Participe et auxiliaire

Je viens de voir un micro-trot­toir sur France Info sur l’accord du par­ti­cipe pas­sé. Un truc m’a frap­pé : une part impor­tante des inter­ro­gés com­men­çaient par regar­der l’auxiliaire, avant de se deman­der où était le com­plé­ment d’objet direct, etc.

Je recon­nais le phé­no­mène : c’est comme ça qu’on a essayé de me l’enseigner.

Et c’est com­plè­te­ment con.

Lais­sez-moi donc le dire à haute voix une bonne fois pour toutes :

Dans l’accord du par­ti­cipe pas­sé, on se contre­fout de l’auxiliaire et du COD.

Voi­là. Tota­le­ment.

Que ce soit être ou avoir, un verbe pro­no­mi­nal ou non, une forme pas­sive ou active, le par­ti­cipe pas­sé se com­porte exac­te­ment comme un bête adjec­tif : il s’accorde tou­jours avec l’élément auquel il se rap­porte (lorsque celui-ci est connu).

La pre­mière ques­tion est donc : à quoi se rap­porte-t-il ? Autre­ment dit, qu’est-ce qui subit l’action ? Si je cherche à accor­der “man­gé”, je me demande : qu’est-ce qui est man­gé ? Si c’est “allé”, qu’est-ce qui est allé ? Si c’est “per­mis”, qu’est-ce qui est per­mis ?

J’ai man­gé? une pomme, la pomme que j’ai man­gé? → la pomme est man­gée ; je suis man­gé? par les mous­tiques → je suis man­gé ; je me suis man­gé? une porte → la porte est man­gée ; vous êtes allé? → vous, chères dames, êtes allées ; elle a per­mis? de man­ger → de man­ger est per­mis ; elle s’est per­mis? de par­ler → de par­ler est per­mis…

La deuxième ques­tion est : est-ce que je le sais ? Autre­ment dit, au moment où je dois accor­der le par­ti­cipe, ai-je déjà ren­con­tré les élé­ments me per­met­tant de connaître son genre et son nombre ?

J’ai man­gé une pomme → je ne sais pas encore que c’est une pomme → neutre ; la pomme que j’ai man­gée → je sais que c’est une pomme → fémi­nin sin­gu­lier ; je suis man­gé par les mous­tiques → je sais que c’est moi → mas­cu­lin sin­gu­lier ; je me suis man­gé une porte → je ne sais pas encore que c’est la porte → neutre ; vous êtes allées → je sais que c’est vous (et que je ne parle qu’aux femmes) → fémi­nin plu­riel ; elle a per­mis de man­ger → je ne sais pas encore ce qui est per­mis → neutre ; elle s’est per­mis de par­ler → je ne sais pas encore ce qui est per­mis → neutre.

Pour plus d’exemples tor­dus, je vous ren­voie à mon pré­cé­dent billet. Mais rete­nez bien un truc : être ou avoir, pas­sif ou actif, pro­no­mi­nal ou non, on s’en cogne tota­le­ment. Rien de tout cela ne modi­fie la façon dont on accorde le par­ti­cipe pas­sé.