Francophonie

Ce soir, en l’honneur de nos amis d’outre-Manche (et en par­ti­cu­lier de la plus rock’n’roll d’entre eux, Eli­za­beth Wind­sor, reine du Royaume-Uni), France 2 dif­fuse un film. Good mor­ning, England !, le film le plus bri­tan­nique de l’histoire du ciné­ma, impré­gné d’humour anglais jusqu’à la moelle.

Bien. Jusqu’ici, c’est plu­tôt une super idée : un très bon film, garan­ti 100 % grand-bre­ton, pour le jubi­lé d’une reine elle-même fort anglaise, sym­bo­li­sant au pas­sage l’évolution des mœurs qu’elle a super­vi­sée avec plus ou moins de bon­heur au cours de son inter­mi­nable règne.

Mais pour­quoi, bor­del, pour­quoi le pas­ser uni­que­ment en fran­çais ?

Je ne suis pas un inté­griste de la ver­sion ori­gi­nale, mais là…

Soyons clairs : plein de chaînes dif­fusent plein de films avec les deux canaux, fran­çais et ori­gi­nal. J’ai même sou­ve­nir d’avoir vu pas­ser sur Arte un film dis­po­nible en fran­çais, alle­mand et ori­gi­nal.

De manière géné­ral, France Télé­vi­sions a une mis­sion cultu­relle de ser­vice public. Celle-ci, en soi, jus­ti­fie plei­ne­ment que les chaînes du groupe pro­posent sys­té­ma­ti­que­ment le choix avec la ver­sion ori­gi­nale, en par­ti­cu­lier à l’heure où nous nous lamen­tons tous les matins sur l’incompétence lin­guis­tique qui fait mar­rer le reste du monde depuis des années¹.

Good mor­ning, England !, plus que d’autres, jus­ti­fie d’autant plus la ver­sion ori­gi­nale qu’il est impré­gné de bri­tan­nis­me². La quan­ti­té de blagues plus ou moins élé­gantes, de jeux de mots laids, voire le simple fait que les mor­ceaux de vieux rock qui passent ne sont pas là par hasard et ont à voir avec l’histoire du film, tout cela plaide pour évi­ter la tra­duc­tion — ou alors, quand le héros va recher­cher son père accro­ché à ses disques, il faut aus­si rem­pla­cer Father and son de Cat Ste­vens par Dia­logue de Maxime le Fores­tier, par exemple.

Enfin, dif­fu­ser une adap­ta­tion for­cé­ment approxi­ma­tive d’une œuvre intra­dui­sible pour célé­brer le Royaume-Uni, ça vous paraît pas un peu para­doxal ?

Bref, tech­ni­que­ment, ça ne pose aucun pro­blème de rajou­ter un canal son. D’autres chaînes le font, sans ali­bi cultu­rel d’ailleurs (à moins que M6 ait adop­té une mis­sion édu­ca­tive récem­ment, mais ça serait un scoop).

Alors, pour­quoi cette fran­co­pho­nie obli­ga­toire ? POURQUOI ?

¹ “To win, ze yes nids ze no, to win against ze no”, par exemple.

² Au pas­sage, tant qu’à avoir un titre anglais, il s’appelle The boat that rocked outre-Manche. “Le bateau qui rockait”, ça son­nait bizarre, mais tant qu’à tra­duire, autant tra­duire en fran­çais…

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