Friendship

Il y a une chose précieuse dans l’amitié : c’est la possibilité d’obtenir un avis honnête. Ce qu’une intendante de ma connaissance résumait par « un véritable ami vous dira si votre tarte est ratée », et que j’apprécie particulièrement à certaines occasions — qu’il s’agisse de critiquer mes textes, de me dire ce que valent mes articles ou de m’envoyer à la gueule comment je fais merder ma vie privée.

Ça peut être mal perçu, mais je considère réciproquement que mon boulot en tant qu’ami est de dire ce que je pense, même si ça risque de fâcher. Je peux me planter, il y a sans doute des choses à prendre et d’autres à laisser dans ce que je peux dire, mais je préfère affirmer quelque chose d’excessif et me le reprendre dans la gueule — façon « non, là, d’une tu t’occupes d’un truc qui te regarde pas, de deux t’es à côté de la plaque » — que la fermer et perdre l’occasion de potentiellement attirer l’attention d’un ami sur un truc ou, si ce que je dis est invalidé, apprendre que je me suis fait une idée fausse ou que j’ai mal interprété un truc.

Les deux aspects se télescopent ces temps-ci, avec une potentielle révision de vérités fondamentales de mon univers. D’une part, je me rends compte que je flippe un peu de savoir comment sera pris un truc que j’hésitais à dire à quelqu’un et qui est sorti dans la conversation hier ; d’autre part, je m’aperçois que deux personnes que j’avais tendance à considérer comme des amis m’ont caché des informations importantes, au moins à mes yeux, au cours des dernières semaines.

Le premier point, je pense pouvoir l’assumer s’il me revient en pleine gueule. Le second en revanche me pose un problème beaucoup plus profond : comment faire confiance à des gens qui, par exemple, refusent de me dire un truc aussi essentiel que « là, mec, tu déconnes, faut vraiment que tu te réveilles » ? Certes, les personnes concernées ont sans doute leurs raisons — style « comment va-t-il réagir si je lui balance ça ? » ou « ça me regarde pas, est-ce que je dois m’en mêler quand même ? » — mais je me rends compte que ça m’entraîne vers une défiance qui, bien plus que les faits cachés eux-mêmes (aucun n’est de toute manière arrivé comme une surprise), risque de se révéler être un problème fondamental…