Rendre Windows utilisable

Il y a des fois où l’on n’a pas vrai­ment le choix. Pour des rai­sons logi­cielles ou maté­rielles, il est impos­sible d’utiliser un sys­tème d’exploitation nor­mal, style (au hasard) Ubun­tu ou OS X. Et l’on est contraint de démar­rer son ordi­na­teur sous le seul sys­tème dont l’interface n’a pas évo­lué depuis 1995 (elle avait alors une dizaine d’années de retard) : Win­dows.

Au-delà des aspects idéo­lo­giques (genre “j’aime pas les mono­poles” ou “je pense que les entre­prises doivent craindre la Com­mis­sion euro­péenne et pas le contraire”), j’ai per­son­nel­le­ment d’excellentes rai­sons ergo­no­miques de pas pou­voir blai­rer ce sys­tème d’exploitation.

Pri­mo, il ne gère par les bureaux mul­tiples. Et je sais plus com­ment on peut tra­vailler sans ran­ger cor­rec­te­ment ses fenêtres, tiens, celle de rédac­tion ici, celle de mes­sa­ge­rie là, et quand je veux mettre une image dans mon article (au moins une fois par article, en fait) j’ai besoin de Gimp… Nor­ma­le­ment, j’ai au mini­mum un Gimp avec le réper­toire où arrivent les images que j’enregistre depuis le web sur un bureau, et mes fenêtres de mes­sa­ge­rie et de rédac­tion sur l’autre. Si tout est sur le même, c’est un bor­del indes­crip­tible. Et si je ferme tou­jours les fenêtres que j’utilise pas, il va me fal­loir deux minutes pour lan­cer Gimp à chaque fois que je veux édi­ter vite fait une image.

Secon­do, son seul mode d’activation des fenêtres et “cli­quer pour avoir le focus”. Or, je trouve super pra­tique d’activer auto­ma­ti­que­ment la fenêtre sur laquelle je pointe, sans être obli­gé de cli­quer.

Ter­tio, la fenêtre active est devant les autres. Il y a des cas, notam­ment quand je copie (au hasard) une fiche tech­nique d’appareil pho­to, où j’aime bien avoir la fenêtre de rédac­tion en arrière-plan, mais active. Je peux ain­si taper le texte dedans en affi­chant juste les trois lignes qui me per­met­tront de voir ce que j’écris, et avoir mon docu­ment source suf­fi­sam­ment grand pour pas pas­ser ma vie à “scrol­ler”.

Quar­to, Win­dows ne sait pas à quoi peut bien ser­vir le clic molette. Il y a bien Fire­fox qui a essayé de lui expli­quer, mais ça reste flou pour lui.

Quin­to, le cla­vier de Win­dows ne per­met pas de taper un fran­çais cor­rect. Vous connais­sez par cœur les codes de toutes les majus­cules accen­tuées, vous ? Okay, je serais pas le pre­mier même sur Les­Nu­mé­riques à shun­ter les accents sur les majus­cules, mais l’Académie fran­çaise les exige et je suis pour une fois d’accord avec elle.

Le sujet de ce billet, c’est que j’ai enfin réus­si à contour­ner ces cinq points.

Pour les bureaux mul­tiples, j’ai ins­tal­lé Vir­tua­Win. C’est simple et de bon aloi, et il est pos­sible de chan­ger de bureau au cla­vier ou à la sou­ris (en fait, il est très confi­gu­rable).

Pour le mode d’activation “le focus suit la sou­ris”, c’est encore plus con : Win­dows le gère ! Oui, mais c’est une fonc­tion cachée… Il faut aller dans le registre, dans HKEY_CURRENT_USERControl Panel­Desk­top, et trou­ver la clef User­Pre­fe­ren­ces­Mask. Là, trans­for­mer le 9E 3E 05 80 en 9F 3E 05 80. Cette infor­ma­tion fera plai­sir à tous ceux qui pensent que “Linux, c’est com­pli­qué” : sous KDE, on fait la même chose en cochant une case.

Pour le clic cen­tral et la fenêtre acti­vée en arrière-plan, c’est un autre petit logi­ciel qui s’en charge, mani­fes­te­ment pon­du par un unixien qui digé­rait mal sa red­mon­dite. Celui-ci s’appelle True X-Mouse for Win­dows, ce qui est assez expli­cite sur son but. Pas d’installation, il suf­fit de le lan­cer, et les fenêtres res­tent bien sage­ment der­rière jusqu’à ce qu’on clic sur leur déco­ra­tion, et il est pos­sible de les ren­voyer der­rière d’un clic droit sur la bor­dure (et là j’aurais pré­fé­ré retrou­ver car­ré­ment le Alt-clic cen­tral cher à KDE, mais c’est déjà mieux que rien), et la sélec­tion se retrouve dans le presse-papiers et on peut la col­ler d’un clic molette et il est même pos­sible d’annuler tem­po­rai­re­ment ce com­por­te­ment, bref c’est génial. Seul défaut : pour les logi­ciels uti­li­sant le clic cen­tral (Fire­fox par exemple), il faut désor­mais faire un clic long (un tiers de seconde par défaut), les clics plus courts étant inter­cep­tés par TXmouse.

Reste le pro­blème du cla­vier, que j’ai pris à bras le corps en me pre­nant un moment la tête avec Micro­soft Key­board Layout Crea­tor pour recréer un cla­vier iden­tique à celui de mon Ubun­tu. Enfin, le créer, c’est une chose, on regrette juste que MS KLC soit aus­si peu ergo­no­mique (il pour­rait par exemple avoir des listes par défaut pour les touches mortes) ; le vrai pro­blème, c’est de l’installer, parce que Win­dows est pas tou­jours coopé­ra­tif à ce moment-là. Enfin, voi­là le cla­vier que j’utilise en ce moment, et il marche bien. À tel point que je regrette presque pas l’absence de touche “com­pose” (ça, même en per­son­na­li­sant le cla­vier à mort, Win­dows connaît pas). Dézip­pez le fichier, lan­cez l’installateur, et ajou­tez la confi­gu­ra­tion “Fran­çais / Fran­çais com­plé­té basé sur Ubun­tu” dans les Langues des Options régio­nales et lin­guis­tiques.

Toutes les touches ont une fonc­tion avec Alt­Gr et une autre avec Altr­Gr + Maj. Par exemple, la touche µ* vous pro­pose, en plus de ces deux carac­tères, l’accent grave (‘) et le macron (¯)en com­po­si­tion, don­nant Alt­Gr+* puis A pour À ou AltGr+µ puis o pour ō. Main­te­nant, vous pou­vez écrire “À la claire fon­taine” ou “Tōkyō”.

Voi­là, ça occupe un moment de tout ins­tal­ler, mais main­te­nant, ça marche. Le défi étant rele­vé, je peux retour­ner sous Linux l’esprit tran­quille. ^_^

Voir aussi :