César et Dany

Allons bon, en voi­là un qui se met à chia­ler parce que son film n’est nom­mé qu’une fois pour les Césars (dans la rubrique meilleur sce­na­rio ori­gi­nal).

Eh oh, Dany, le but des Césars, ce n’est pas de récom­pen­ser les suc­cès du ciné­ma fran­çais, c’est de récom­pen­ser les réus­sites du ciné­ma fran­çais. C’est presque tota­le­ment indé­pen­dant. En fait, un film réus­si fait rare­ment des mil­lions d’entrées, parce que pour méri­ter ce qua­li­fi­ca­tif, le film doit aller au-delà de ce qu’il est cen­sé être — et il y perd du monde.

J’ai pas vu Bien­ve­nue chez les ch’tis. Les extraits entre­vus me laissent pen­ser que c’est peut-être un film très mar­rant, qui rem­plit par­fai­te­ment ce qu’on attend de lui : s’éclater les zygo­ma­tiques pen­dant deux heures. Mais pour être réus­si, ça ne suf­fit pas, il faut, je sais pas, un truc en plus qui fait du film un joyau unique qui s’adressera per­son­nel­le­ment à chaque spec­ta­teur — et comme chaque spec­ta­teur est unique, c’est vache­ment dif­fi­cile d’imaginer y par­ve­nir avec 18 mil­lions d’entrée.

La grande vadrouille, pré­cé­dent déten­teur du record d’entrées, je l’ai vu trois fois. À chaque fois, je me suis écla­té devant cer­taines scènes mythiques (le Tea for two aux bains turcs marche à chaque fois, du moins en ce qui me concerne). J’adore ce film. Mais jamais je ne vote­rais pour lui dans un concours de récom­penses ciné­ma­to­gra­phiques : il rem­plit le contrat à la per­fec­tion, mais il ne me mène pas au-delà de ce que j’attends de lui.

J’irai plus loin : dans la même rubrique, on trouve Le pre­mier jour du reste de ta vie, qui m’a lais­sé une impres­sion assez miti­gée qui s’est ren­for­cée avec le temps. J’imagine que je pas­se­rais un bien meilleur moment à rigo­ler des décon­nades de Dany chez les ch’tis que je ne l’ai pas­sé sur ce film élé­gant au titre ridi­cule ; mais voi­là, celui-ci ne se contente pas du contrat de base — racon­ter des moments de bas­cu­le­ments chez ses per­son­nages. Il pousse au-delà, en pro­fite pour dres­ser une sorte de por­traits assez fins et pous­ser le spec­ta­teur à intros­pec­ter ses propres rap­ports avec la vie. Donc, sur un plan ciné­ma­to­gra­phique, je pense qu’il mérite plus de récom­penses que Bien­ve­nue chez les ch’tis.

Après, bon, on peut aus­si râler sur le côté éli­tiste des Césars, qui ont ten­dance à récom­pen­ser les sous-merdes intel­los qui, à force de vou­loir dépas­ser le contrat, finissent par ne plus du tout le rem­plir, comme Eldo­ra­do nom­mé dans la rubrique meilleur film étran­ger (fume, c’est du belge), plu­tôt que les films bien char­pen­tés qui apportent un quelque chose sup­plé­men­taire comme Secret défense, qui outre son his­toire béton­née d’espionnage pour­ra vous inter­ro­ger sur ce que vous pour­riez accep­ter pour ce en quoi vous croyez…