Adoptant, tu ne mentiras point

Un papa, une maman, on ne ment pas aux enfants.

Il s’agit là, vous l’avez reconnu, d’un slogan répandu chez les individus opposés à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Selon eux, laisser adopter des homosexuels serait un mensonge laissant entendre que deux personnes de même sexe peuvent procréer ensemble.

Cet argument anti-adoption par les homos ne cesse de me rendre perplexe, d’autant plus que deux avocats dont je suis les blogs (Eolas et Koz) sont intervenus sur le sujet avec des arguments juridiques plus ou moins valables à mon sens (mais ils s’y connaissent sans doute mieux que moi).

J’aimerais juste qu’on me dise un truc : depuis quand l’adoption est-elle considérée comme un mensonge ?

Rappel : en France, il existe deux adoptions, la simple et la plénière.

L’adoption simple crée une filiation supplémentaire entre adopté et adoptant, celui-ci recevant l’autorité parentale sur celui-là. L’adopté conserve sa filiation naturelle avec sa famille d’origine : normalement, il connaît (au moins administrativement) deux familles, desquelles il héritera d’ailleurs. L’acte de naissance reste au noms des parents d’origine, lorsqu’ils sont connus.

L’adoption plénière remplace la filiation d’origine par une nouvelle. L’adopté n’a plus de contact avec sa famille d’origine (d’ailleurs, dans le cas où celle-ci est connue, elle doit renoncer définitivement à sa filiation) et ses parents adoptifs deviennent sa seule famille. L’acte de naissance est nul et remplacé par le jugement d’adoption.

Bien. Alors, dans quel cas ment-on aux enfants ?

À vue de nez, je dirais qu’en aucun cas, un mensonge durable n’est possible. À supposer que les parents adoptifs cachent son statut à leur enfant, celui-ci découvrira immanquablement le pot-aux-roses le jour où il demandera un acte de naissance : adopté simple, il y trouvera le nom de ses parents d’origine ; adopté plénier, il y trouvera un jugement d’adoption.

Et le mensonge temporaire, me direz-vous ?

Et bien, un couple hétérosexuel peut aisément mentir à son enfant adoptif, en se présentant comme ses parents naturels. À moins que certains indices permettent d’exclure une filiation biologique¹, l’enfant peut effectivement ignorer sa situation jusqu’au jour où il demandera lui-même un acte de naissance (et s’il ne voyage pas hors de l’espace Schengen et ne se marie pas, ça peut prendre un moment).

Un couple homosexuel peut mentir à son enfant jusqu’à ce que celui-ci étudie la reproduction des mammifères. Or, celle-ci est actuellement au programme du cycle des approfondissements de l’école primaire et, pour ceux qui n’auraient pas déjà saisi, on parle plus franchement sexualité humaine, reproduction et génétique en classe de quatrième. Au pire, un enfant de 13 ans sait qu’il ne peut pas être engendré par deux hommes ou deux femmes.

La conclusion qui me semble s’imposer, c’est que les homosexuels sont bien moins que les hétérosexuels susceptibles de mentir sur l’origine de leurs enfants. Si vraiment c’était le mensonge sur les origines qui était la question centrale du débat, c’est donc l’adoption par des hétérosexuels que Frigide et Christine souhaiteraient bannir.

¹ En vrac et hors cas très très particuliers : deux parents de groupe O ayant un enfant A ou B, deux parents blonds ayant un enfant brun, deux parents blancs ayant un enfant noir, etc…

  • Patale

    A-t-on dit au « petit » Jésus que Joseph n’était pas son géniteur dès son enfance ;
    quand l’a-t-il appris ?

    En a-t-il déduit que tous les enfants avaient un « Dieu » pour père et que les humains masculins n’étaient là que pour aider les femmes ???

  • Marion

    La Bible rapporte que Jésus savait, en tout cas à l’âge de 12 ans, que Joseph n’était pas son père biologique.