Cross-over

J’aime bien les angli­cismes. C’est pra­tique, ça per­met de créer une nov­langue sans que les gens s’en aper­çoivent et on peut les uti­li­ser à tort et à tra­vers, per­sonne n’y entrave que dalle donc ça passe tou­jours.

Ou alors, c’est pour ça que je les aime pas…

Donc, la cita­tion du jour, du type qui a tes­té le Jeep Com­pass, un cer­tain Jérôme Chont, sur Auto moto.

La plu­part des 4x4 modernes ne sont pas per­ma­nents : quand l’avant dérape, les roues arrières s’enclenchent et viennent en com­plé­ment. On appelle ça des “cros­so­ver”.

Vous avez remar­qué ? Il nous explique un mode de trans­mis­sion, et le résume à une caté­go­rie de voi­tures.

Ce qu’il décrit, c’est une trans­mis­sion inté­grale non per­ma­nente à enclen­che­ment auto­ma­tique. Ça existe (sur des bases de pro­pul­sions il est vrai) depuis des lustres, bien avant qu’un mar­ke­teux n’invente les “cross-over” : dès les années 80, on trou­vait ce type de trans­mis­sion sur de nom­breux types de véhi­cules, de la Porsche 911 Car­re­ra 4 au Range Rover en pas­sant par… le Volks­wa­gen Trans­por­ter Syn­chro, oui, celui que j’aurais aimé ache­ter mais que ses pro­prié­taires gardent jalou­se­ment. C’est en par­ti­cu­lier le prin­cipe de la trans­mis­sions Super Select de la deuxième géné­ra­tion de Paje­ro, qui fut un avan­tage mar­quant de Mit­su­bi­shi sur Nis­san et Toyo­ta dans les années 90.

Vous l’avez noté : spor­tive, tout-ter­rain ou uti­li­taire, y’a de tout sauf des “cros­so­ver”…

Mais un “cros­so­ver”, alors, c’est quoi ?

C’est un véhi­cule tech­ni­que­ment appa­ren­té à une ber­line (plus rare­ment un cou­pé), mais rehaus­sé et doté d’une car­ros­se­rie style 4x4. Oui, ça res­semble à ce qu’on appe­lait “tout-che­min” avant qu’un mar­ke­teux ne trouve qu’un angli­cisme serait plus ven­deur.

Beau­coup uti­lisent des trans­mis­sions inté­grales non per­ma­nentes à enclen­che­ment auto­ma­tique : le Renault Sce­nic RX4, sans doute le plus connu des véhi­cules fran­çais de ce type, en est un exemple, de même que la Fiat Pan­da 4x4 deuxième géné­ra­tion (tous deux sur des bases de trac­tions, et tous deux uti­li­sant un embrayage pilo­té pour enclen­cher l’arrière, là où les ancêtres uti­li­saient plu­tôt des vis­co-cou­pleurs).

Néan­moins, ça n’a rien de sys­té­ma­tique. D’un côté, on trouve des “cros­so­ver” dotés d’une trans­mis­sion inté­grale per­ma­nente : Sub­aru Fores­ter, Audi All­road, Toyo­ta RAV4 (chez nous en tout cas). Le vrai cri­tère pour dif­fé­ren­cier ces “cros­so­ver” d’un tout-ter­rain, c’est la fami­lia­ri­té tech­nique avec une ber­line : coque auto­por­teuse, sus­pen­sions à roues indé­pen­dantes géné­ra­li­sées et absence de boîte de trans­fert à rap­ports courts. Aucun de ces cri­tères n’est d’ailleurs propre aux cros­so­ver : pour prendre des extrêmes à qui per­sonne ne contes­te­ra le titre de tout-ter­rain, le Lada Niva a une coque auto­por­teuse, le Hum­mer H1 une sus­pen­sion à roues indé­pen­dantes et pas de rap­ports courts.

Dans quelques cas extrêmes, cer­tains “cros­so­vers” font mêmes de bons tout-ter­rain : l’Audi All­road, avec sa sus­pen­sion pneu­ma­tique à hau­teur variable, ses rap­ports courts et son Tor­sen cen­tral, passe pas mal du tout (avec des pneus de route en l’occurrence).

De l’autre, on trouve des “cros­so­ver” à deux roues motrices (qui peuvent géné­ra­le­ment rece­voir une inté­grale non per­ma­nente en option) : Nis­san Qash­qai, Dacia Dus­ter… Le RAV4 a d’ailleurs été pro­po­sé en trac­tion dans cer­tains pays.

Bref, la ques­tion de la trans­mis­sion est tota­le­ment indé­pen­dante de celle de “cros­so­ver”. Et Jérôme Chont est à côté de ses pompes.

Et je regrette le temps où c’était Yves Géniès qui tes­tait les tout-che­min et tout-ter­rain, aus­si. L’Audi Q7 dans la boue jusqu’aux oreilles ou en gros croi­se­ment de ponts, c’était autre chose.