Respect de la vie

Bon, la grosse actualité du jour, en ce qui me concerne, c’est bien sûr le lancement d’une nouvelle monture, la Micro 4/3, qui vise à créer des compacts numériques à objectifs interchangeables. L’idée est a priori géniale, même si on l’espérait (on pourrait même dire qu’on la sentait venir) depuis quelque temps déjà. Mais je vais pas vous en parler ici, vu que j’ai passé la matinée à faire un article là-dessus pour le boulot.

Du coup, je vais me contenter de réagir sur une connerie monumentale que j’ai entendue tout à l’heure sur France 2, au cours de mon 20 h. C’était à propos de corrida, parce qu’on a interdit à un minot de torturer un veau alors qu’il massacre des taureaux dans son pays, et que France 2 se devait bien de rappeler à quel point la corrida est un héritage culturel et l’expression d’un art de vivre ancestral et, à ce titre, devrait être classée au patrimoine mondial de l’UNESCO plutôt que raillée et critiquée.

Et là, y’avait quand même une connasse d’une association anti-corrida qui disait qu’un enfant de dix ans, il faut lui apprendre « le respect de la vie ».

Le respect de la vie, surtout dans ce contexte, est une couillonnade à plusieurs points de vue :

  1. La vie existe parce qu’elle ne peut pas ne pas exister. Elle n’a pas de volonté, pas de libre arbitre et, à ce titre, ne peut être respectée — ni méprisée, d’ailleurs. Ou alors, il faut respecter les cailloux parce qu’ils sont durs et l’eau parce qu’elle est bleue.
  2. Si respecter la vie, c’est ne pas tuer, on est bien dans la merde. Parce que ça veut que, sous prétexte de respect, on ne doit pas se nourrir. Ben oui, d’une part, nous sommes omnivores et avons donc besoin de bouffer de la barbaque de temps à autres (ou des compléments protéinés), mais d’autre part et surtout, même les végétariens tuent et torturent. Parce qu’au cas où vous l’oublieriez, les végétaux sont vivants, bordel.
  3. Un humain qui respecterait la vie se trouverait dans une situation très amusante, que je ne peux que comparer à celle du robot d’Asimov d’avant la hiérarchisation des trois lois : un humain en danger, dans une situation dangereuse pour le robot, et celui-ci qui tourne autour coincé entre la première et la troisième loi (aider l’humain / se sauvegarder). Pour l’humain respectueux, ça se résume ainsi : le plus grand danger pour la vie, c’est l’homme. Donc, sauvegarder la vie, c’est détruire l’humanité, et on n’en sortira pas.
  4. Un humain qui refuserait vraiment de tuer des animaux (sans même généraliser aux être vivants) doit également prévoir de vivre sous bulle, parce que son système immunitaire est un peu sourd aux appels de sa conscience : s’il croise un parasite un peu trop agressif, un globule blanc le zigouille et pis c’est tout. Il se demande pas si c’est un être vivant avec un droit à la vie.

Heureusement, aucun humain bien dans sa tête n’a jamais respecté la vie. Certains ont bien tenté de s’acheter une bonne conscience en refusant de massacrer des êtres vivants trop proches d’eux-mêmes (autres humains dans un premier temps, autres mammifères puis autres vertébrés ensuite, j’en ai jamais vu refuser également toute alimentation végétale et très rares sont ceux qui refusent d’écraser un moustique), mais fondamentalement, l’humain obéit au cycle immuable de la vie : le prédateur bouffe sa proie.

Il est bien devenu un prédateur un peu particulier par sa capacité à bouffer n’importe quelle proie, du brin d’herbe à la baleine bleue, mais ça ne change pas fondamentalement les choses.

Ceci étant, je peux pas blairer non plus les aficionados, et je suis bien emmerdé sur ce coup-là parce que j’ai autant envie de leur claquer la gueule qu’aux abrutis de végétaliens qui « respectent la vie » — et qui, surtout, entendent me faire rentrer dans leur délire, parce qu’au fond j’en ai rien à fiche qu’ils s’amusent à se carencer délibérément : au final, c’est eux que la sélection naturelle fera disparaître.

