Décumul des mandats

Il paraît que ces temps-ci, au PS, c’est très compliqué entre ceux qui veulent interdire le cumul de mandats le plus tôt possible et ceux qui attendraient volontiers les prochaines législatives.

Bon.

Déjà, je vois pas en quoi ça peut faire débat. Le cumul des mandats est souvent considéré comme une exception française (c’est pas tout à fait vrai : on le retrouve beaucoup dans les dictatures et les systèmes favorisant l’arrivisme et les ambitions personnelles), et il aurait dû être interdit il y a très longtemps pour au moins deux raisons.

  • Premièrement, député, c’est un travail à plein temps. Dans MON contrat de travail, il est précisé que je n’ai pas la possibilité d’exercer parallèlement une autre activité professionnelle ; je ne vois pas pourquoi quelqu’un qui exerce un mandat pour cent mille personnes devrait être moins engagé que quelqu’un qui travaille pour un trio de patrons. Maire d’une grande ville, c’est aussi un boulot à plein temps, donc un député-maire bâcle au moins une de ses deux tâches, et ça n’est pas acceptable.
  • Deuxièmement, la plupart des cumuls concernent celui d’un mandat de député et d’un mandat de maire ou de conseiller général. Or, il y a un principe sacré de la démocratie : la séparation du législatif et de l’exécutif. Quand une même personne est chargée d’appliquer la règle qu’elle est chargée de décider, il n’y a plus rien pour empêcher l’abus de pouvoir. Au minimum, la Constitution devrait interdire d’avoir un pied dans l’exécutif et l’autre dans le législatif.

Et soyons clair : la promesse d’interdire le cumul des mandats fait partie des raisons pour lesquelles j’ai voté Hollande dès le premier tour des présidentielles (logiquement, c’est plus un problème législatif, mais je ne pouvais éthiquement pas voter pour Daniel Vaillant donc je laisse les législatives de côté pour cette fois). Si cette promesse n’est pas tenue, ça sera en ce qui me concerne une très grosse pierre dans le jardin socialiste en 2017.

Le deuxième point, c’est que le débat porte essentiellement aujourd’hui sur le risque de perdre des législatives partielles en cas de mise en place d’une limitation du cumul, certains députés démissionnant pour rester maires.

Et là, je n’ai qu’une chose à dire :

Non mais c’est quoi cette connerie ???????

Petit rappel : plus ou moins volontiers (les Aubrystes étaient enthousiastes, les Hollandistes se sont plus fait tirer l’oreille), tout le PS s’était rangé au principe du non-cumul des mandats avant les élections de 2012.

L’évidence était donc, dès cet instant, que ceux qui se présenteraient aux législatives devraient un jour ou l’autre abandonner les éventuels mandats qu’ils avaient déjà. Je m’étais déjà élevé contre l’exigence d’élection pour les ministres, mais là, ça va encore plus loin.

Si dès le départ l’obligation de faire un choix était prévue, pourquoi celle-ci est-elle aujourd’hui problématique ?

Tout simplement parce qu’une bande de crétins a préféré se faire élire une dernière fois pour cumuler une paire d’années de plus.

Ces individus, soi-disant socialistes, ont donc délibérément enfreint une position de principe de leur parti, quittes à foutre leur camp dans la merde en provoquant inévitablement des législatives partielles.

Pire encore, l’appareil de direction socialiste les y a autorisés, voire encouragés, en leur accordant l’investiture officielle du parti.

Élus socialistes, vous n’avez aucun droit de vous plaindre de la situation actuelle : vous l’avez vous-mêmes provoquée. Il suffisait de n’investir aucune personne déjà titulaire d’un autre poste. Il suffisait de choisir d’entrée les mandats à ne pas cumuler. Bref, il suffisait de réfléchir et d’anticiper un peu.

Messieurs, c’est votre égoïsme, votre incompétence et votre arrivisme qui vous ont mis dans cette situation. Si vous perdez des élections partielles, ce sera par votre faute et vous l’aurez bien cherché.

Le seul truc qui me chagrine, c’est que si on retrouve une majorité de droite à l’Assemblée, c’est encore sur notre gueule, à nous électeurs, que ça va tomber — mais en même temps, c’est aussi notre problème que d’accepter que vous cumuliez, donc on l’a mérité aussi.

En attendant, je reste favorable à la limitation stricte des mandats, en particulier à cheval sur deux pouvoirs, et tant pis si ça doit faire éclater le PS : il ne fera que récolter le fruit de ses semailles.

  • Papy râleur

    Il faudrait même, pour bien faire, éviter tout mandat électif professionnel et socio-politique ! En effet comment un délégué syndical d’entreprise peut-il envisager d’exercer cette fonction en même temps que celle de conseiller municipal appelé à gérer les employés communaux ? Et comment un prud’homme peut-il rendre compatible son rôle social et celui de député, patron de nombreux fonctionnaires ?