Un rallyman à la FIA ?

Il n’y a rien de plus mauvais pour les peuples que les règnes trop longs, disait un type cité par Allain (qui ajoutait pour sa part : « j’entends dire que Dieu est éternel… »). Max Mosley aura traîné bien assez longtemps, et s’est enfin décidé à laisser la place.

Surprise : pour le remplacer, Jean Todt, bien connu chez nous comme ancien directeur de l’écurie Ferrari. C’est oublier un peu vite qu’il fut un copilote très apprécié, vice-champion du monde en 1981 (l’année même où Vatanen emporta sa couronne), puis un patron d’écurie autoritaire mais efficace sous la direction duquel Peugeot écrasa le championnat du monde en 85 et 86.

Du coup, la question que je me pose en ce moment, c’est celle-ci : est-ce que par hasard l’élection de Todt à la présidence de la FIA ne serait pas une excellente nouvelle pour le rallye ?

Ces vingt dernières années, celui-ci a été profondément dénaturé et démoli par une FIA qui, d’une part, n’en avait rien à foutre, d’autre part, ne le comprenait pas. Une des premières mesures de Balestre a été la suppression pure et simple du groupe B et l’annulation de la création du groupe S, qui devait en gros permettre de faire courir dans les épreuves routières des protos sans souffrir des dérives financières et sécuritaires du groupe B (les réservoirs d’essence dans le compartiment moteur sans cloison de séparation ni clapet anti-retour de flamme, je veux pas être mauvaise langue, mais y’avait pas besoin d’être devin pour se douter que ça finirait mal).

Sous Mosley, le barème du championnat du monde a été aligné sur celui de la F1 et le format des épreuves figé sur un « trèfle » de quelques kilomètres de côté. Bilan : les rallyes de championnat ont perdu toute personnalité et la principale difficulté de l’épreuve (trouver l’équilibre entre vitesse et endurance) oubliée au profit d’une succession de sprints ridicules. En gros, on a transformé une discipline spécifique en F1 sur route avec copilote, laissant au rallye-raid la tâche de satisfaire les amateurs d’épreuves d’endurance.

Ajourd’hui, j’ai un vague espoir : que Todt se souvienne de ce qu’était la nature du rallye, discipline mixte, nécessitant endurance physique et mentale (finir un Monte-Carlo à trois heures du matin, au volant depuis près de vingt heures, après avoir fait 5000 bornes en une semaine, c’était autre chose que le parcours de santé que fut ce rallye de 97 à 2006, Todt est bien placé pour le savoir puisqu’il a perdu dans ces conditions avec Andersson et face à Andruet-Biche en 73).

Imaginons une seconde que les WRC soient contraintes à faire cinq ou six milles kilomètres sans révision, que les mêmes châssis doivent parcourir des épreuves de terre, de bitume et de neige (c’était le cas l’an passé à Chypre, et des WRC montées terre sur le bitume, c’était classe), que le RAC redevienne une épreuve boueuse, glaciale et bitumineuse répartie sur 3000 bornes, que le Monte-Carlo retrouve ses interminables regroupements, que les équipages doivent de nouveau tenir 600 bornes sur les cailloux de l’Acropole, et un retour du Safari…

Bref, refaire du rallye un rallye, épreuve technique variée, tactique, complète, qui nécessite des équipages sachant tour à tour aller vite, se ménager, réparer eux-mêmes leur véhicule, calculer une moyenne et une consommation, lire une carte et même couper des arbres¹…

J’ose pas envisager, étant donné que Todt a quand même passé les quinze dernières années à regarder des gens tourner en rond sur du bitume plat, qu’il remette la F1 à sa place — comment une discipline qui ne demande que de savoir sprinter sur asphalte, sans exiger d’autre qualité, peut-elle être considérée comme majeure ? Mais si déjà il permet aux organisateurs de rallyes de redonner un peu de personnalité à leurs épreuves, ça sera bien.

¹ Si vous avez l’occasion de lire les mémoires de Lucien Bianchi consacrés à cette discipline, certaines anecdotes valent le détour.