Le symbole (bis)

Vous vous souvenez de ce billet ? Ça fait pas très longtemps, vous arriverez peut-être à le retrouver dans un coin de votre mémoire.

Aujourd’hui, c’est un certain Arnaud Montebourg qui a été condamné pour injures. Condamnation symbolique (1 € de dommages et intérêts par plaignant), qui devrait logiquement avoir une autre conséquence tout aussi symbolique : ce monsieur ne devrait plus siéger au gouvernement, le président de la République ayant promis au peuple souverain de ne pas s’entourer de personnes ayant été condamnées en justice.

Apparemment, monsieur Montebourg devrait pourtant continuer à occuper ses fonctions de ministre du redressement productif, au prétexte que le motif de sa condamnation ne porte pas atteinte aux principes de la République.

Je dois le dire : j’en ai rien à foutre, de la condamnation de Montebourg. Avoir traité des chefs d’entreprise d’escrocs n’est pas glorieux, mais c’est pas honteux non plus. C’est juste con, humain et con à la fois, et ça peut arriver à tout le monde dans la chaleur d’un instant d’énervement. D’ailleurs, le tribunal n’a pas vraiment dit autre chose : cinq euros de condamnation totale (plus les frais de procédure, logique), ça sonne bien comme « vous auriez pas dû dire ça, mais y’a pas de quoi fouetter un chat non plus ».

Mais encore une fois, c’est un symbole.

Quand on prétend moraliser la vie politique, ce n’est pas le motif de la condamnation qui importe, c’est la condamnation elle-même. Selon la promesse qui nous avait été faite, nos dirigeants devaient être exemplaires. Être exemplaires, ça ne veut pas dire éviter détournements de fonds, abus de bien social, proxénétisme et corruption ; ça veut dire ne rien avoir à se reprocher. Qui irait citer en exemple à suivre quelqu’un qui a été condamné, ne serait-ce que pour avoir parlé sans réfléchir ?

Le truc triste, c’est que moi, qui ai voté Hollande aux deux tours par conviction, je suis aussi très sensible aux symboles et aux notions de parole donnée, d’honneur et d’éthique.

Du coup, aujourd’hui, on approche dangereusement du point où je risque de dire : « non, désolé, je ne peux pas voter pour des gens qui sont soit suffisamment cyniques pour ne même pas attendre les législatives avant de se torcher avec les principes, soit suffisamment stupides pour croire que ça n’a pas d’importance de renier sa parole ».

Et j’ai peur de ne pas être le seul.