Ce qui me gêne dans la corrida, ce n’est pas la mise à mort. Ce n’est même pas vraiment la torture. C’est le divertissement, retenez bien ce mot.

On dit qu’un humain se divertit lorsqu’il exerce une activité inutile, juste pour s’occuper l’esprit, s’amuser, et avoir un prétexte pour voir ses potes et boire des bières. Pardon, des pastis, c’est vrai qu’il y a plus de corridas dans le Midi que dans les Ardennes.

La corrida, c’est ça. On ne tue pas, on ne massacre pas, on ne torture pas pour autre chose que pour s’amuser et se bourrer la gueule. On pourrait tout à fait — on le fait d’ailleurs, dans les pays civilisés — décider de s’amuser et se bourrer la gueule en regardant un bovin s’amuser à courser des gens qui s’amuseraient à essayer d’attraper un pompon que le quadrupède aurait entre les cornes, tiens. Et encore, ça, c’est pour ceux qui savent pas s’amuser sans bovidés, parce qu’on pourrait faire la même chose avec une chèvre — chuis sûr qu’une chèvre pourrait finir par adorer ça, c’est mariole ces bêtes-là.

On pourrait même décider qu’on va s’amuser en jetant des petits rectangles de carton sur une table, avec des dessins dessus et des valeurs différentes, et ça serait même vachement mieux parce que tout le monde pourrait participer, même les arthritiques qui peuvent plus courir devant une chèvre ou les froussards qui craignent les vaches. Et en plus, on pourrait garder juste un peu de place autour des rectangles de carton histoire d’avoir un endroit pratique pour poser le pastaga, et ceux qui n’aiment pas l’anis pourraient même faire pareil avec leurs bières sans que ça pose un problème culturel (parce que distribuer des pintes dans une arène, excusez mais ça encombre autrement que des p’tits jaunes).

Bref, y’a plein de trucs qu’on pourrait faire, qui feraient des prétextes aussi bien que la corrida pour se retrouver et boire des canons, et on pourrait même dire que c’est culturel en appelant ça d’un nom bizarre que les autres comprennent pas, tiens, chez nous, on joue la coinche (avec un /ɛ̃/ sonore au milieu et un /ø/ marqué à la fin) et c’est pas la belote d’en face, té ! Et si on n’a pas envie de s’encombrer des gosses (ce qui n’est apparemment pas le soucis pour la corrida, mais sait-on jamais), on peut tout à fait dire que c’est pas un spectacle de voir le « couillon » embrasser la Fanny.

Ceci pour dire que si les tarés continuent à torturer et massacrer des taureaux, ce n’est pas parce que ça a la moindre utilité. C’est juste parce qu’ils aiment ça, j’imagine. Ce n’est donc pas de la culture, mais juste du sadisme. Ah oui, ça sonne moins bien.

Je bouffe de la viande. Beaucoup, même, je suis plutôt carnassier dans mon omnivoritude. Je tue des bœufs, des agneaux si mignons, des cochons si intelligents, et même des fois des salades, pour satisfaire mon appétit. C’est pas pour m’amuser. Et c’est toute la différence entre moi et ces connards : personnellement, si je peux avoir l’assurance que le boucher aura bien traité la bestiole que je bouffe, en la gratouillant gentiment derrière les oreilles jusqu’au coup final, je préfère. Eux préfèrent savoir que la bête en a bavé pendant des minutes, oh non, des heures, soyons pas mesquins, et ils veulent assister à ce spectacle. Et en prime, ils ne mangent même pas le résultat de leur torture : la viande est trop stressée pour être comestible.

Je sais. Je vais récupérer les gros veaux des associations de « respecteurs de vie », leur foutre une paire de cornes bien aiguisées et les balancer dans l’arène avec les fiottes en ballerine. Et que le meilleur gagne.

  • Respectons la vie, arrêtons le massacre des légumes !