Parenté

La paren­té, en France, est claire : elle est géné­tique. Sont les parents ceux qu’un test ADN désigne comme tels, sauf adop­tion plé­nière. Par exemple, lorsqu’un qui­dam reven­dique une part d’héritage d’un chan­teur et acteur décé­dé, on exhume celui-ci pour déter­mi­ner si la demande est légi­time.

Autre exemple, lorsqu’un indi­vi­du débarque en récla­mant la visite, voire la garde, d’enfants qu’il a aban­don­nés à la nais­sance, on véri­fie le lien bio­lo­gique, prio­ri­taire sur les liens affec­tifs que les­dits enfants peuvent avoir tis­sés avec leurs familles d’accueil.

Je trouve ça très très con, parce que je suis convain­cu que les parents sont plus ceux qui se lèvent à trois heures du mat’ les nuits de hur­le­ments, qui négo­cient avec les ins­tits et les autres parents pour arron­dir les dif­fé­rends des gosses, s’occupent d’un minot malade quittes à cho­per eux-mêmes la grippe à laquelle ils avaient échap­pé…, et pas ceux qui n’ont fait qu’accoucher, voire se sont limi­tés à un acci­dent hori­zon­tal neuf mois plus tôt.

Mais c’est comme ça, en l’état actuel du droit fran­çais.

C’est comme ça, sauf pour un cas : les enfants nés d’une autre mère que la leur. Là, curieu­se­ment, peu importe qu’ils aient le maté­riel géné­tique de gens qui les recon­naissent et sou­haitent les éle­ver : la ques­tion devient bru­ta­le­ment “qui c’est qu’a accou­ché ?”, et les parents géné­tiques et sociaux ne sont pas recon­nus.

C’est en l’occurrence encore plus con, parce que c’est un des rares cas où on est cer­tain qu’un enfant est dési­ré par ses parents, ce qui me paraît une condi­tion fon­da­men­tale (pas suf­fi­sante, mais fon­da­men­tale) pour qu’il soit bien accueilli et puisse gran­dir dans de bonnes condi­tions.

Ces temps-ci, on reparle de ges­ta­tion pour autrui dans le cas ubuesque d’enfants nés en Ukraine, d’une mère et d’un père fran­çais, mais por­tés par une mère ukrai­nienne. La por­teuse n’en veut pas, et n’a d’ailleurs plau­si­ble­ment pas la pos­si­bi­li­té maté­rielle de s’en occu­per puisqu’elle a choi­si de mener une gros­sesse rétri­buée (je me suis lais­sé dire que les mères por­teuses sont rare­ment des châ­te­laines cher­chant sim­ple­ment à rompre leur ennui). Les parents en veulent, ont les moyens de s’en occu­per et de leur assu­rer une édu­ca­tion cor­recte, mais le droit fran­çais les bloque au pré­texte que la mère n’a pas accou­ché elle-même.

J’ai juste une ques­tion, là, une seule : c’est quoi, bor­del, l’intérêt de l’enfant, dont on nous rebat les oreilles à lon­gueur de temps pour nous expli­quer des pla­ce­ments à l’Assistance publique, des mesures d’éloignement ou le droit de garde accor­dé à un parent plu­tôt qu’à l’autre ? Est-ce de gran­dir avec des parents qui l’ont sou­hai­té, qui peuvent l’entretenir, et qui même pour­ront lui filer un rein au besoin (rap­pe­lons que ce sont les parents géné­tiques), ou d’être impo­sé à une mère por­teuse qui ne sou­haite pas l’élever et n’en a pas for­cé­ment les moyens, ou encore d’être pla­cé en ins­ti­tu­tion ?

On me dira, la vraie solu­tion intel­li­gente, ç’aurait été d’adopter des enfants déjà nés plu­tôt que d’en rajou­ter sur une pla­nète assez rem­plie comme ça. C’est pas faux, mais la repro­duc­tion géné­tique est un moteur psy­cho­lo­gique par­fois aus­si puis­sant que l’envie d’enfant.

Sur­tout, en l’occurrence, on s’en fout : c’est fait, et y’a quand même une paire de gosses qui n’ont rien deman­dé à per­sonne et se retrouvent blo­qués et poten­tiel­le­ment sépa­rés de leurs aspi­rants parents par un point de droit, qui pis est étran­ge­ment contraire au dogme du reste de la paren­té… “Est parent celui que les ana­lyses géné­tiques dési­gnent comme tel, sauf pour les mères por­teuses que cette règle satis­fe­raient”, en somme.