Appoline, disparue il y a huit ans

de Jean-David Mor­van et TBC, 2009, ****

Vous regar­dez la télé ? Alors, vous connais­sez les faits divers. Des gamines kid­nap­pées, enfer­mées dans une cave… Jean-David Mor­van aus­si.

Le truc, c’est que là où vous vous conten­tez de vous hor­ri­fier voyeu­ris­te­ment entre deux bou­chées de côte d’agneau, lui, il en tire un scé­na­rio.

Une jeune femme enfer­mée dans une cave, c’est donc la sur­prise que reçoit l’inspecteur Wimms lorsqu’il entre chez Antoine Carasse pour une enquête de voi­si­nage après l’assassinat d’un bou­lan­ger. Pen­dant huit ans, elle a été ain­si cloî­trée par son ravis­seur… mais ne semble pas s’en être si mal sor­tie : sûre d’elle, posée, elle va lui racon­ter son his­toire — ou ce qu’elle choi­sit d’en dire. Et lais­ser devi­ner que les rap­ports entre un kid­nap­peur com­plexé et peu intel­li­gent et une vic­time cynique et brillante ne sont pas aus­si simples qu’un rap­port de police le sou­hai­te­rait…

Si on regarde les cri­tiques de cette BD, on a au moins une cer­ti­tude : ça ne laisse pas indif­fé­rent. Entre ceux qui accusent Mor­van d’avoir récu­pé­ré au hasard les faits divers des der­nières années pour les retour­ner sans aucune morale, insul­tant les vic­times au pas­sage, et ceux qui saluent une œuvre bou­le­ver­sante et psy­cho­lo­gique, il n’y a guère de place pour du “boaf, pas mal”.

Il est clair que l’idée fon­da­men­tale n’est pas tota­le­ment neuve. Mor­van a énor­mé­ment recy­clé, aus­si bien côté cou­pures de jour­naux que côté prin­cipe psy­cho­lo­gique d’un pré­da­teur naïf croi­sant une proie cynique (cf. le très par­ti­cu­lier Hard Can­dy de David Slade). Mais le résul­tat, quoiqu’improbable, est suf­fi­sam­ment déran­geant pour qu’on puisse par­ler de réus­site.

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