Charonne, semaine 12

Ce midi, curieusement, j’étais au bureau. Non pour bosser, mais pour causer : les patrons ont fait une réunion pour discuter avec la rédaction du futur de la boîte. Y’a des trucs intéressants, on verra bien. L’occasion de remonter la ligne 2 à vélo, c’est vachement bien parce que c’est presque partout une piste cyclable séparée de la route, par contre j’ai encore raté l’entrée de la rue Riquet — à trop me repérer sur les stations de métro, je me fais avoir à chaque fois : celle qui fait l’angle n’est visible qu’après avoir passé le carrefour.

Sinon, la semaine est chaude niveau cinoche, avec quatre sorties de films que je voulais voir — en fait, même, cinq, mais les critiques m’ont convaincu que L’emmerdeur n’avait rien à voir avec le chef-d’œuvre de Molinaro et le splendide duo Brel-Ventura.

J’ai donc commencé par voir Mia et le migou, attiré par le titre et la promesse d’un « pillage de Miyazaki » selon la critique. Graphisme très particulier mais pas inélégant, mais curieusement film pas du tout simple en fin de compte, au point que je me demande si c’est vraiment un film pour petits. Peut-être à partir de 6 ou 8 ans pour les gamins curieux, mais sans doute pas pour des trois-quatre ans : la construction est ancrée dans la réalité nôtre, souvent un peu complexe. Ceci étant, y’a des gamins qui suivent : quand le promoteur immobilier tombe dans son trou, j’ai entendu fuser un « bien fait pour lui » bien senti quelque part à ma gauche. Au final, c’est plutôt réussi.

Dans la foulée, celui dont j’attendais le plus est celui qui m’a le plus déçu : Burn after reading voit les Coen reprendre la recette la plus classique de leur répertoire, celle qu’on a déjà vue dans Sang pour sang, Fargo et The big Lebowski, sans rien renouveler, et l’on retrouve des faiblesses rythmiques qui plombaient un peu Le grand saut et un scénario à base de portes qui claquent grillé depuis l’invention du Vaudeville. Résultat des courses : on est très exactement à l’opposé de l’invention élégante d’un O’brother, where art thou ? ou d’un Intolérable cruauté, et on tourne en rond et à vide pendant (heureusement) seulement une heure et demie. Restera pour attirer l’indulgence la performance des acteurs, Brad et John étant proprement excellents et George impayable sauf les rares fois où il écarquille les yeux pour montrer que maintenant, il peut (et c’est trop).

Enfin, tout à l’heure, Le jour où la Terre s’arrêta, film de science-fiction apocalyptique, qui hélas passe largement à côté du sujet. L’idée est excellente : des extra-terrestres décident de sauver la planète, ce qui signifie la débarrasser de l’humanité. Mais l’essai n’est qu’à moitié transformé : si, d’un côté, on apprécie un bon film de politique-fiction bien mené et cohérent, on comprend moins ce que vient foutre là un happy end sur-annoncé et totalement hors-sujet. Et puis, finalement, l’humanité est sauvée à cause d’un gosse totalement insupportable de bout en bout, qui si j’étais à la place de Klaatu me renforcerait illico dans ma conviction que les bipèdes doivent débarrasser le plancher au plus vite. Reste que pour une fois, Keanu Reeves est nickel — toujours aussi inexpressif, mais là, ça va parfaitement au personnage, un peu comme Arnold dans Terminator et Liv dans Le seigneur des anneaux. Le film se laisse donc regarder, même si la dernière demi-heure est définitivement à côté de la plaque.

Reste Secret défense, que je vais aller voir un des jours prochains.

Sinon, l’anecdote de la semaine se passe à la boulangerie, où j’ai demandé un peu fort et en articulant par-dessus le bruit ambiant ce qu’était un gâteau sur lequel était écrit « opera ». La dame me répète alors : « what is Opera ? », j’acquiesce machinalement, et elle m’explique qu’il y a du chocolat et plein d’autres choses, le tout dans un anglais légèrement hésitant mais tout à fait correct. C’est seulement à ce moment-là que j’avais percuté qu’elle avait demandé en anglais, pensant que si j’articulais, c’est que je venais d’ailleurs. Il paraît donc que j’ai l’air d’un Anglais.

Au passage, c’était pas mauvais, ce ch’tit truc. M’a presque remis de bonne humeur après l’échec des Coen.