Coping with an examination

Tiens, si j’es­sayais de sur­fer sur le buzz du moment ?

Non, plus sérieu­se­ment, c’est mon côté geek de langues que ça titille. La fameuse polé­mique autour de la ques­tion M du bac d’an­glais :

Ans­wer the fol­lo­wing ques­tions brie­fly and jus­ti­fy each time with a quote

  1. What are three of his concerns about the situa­tion
  2. How is Tur­ner coping with the situa­tion ?

Bon, déjà, moi, y’a deux choses qui m’é­corchent les yeux : l’ab­sence de point d’in­ter­ro­ga­tion à la fin de la pre­mière ques­tion et l’es­pace avant celui de la seconde — mettre une espace avant cer­taines ponc­tua­tions est d’u­sage en fran­çais, mais en anglais, ça ne se fait pas. Mais curieu­se­ment, aucun élève n’a lan­cé une péti­tion là-des­sus.

Ce qui a cho­qué les aspi­rants bache­liers, c’est l’u­ti­li­sa­tion de mots dif­fi­ciles dans l’é­non­cé, au point que 12000 ont signé une péti­tion lan­cée par l’un d’entre eux. Comme je ne suis pas moqueur, je ne vais même pas noter les fautes, mal­adresses et redon­dances de cette péti­tion, ni répondre au der­nier argu­ment sur le temps per­du à réflé­chir sur la ques­tion (même si j’ai très envie de rap­pe­ler qu’as­su­rer les bases en pas­sant d’a­bord les ques­tions simples, his­toire de pas perdre de temps sur une ques­tion où on risque de se plan­ter, c’est le B‑A BA de tout exa­men).

Non, je vais juste lais­ser par­ler l’a­ma­teur de langues qui habite en moi. L’au­teur de la péti­tion, d’a­près l’A­gence France-Presse, aurait décla­ré :

Plein de per­sonnes n’ont pas com­pris le mot “coping”, c’est un mot peu cou­rant.

Ah.

D’ins­tinct, je me dis que c’est un mot qu’on entend quand même assez fré­quem­ment, pas autant que “the” ou “he” certes, mais qu’il n’a rien d’ex­cep­tion­nel. Mais bon, je peux me trom­per, peut-être que les textes que je lis ou les séries que je regarde l’u­ti­lisent trop. Pre­nons donc une bonne base de tra­vail, le Cor­pus natio­nal bri­tan­nique, acces­sible par exemple sur le site de l’U­ni­ver­si­té Bri­gham Young – oui, je sais, je vous envoie chez les Mor­mons, mais vous n’êtes pas obli­gé de vous ins­crire, ils ont juste un moteur de stats pra­tique.

“Cope with” appa­raît 2911 fois dans le cor­pus. Son syno­nyme, “deal with”, 6072 occur­rences, est donc un peu plus cou­rant. Mais un autre syno­nyme (en tout cas dans ce sens), “manage”, appa­raît à peine plus : 3903 occur­rences, mal­gré d’autres sens plus éco­no­miques — et je doute que qui­conque ait pré­ten­du que “manage” fût un mot rare ou dif­fi­cile à com­prendre.

Tiens, d’autres mots au hasard : “arrow” appa­raît 1007 fois ; “gift”, 2850 fois ; “beef”, 1481 fois ; “sheep”, 2942 fois ; “bitch”, 870 fois ; “asshole”, 44 fois — et pour­tant, je suis bien convain­cu que la plu­part des lycéens fran­çais auraient com­pris les deux der­niers !

Bien sûr, j’ai un peu orien­té les choses. Les pré­noms sujets, mots extrê­me­ment fré­quents en anglais, se comptent en dizaines, voire en cen­taines de mil­liers d’oc­cur­rences. Mais non, on ne peut pas décem­ment dire que “cope with” est une expres­sion rare et dif­fi­cile à com­prendre.

Pis : si j’ai bien sui­vi, le texte à com­men­ter par­lait d’un sol­dat pen­dant la Seconde guerre mon­diale. Essayez donc de tra­duire la ques­tion sans com­prendre “cope with” : “com­ment est-ce que Tur­ner … la situa­tion ?”

Hon­nê­te­ment, vous met­triez quoi, là, spon­ta­né­ment ? “vit”, “gère”, “sup­porte”, “com­prend”, “ana­lyse”, “res­sent” ? Bien joué, même sans savoir le sens du verbe, vous avez de bonnes chances de don­ner une réponse qui cor­res­ponde à peu près au sujet.