3G : la pilule passe mal

Désolé pour le titre, j’ai pas pu résister. Et non, je vais pas parler de fiabilité des réseaux téléphoniques sans fil. ^^

Donc, l’actualité sanitaire du moment, c’est cette question lancinante : faut-il arrêter de prescrire des pilules contraceptives de troisième et quatre génération ?

Et plus particulièrement, les autorités sanitaires paniquent un peu devant l’ampleur de la polémique soulevée brutalement (il est vrai un peu paradoxale, les informations étant connues depuis la fin des années 90) et craignent que la population renonce brutalement à la pilule, augmentant le risque de grossesses non désirées. L’entrevue entre Dominique Maraninchi, DG de l’ANSM, et mes confrères du Monde résume particulièrement bien cette inquiétude :

La suspension brutale [des pilules de troisième génération] pourrait générer de sérieux désordres sanitaires avec des conséquences de grande ampleur en termes de grossesses non désirées et d’IVG.

Je pense que cette peur est très largement infondée. Ceci, parce que, notez bien ce que je vais dire, c’est pas tous les jours : mes confrères ont fait leur boulot correctement.

La presse généraliste a, dès le début de cette affaire (il y a trois semaines environ), très bien et systématiquement précisé qu’il s’agissait de pilules de troisième génération. Très souvent, elles ont même été opposées aux pilules de seconde génération, présentées comme plus sûres y compris dans les médias les plus larges (journaux télévisés, presse nationale).

Certes, il manque quelques petits bouts d’information. Il fallait creuser, par exemple, pour comprendre pourquoi la troisième génération a été mise sur le marché malgré un risque accru : c’était au départ une alternative pour les femmes supportant mal la seconde génération, un petit risque en plus contre un surcroît de confort en somme.

Mais la presse a tout de même largement répété que la deuxième génération devrait être le choix par défaut, et que la troisième devait être proposée en second choix pour les femmes souffrant de problèmes liés à la pilule. Et elle s’est largement faite l’écho de la dérive constatée où trop de médecins prescrivaient directement la pilule dernier modèle, et du fait que le risque accru d’embolie, de thrombose ou de phlébite était connu depuis longtemps et pas contesté.

Je pense donc que le risque de voir les femmes abandonner la pilule est relativement limité, et que l’on devrait plutôt voir les généralistes entendre plus souvent « c’est quelle génération ? » et « je préférerais essayer la deuxième dans un premier temps ». Autrement dit, voir les patientes demander un peu plus d’information et re-prendre conscience que, comme tout médicament, la pilule contraceptive a des effets divers et doit être prise en connaissance de cause.

Or, l’information me paraît essentielle. En 2001, j’ai connu une fille qui, été comme hiver, portait des bas de contention et passait tous les mois des examens sanguins : elle avait, quelques années plus tôt, fait une thrombose sévère qui avait sérieusement endommagé son réseau veineux et son sang avait gardé une tendance à se ré-épaissir dès qu’elle arrêtait les traitements anti-coagulants. Lorsque je lui avais demandé d’où ça venait, si ce problème était inné ou quoi, la réponse avait déjà été : « ah ben non, c’était une réaction à la pilule ». Je n’en avais jamais entendu parler ; vous me direz, je ne suis pas vraiment concerné mais, plus grave, elle n’en avait jamais entendu parler avant d’arriver aux urgences avec les jambes gonflées et inertes.

J’en ai gardé une conviction : la pilule est beaucoup trop, chez nous en tout cas, considérée comme l’évidence en matière de contraception et comme un médicament anodin — alors même que quasiment tout le monde sait que l’aspirine peut poser des problèmes de saignements, par exemple. C’est un problème majeur et à titre personnel, je considère comme une faute professionnelle de chaque médecin de prescrire une pilule sans informer sur les éventuels effets secondaires — même s’ils ne touchent qu’une femme sur 2 500. Ah, et pas que pour les pilules contraceptives, d’ailleurs…

Ceci étant, en l’espèce, je pense que toutes celles qui ont entendu parler de cette affaire ont dû bien saisir la différence entre pilules de deuxième et troisième générations.

Je regrette tout de même que la presse n’en ait pas profité pour rappeler que d’autres contraceptions existent. J’attends toujours d’entendre au 20 h que les dispositifs intra-utérins sont, à l’échelle mondiale, plus utilisés que la pilule, avec un meilleur taux d’efficacité réelle (pas de risque d’oubli), un coût largement inférieur et des effets secondaires aussi rares (les infections massives dues aux stérilets mal fichus des années 60 sont de lointains souvenirs).

Et je suis scié d’être plus ou moins régulièrement le type qui apprend à ses amies que si, elles peuvent utiliser un stérilet même si elles n’ont pas d’enfant, puisqu’il y a des modèles étudiés pour les utérus nilligestes. Il me semblait que ça faisait tout de même partie du boulot de base d’un toubib de donner ce genre d’information…

  • Julia

    Mais tellement, tellement d’accord !!! Cette histoire, je l’espère, sera prise comme une leçon. On prescrit à tour de bras des pilules aux femmes, qui les prennent pendant une bonne dizaine d’années non stop, sans à aucun moment nous renseigner sur les alternatives et les risques.