Mécréants

Enten­du à l’ins­tant sur France 2 :

[Fran­çois a pro­fi­té de Pâques] pour s’a­dres­ser aux athées, ceux qui ne croient en rien, une pre­mière au Vati­can.

Je veux pas avoir l’air de pinailler, mais quand même, dire que les athées ne croient en rien, c’est une conne­rie de pre­mière force.

Les athées croient, par défi­ni­tion. Ils croient en l’inexistence de divi­ni­tés. Ce qui, en soi, n’est pas très dif­fé­rent de croire en l’exis­tence d’une ou plu­sieurs divi­ni­tés ; d’ailleurs, un athée peut mani­fes­ter sur la ques­tion de la divi­ni­té la même fer­veur qu’un croyant.

Ceux qui ne croient en rien, mon­sieur le jour­na­liste, ceux qui n’ont pas de convic­tion ni de croyance reli­gieuse, ils ne sont pas athées, ils sont agnos­tiques.

Les lin­guistes ver­ront d’ailleurs la dif­fé­rence fon­da­men­tale entre les deux posi­tions : l’a­thée n’a pas de dieu — “theos” signi­fie “dieu”. L’ag­nos­tique ne sait pas — “gno­sis” signi­fie “connais­sance”. Pour les recon­naître, c’est simple : un agnos­tique ne peut jamais s’é­chauf­fer lors­qu’il parle de divi­ni­té. (Par contre, cer­tains sont tatillons sur les ques­tions de liber­té de conscience ou de laï­ci­té.)

Si vous pré­fé­rez, un croyant va dire “Dieu/les dieux ont créé le monde”. L’a­thée va le pour­rir parce que “non, c’est pas pos­sible, y’a pas de dieu”. Enfin, l’ag­nos­tique va les ren­voyer dos à dos d’un “arrê­tez de gueu­ler pour ça : on n’en sait rien”.