Psychologie des déplacements

Ça m’a frappé comme une évidence, tout à l’heure, en promenant dans la rue du côté de la place Saint-Michel (où personne ne parlait de Germaine avec des sanglots dans la voix, cependant). Je vous le livre tel quel :

« Le temps du déplacement est du temps perdu. »

En tout cas, pour un parisien. Le métro en est d’ailleurs le corollaire : passé la première fois, il devient vite vital de trouver quelque chose à faire en attendant sa station — bouquin, musique ou autre — tant il n’y a absolument rien à voir par les fenêtres. La ligne 6 fait bien exception, avec son large passage en surface de la Seine presque jusqu’à Montparnasse, mais dans l’ensemble, le métro se charge bien de faire passer le goût du déplacement.

Aussi, ne comptent réellement que le départ et l’arrivée. Ce qu’il y a entre est plus vécu comme un mal nécessaire que comme un événement en soi.

Cela explique la vitesse moyenne du piéton parisien — si vous voyez quelqu’un en train de flâner dans les rues, parlez-lui plutôt anglais — ; cela explique également pourquoi ils sont si nombreux à se trimballer en bagnole pour gagner cinq pauvres minutes, au risque de trois ulcères et huit crises cardiaques. Cela explique pourquoi il leur faut à tout prix monter dans cette voiture, celle-là, pas celle du train suivant, même si celui-ci est bondé et son successeur annoncé à seulement deux minutes.

Et surtout, du coup, j’ai mieux compris le comportement d’un parigot avec qui je suis parti en vacances il y a quelque temps. Des Alpes, et jusqu’en Bretagne. Et pour qui il était important de prendre l’autoroute, là, le plus vite possible, pour aller directement à Rennes, alors qu’en bon lecteur de Kerouac j’aurais plutôt eu tendance à faire des étapes de deux cents bornes par les petites routes, partant pour ma part du principe que le voyage est aussi intéressant que la destination.

Ça ne me rendra pas plus sympathiques les gens qui me bousculent pour me dépasser sur un trottoir bondé, mais au moins je comprends désormais pourquoi ils ont une case en moins et j’aurai moins envie de leur mettre une béquille pour leur apprendre.

Après tout, ils ne sont pas entièrement responsables des préceptes qu’on leur a foutus dans le crâne dès la naissance.

  • Ah, je me rappelle il y a 4 ans quand je suis arrivé… Je me faisais exactement les mêmes remarques sur la stupidité nombriliste des parigo… Maintenant j’en suis devenu un :os, arriveras-tu à surmonter ce stress là ?
    J’avoues avoir été vivement surpris quand j’ai vu que tu avais cédé au tentation urbaine (ça ne cadre pas avec le personnage pour tout t’avouer) ;o) mais bon, espérons que tu le vivras mieux que moi.
    Pour ma part, pour donner un peu de news, en septembre je redescends dans la Drôme, je n’en pouvais plus de cette vie là, pour aller m’établir à Saint-Rambert d’Albon (géographiquement cette ville occupe une place stratégique) où j’espère y retrouver le goût de la simplicité et de ne plus courir comme un con pour gagner 2 minutes sur un horaire ridicule car, oui tu as pleinement raison, 2 minutes sur une journée pleine de temps perdu en transport deviennent d’une importance vitale et même au-delà (suffit de voir les accidents pour s’en convaincre). Alors bon, adieu métro-boulot-dodo ;o) bonjour train-boulot-dodo :op

  • Et ben ! Décidément, Paris fait fuir du monde… Bon retour au pays, alors.

    Pour l’instant, je supporte relativement bien Paris : je suis encore dans la peau du sociologue qui débarque en terre inconnue et observe les mœurs étonnantes de la population autochtone. Quand j’en aurai trop marre, je tannerai mes chefs jusqu’à ce qu’ils craquent pour déplacer la boîte en province, tiens, pourquoi pas à Nice (montagne + mer, ça doit le faire) ? ^_^