Outil

Un phi­lo­sophe de France 2, répon­dant à la ques­tion du jour “le lan­gage n’est-il qu’un outil ?” (cité de mémoire et en résu­mé) :

Quand on emploie un outil, on le maî­trise. Le lan­gage nous échappe par­fois, par exemple dans les lap­sus, et fait appa­raître quelque chose de com­plè­te­ment dif­fé­rent.

Cette phrase ne nous apprend rien sur le lan­gage. Elle ne nous apprend rien non plus sur les outils. Elle nous en apprend en revanche énor­mé­ment sur son auteur : elle nous dit qu’il n’a jamais tenu un outil — ou très briè­ve­ment.

Nie­rait-il que l’appareil pho­to soit un outil ? Que le pin­ceau soit un outil ? Que le mar­teau soit un outil ?

Il n’empêche qu’ils nous échappent par­fois, comme le lan­gage. Qu’il s’agisse d’un déclen­che­ment acci­den­tel en sta­bi­li­sant l’appareil de la main, d’un jet de pein­ture invo­lon­taire qui trans­forme la toile, ou d’un écra­se­ment mal­adroit de doigt… Et, comme avec le lan­gage, nombre de ces “acci­dents” sont des actes man­qués, qui révèlent plus ou moins l’état psy­chique de celui qui les réa­lise, et qui créent par­fois des suc­cès inat­ten­dus — j’admets que pour le mar­teau, c’est plus rare.

Le fait que le lan­gage nous échappe ne nous dit pas si c’est un simple outil ou s’il va au delà. Ça nous dit juste que les acci­dents psy­chiques existent, et que les lap­sus sont les plus com­muns des actes man­qués.

Et ça, c’était un scoop il y a, oh, bien 130 ans…