blème de rythme, très incons­tant d’une rue à l’autre, et curieu­se­ment un der­nier kilo­mètre fait sans fatigue alors que le pré­cé­dent avait été un cal­vaire…

Voi­là qui nous mène donc au 29. Pre­mière sur­prise : tous mes col­lègues qui avaient par­lé de le faire ont lais­sé tom­ber. Je me retrouve donc seul avec des rela­tions pro­fes­sion­nelles, des gens sym­pa mais que je connais assez peu.

Deuxième sur­prise : per­sonne n’est là non plus du groupe de mar­cheurs. Je sup­pose que le temps n’est pas inno­cent : il pleut assez fran­che­ment et l’air est satu­ré en flotte depuis une semaine. Ne res­tent donc que des gens qui ont l’intention de cou­rir.

Troi­sième sur­prise : j’ai oublié mon cer­ti­fi­cat médi­cal, qui trône sur mon bureau. Du coup, impos­sible de récu­pé­rer mon dos­sard, je n’ai plus qu’à cou­rir en tou­riste ou à poi­reau­ter une heure en atten­dant l’arrivée des autres.

Ne vou­lant pas m’être dépla­cé pour rien, je pars avec eux. Sur­tout que l’attachée de presse de Gar­min m’a col­lé une Fore­run­ner 610 dans la main et qu’apparemment, j’étais cen­sé m’en ser­vir.

Le résul­tat est là. Évi­dem­ment, faut pas com­pa­rer ça avec ce que donne un véri­table cou­reur, même occa­sion­nel : c’est loin d’être ma spé­cia­li­té.

Ceci étant, d’une cer­taine manière, j’ai été régu­lier, bien plus qu’à tous mes essais pré­cé­dents. Après 1,4 km sur un bon 11 km/h, en fait calé sur un confrère qui court régu­liè­re­ment (sa fiche, c’est un peu la même, sauf que la courbe de vitesse est plate et qu’elle finit à 56 min), j’ai décro­ché et repris mon souffle en mar­chant pen­dant 1 minute 30. Arri­vant dans une des­cente, j’ai re-cou­ru deux minutes, puis me suis remis à mar­cher, et ain­si de suite. En moyenne, j’ai alter­né course (un demi-kilo­mètre en 2′50″) et marche (210 m en 1′57″), décou­pant ain­si mes 10 km en… vingt-sept tron­çons, pas moins !

Je me rends compte, en fait, que ma prin­ci­pale fai­blesse, c’est que je n’aime pas pous­ser. Quand le cœur grimpe en régime et que j’ai du mal à souf­fler, au lieu de conti­nuer à la recherche d’un “second souffle”, je me pose et j’attends que tout rentre dans l’ordre.

Ce serait sans doute un vrai han­di­cap si je vou­lais faire de la course à pieds régu­liè­re­ment, mais c’est sur­tout une constante assez remar­quable : je crois que c’est aus­si pour ça que j’ai jamais dépas­sé le 6a en esca­lade, et que j’ai jamais fait un 400 m libre en moins de 8 minutes. C’est tout sim­ple­ment le niveau “natu­rel” maxi­mal, celui auquel je peux arri­ver sinon confor­ta­ble­ment, du moins sans souf­frir. Cer­tains sont adeptes du “quand t’as plus de jambes, cours avec la tête” ; non seule­ment ce n’est pas mon cas, mais je n’en vois abso­lu­ment pas l’intérêt. Quand mon corps veut faire une pause, je ne vois pas quelle rai­son me pous­se­rait à lui faire mal juste pour le “plai­sir”.

La pre­mière consé­quence, c’est que j’ai mieux com­pris une pro­fonde et durable mésen­tente avec la plu­part des mes profs d’EPS : le “aucun effort” qu’ils notaient, c’était plu­tôt un “si ça me fait mal, pour­quoi insis­ter ?” Dans le culte de la per­for­mance de cer­tains d’entre eux (j’ai aus­si eu des profs de sport pour qui c’était avant tout un plai­sir), ce com­por­te­ment était inac­cep­table, tan­dis que dans mon éthique per­son­nelle, leur insis­tance pour pous­ser au delà de la dou­leur l’était tout autant.

La deuxième consé­quence, c’est que j’ai dû beau­coup “gérer le tra­fic” : mon temps final (1 h 6 min 45 s) m’a beau­coup fait fré­quen­ter des cou­reurs avan­çant autour de 9,5 km/h ; mais en fait, soit je mar­chais à 6,5 km/h et ils étaient tous en train de me dou­bler, soit je cou­rais à 11 km/h et j’étais en train de tous les dou­bler. Ça n’est pas tou­jours très confor­table, sur­tout sur les che­mins étroits à tra­vers les bois où tout le monde est cen­sé aller qua­si­ment en file indienne.

Enfin, je note que comme d’habitude, toute acti­vi­té phy­sique me fait cuire rapi­de­ment. Mal­gré la pluie fine, j’ai com­men­cé à avoir trop chaud vers le troi­sième kilo­mètre, j’ai fait une pause juste après le ravi­taille­ment du kilo­mètre 5 pour m’asperger dans l’étang du réser­voir et une seconde peu avant l’arrivée au bord du lac supé­rieur, et j’ai quand même cre­vé de chaud. Je pré­fère ne pas ima­gi­ner ce que j’aurais res­sen­ti s’il avait fait beau…

Au final, l’impression est miti­gée. D’un côté, j’aurais aimé faire quelque chose de plus régu­lier, et en par­ti­cu­lier j’aurais vou­lu avoir des périodes de course plus longues sans m’essouffler ; de l’autre, dix bornes en une heure six pour quelqu’un qui n’a pas d’entraînement par­ti­cu­lier, n’a jamais cou­ru au delà du 1500 m obli­ga­toire en seconde, et a une bonne dizaine de kilos à perdre, ça me paraît pas si mal.

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