Pendez Derrick !

Alors voi­là, toutes les chaînes qui le pro­gram­maient annulent les unes après les autres la dif­fu­sion de Der­rick, som­ni­fère ger­ma­nique et série pré­fé­rée des mai­sons de retraites.

Et fran­che­ment, je vois pas pour­quoi.

Oh, bien sûr, j’ai lu l’explication offi­cielle : Horst Tap­pert, acteur depuis 1946 et inter­prète du rôle-titre de Der­rick, a été vague­ment enga­gé dans une com­pa­gnie de flak dépen­dant des Waf­fen-SS en 1942–1943.

Mais j’ai juste une ques­tion : c’est quoi au juste, le rap­port avec une série télé­vi­sée née en 1973 ?

Si Der­rick pas­sait encore, c’est qu’elle avait encore une audience — ce qui en dit long sur l’évolution de la méde­cine et l’allongement de l’espérance de vie. La sup­pri­mer, c’est sup­pri­mer une source de reve­nus pour ses auteurs et pour les chaînes qui la dif­fu­saient et ôter une source de plai­sir à ses spec­ta­teurs (ben oui, y’a des gens comme ça qui ont des plai­sirs bizarres, mais je suis pas là pour juger les man­geurs de navets, les spec­ta­teurs de foot ou les audi­teurs de Der­rick). Qu’est-ce que ça apporte, en revanche ?

Rien.

Au mieux, une pos­ture pseu­do-éthique genre “le nazisme ne pas­se­ra pas par moi”, qui se trompe de guerre : Der­rick, ça n’est pas un livre de Fau­ris­son. À sup­po­ser même que Tap­pert ait été un nazi convain­cu et pas un gamin pau­mé qui a sui­vi de mau­vaises réponses à ses ques­tions (comme Dimi­tri par exemple), il ne tirait plus aucun béné­fice de la dif­fu­sion de la série : il est cané en 2008.

En revanche, sup­pri­mer cette série, ça envoie un mes­sage abso­lu­ment dingue aux pro­duc­teurs : à l’avenir, ne choi­sis­sez pas vos acteurs pour leur talent ou leur capa­ci­té à incar­ner vos per­son­nages. Non, ça, on s’en fout. Choi­sis­sez-les sur leur casier judi­ciaire imma­cu­lé, en espé­rant ne pas pas­ser à côté de quelque chose, parce qu’au final, c’est ça qui déci­de­ra si votre œuvre devra être dif­fu­sée ou non.

(Au fait, le titre de ce billet est un jeu de mots très drôle. Pour ceux qui ne le voient pas, lisez À l’ombre des der­ricks, dix-hui­tième album de Lucky Luke. Pour ceux qui le voient mais ne le trouvent pas drôle, mer­ci de faire sem­blant de rire.)

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