Vulgarisation ou spectaculaire ?

Aujourd’hui, Auto-Moto nous explique ce que c’est qu’un gros car­ton. Avec Loeb-Ele­na et Hir­vo­nen-Leh­ti­nen qui font des ton­neaux, en Grèce et en Fin­lande res­pec­ti­ve­ment.

Et le com­men­taire inévi­table : “pilote et copi­lote s’en sortent indemnes, un véri­table miracle”.

Miracle ????!!!!

Non mais fau­drait voir à arrê­ter les conne­ries, là ! Vous êtes là pour infor­mer vos audi­teurs ou pour faire du spec­ta­cu­laire à deux balles ?

Un acci­dent où on fait plein de ton­neaux est rare­ment grave. Pour­quoi ? Parce que le prin­ci­pal risque dans un ton­neau, c’est l’écrasement de l’habitacle, et qu’il y a des arceaux jus­te­ment pour évi­ter ça. Dans une série de ton­neaux, l’énergie ciné­tique est dis­si­pée petit à petit. La car­ros­se­rie peut par­tir en lam­beaux, mais ni l’arceau ni les pas­sa­gers ne prennent de gros choc : à l’extrême, on se retrouve avec des bons­hommes à poil dans une bai­gnoire de sécu­ri­té, débar­ras­sée de car­ros­se­rie, de méca­nique, de tout ce qui ne sert à rien en somme — j’ai sou­ve­nir d’un crash de Nas­car, sur une bonne dizaine de ton­neaux, où même le moteur avait choi­si de vivre sa vie, et où le pilote était sor­ti tout seul d’un amas de tubes deux minutes après, le temps que son oreille interne retrouve une vague idée de l’orientation à adop­ter. Le prin­ci­pal risque dans une série de ton­neaux, fina­le­ment, c’est de lais­ser traî­ner un bras à l’extérieur.

L’accident le plus grave de ces der­nières années en ral­lye, c’est le crash Mär­tin-Park en 2005, où ce der­nier a été tué. Sor­tie pas extra­or­di­nai­re­ment rapide (ral­lye de Grande-Bre­tagne, beau­coup plus lent que par exemple les 1000 lacs), frappe laté­rale pas super impres­sion­nante, voi­ture arrê­tée de suite… mais arceau enfon­cé, baquet broyé et copi­lote de même : l’énergie ciné­tique emma­ga­si­née a dû être dis­si­pée en un seul choc. Idem pour ce crash de Colin McRae, sérieu­se­ment bles­sé après une sor­tie en Corse pas du tout impres­sion­nante vue de l’extérieur.

Mais for­cé­ment, Auto-Moto, aujourd’hui, c’est pas une émis­sion d’information mais un show pour djeuns en mal de spec­ta­cu­laire. Donc, faut évi­ter d’utiliser des mots comme “éner­gie ciné­tique” qui rap­pellent l’école (et “lékol c pas kool lol”, comme disent les djeuns), mais choi­sir des trucs qui rebon­dissent dans tous les sens — et au pro­chain acci­dent grave, on fera sem­blant de pas com­prendre com­ment un petit crash “sans gra­vi­té” a pu avoir des consé­quences pareilles…