Faim ? Prenez un sandwich et vendez votre chalutier.

Ayé, c’est déci­dé : la Grèce va rece­voir des sous, en échange de ce qu’on appelle pudi­que­ment des “mesures de rigueur” — autre­ment dit, appe­ler le peuple à cre­ver de faim pour expier les fautes de ses diri­geants.

Bon.

Est-ce que par hasard, ça n’au­rait pas déjà été fait ?

Pas en Grèce, non, peut-être pas, mais ailleurs ?

Ah si, c’est exac­te­ment ce que le FMI a fait tout au long de son his­toire, notam­ment en Amé­rique du Sud.

Quoi ? Com­ment ça ? Vous dites que l’Ar­gen­tine a pas l’air d’al­ler beau­coup mieux ?

Ah ben ça, ça doit être parce qu’elle n’a pas pris de mesures assez rigou­reuses.

Bon, arrê­tons une seconde les conne­ries. Je suis pas expert en éco­no­mie, j’é­tais juste l’un des rares à écou­ter les cours que j’ai eus à la fac, en plus de m’être far­ci dix ans d’ar­ticles d’Oncle Ber­nard. Je réflé­chis à mon échelle, c’est pas parole d’é­van­gile mais ça me paraît pas ridi­cule.

Le mes­sage qu’on envoie aux Grecs, c’est quoi ? Le pays est dans la merde, pour en sor­tir, on va réduire vio­lem­ment votre pou­voir d’a­chat.

Jouons ensemble à nous mettre dans la peau d’un Grec.

Voi­là. Je viens (vous aus­si) d’en­tendre nos ministres nous expli­quer qu’il allait fal­loir aug­men­ter la TVA et réduire les dépenses publiques. Je suis pas plus con qu’un autre : je peux cal­cu­ler tout seul que ça veut dire moins de thune pour mézigue, sans que rien n’in­dique que les prix doivent chu­ter aus­si (baisse des prix et hausse de TVA, ça paraît pas gagné).

Je fais quoi ? Ben, dans le doute, j’es­saie de limi­ter mes dépenses, non ? Je devais renou­ve­ler ma bagnole, mais bon, ça atten­dra bien un an de plus. Je devais ache­ter bio mais bon, fina­le­ment, les pes­ti­cides aus­si c’est bon. Je devais prendre des vacances mais je vais plu­tôt res­ter chez moi…

Autre­ment dit, le peu d’argent que j’ai, j’es­saie déses­pé­ré­ment de le gar­der. Du coup, ceux qui pro­duisent les choses que j’a­vais pré­vu d’a­che­ter n’ont plus d’a­che­teur — oui, parce que vous, mes chers voi­sins, êtes aus­si pru­dents.

Plus d’a­che­teur => plus de recettes. Plus de recettes => glou­glou.

Autre­ment dit, per­so, si on m’an­nonce un plan de rigueur là comme ça à brûle-pour­point, je bloque l’é­co­no­mie natio­nale.

Conclu­sion : un plan de rigueur, logi­que­ment, ça doit faire cou­ler l’é­co­no­mie d’un pays.

Com­ment se sor­tir d’une crise ? J’en sais rien, chuis pas éco­no­miste. Mais là, j’ai l’im­pres­sion qu’on va filer à la Grèce un sand­wich, tout en exi­geant qu’elle vende ses cha­lu­tiers. Chais pas com­ment elle va cla­per quand elle aura digé­ré le cadeau… Okay, sur un an, ça ira peut-être mieux, mais il me paraî­trait logique qu’à terme, ça la pousse au nau­frage plu­tôt qu’au suc­cès.

Mais bon, les mecs du FMI et leurs alter ego de l’U­nion euro­péenne sont vache­ment plus com­pé­tents que moi, après tout, ils ont déjà sau­vé tel­le­ment de pays avec leurs inter­ven­tions si effi­caces. C’est tout bien expli­qué dans ce bou­quin, tel­le­ment pas cher que même avec un plan de rigueur vous devriez pou­voir vous l’of­frir.