Record

Entendu à l’instant sur TF1 :

C’est le moteur atmosphérique qui a la plus forte puissance spécifique au monde : 135 ch/l de cylindrée, un record.

Mon premier réflexe, c’est de me dire qu’en deux-temps et en Wankel, 136 ch/l, c’est limite ridicule. Il eût donc fallu préciser, au minimum : « le moteur alternatif à quatre temps atmosphérique ».

Mon deuxième réflexe, c’est de chercher un peu. Et du quatre-temps alternatif atmosphérique à plus de 135 ch/l, il faut trente secondes pour en trouver : depuis 2007, la Suzuki Hayabusa a un 1340 cm³ de 197 ch, soit un bon petit 147 ch/l, et sa petite sœur GSX-R1000 se contente de 160 ch mais sur un moteur d’un litre (je vous laisse faire le calcul).

Du côté des quatre roues produites en série, sans parler des multiples petites Anglaises équipées de moteurs de moto gonflés (Suzuki, merci encore pour le 1300 de la première série d’Hayabusa, il plaît beaucoup aux caisseux qui veulent s’amuser léger), le V8 de la Caparo T1 crache 164 ch/l, et la voiture est une biplace homologuée pour la route (vous me direz, la barquette Radical SR8 aussi, même si on la voit plus souvent sur circuit).

Bien sûr, on n’est pas là dans des voitures de grand constructeur avec tout le « confort » d’une Ferrari 458. Par exemple, dans la Caparo, vous ne pourrez pas peloter le genou de votre passager : il est assis trop en arrière, vous lui attraperez la cheville.

Il faut dire qu’en-dehors des modèles plus ou moins conçus pour la course, Ferrari est à peu près le dernier crétin à n’avoir pas compris qu’un turbo permet d’améliorer simultanément le poids, l’encombrement, la puissance et la consommation, et à s’emmerder à pousser des moteurs atmosphériques lourds, consommateurs et volumineux au nom de la pureté idéologique — ça rappelle l’époque où la même marque ne voulait pas entendre parler de moteur central parce que « les chevaux ne poussent pas les charrues », alors que tout le monde commençait à bien voir que les jours du moteur avant étaient comptés.

Mais encore une fois : si on est journaliste, on a l’obligation d’être à cheval sur les détails et précis dans son propos. On ne dit pas : « un record pour un moteur atmosphérique », on dit : « un record pour un moteur atmosphérique à pistons alternatifs à quatre temps équipant une voiture produite en série par un grand constructeur ». C’est plus long, mais c’est moins faux.