Fief

Vous avez remarqué ? Mes petits camarades de la presse politique répètent à qui veut l’entendre, ce soir, le mot « fief ». François Hollande a voté dans son fief de truc, le FN conserve son fief, tout ça.

Comme beaucoup de mots-réflexes de journalistes, il est bon de temps en temps de faire un petit pas en arrière pour voir si par hasard on ne l’aurait pas dépossédé de son sens.

Un fief, rappelons-le, est une terre concédée à un vassal par un seigneur. Ça nous vient directement du moyen-âge.

Par extension moderne, un fief est un endroit que l’on considère comme quasi-propriété de quelqu’un. Par exemple, la zone où j’habite est parfois considérée comme le fief de Daniel Vaillant : il en est maire depuis 1995, à l’intérim Lepetit près. Jean-Marc Ayrault va plus loin : il est maire de Nantes depuis 1989 et n’a lâché le siège que pour devenir premier ministre.

Cependant, on ne peut pas considérer que voter à un endroit en fait, juste parce qu’on est connu, son fief. François Hollande est inscrit à Tulle, mais il n’en a été maire que pendant un mandat, il y a six ans de cela : pas vraiment de quoi lui attribuer la ville comme propriété… Difficile aussi de parler de « fief de Gilbert Collard » pour Saint-Gilles, comme l’ont fait les Inrocks : le maire actuel, Alain Gaido, est inscrit au parti socialiste !

Je ne suis pas contre l’utilisation du terme lorsqu’une administration quasi-seigneuriale règne sur un territoire. Mais de grâce, chers confrères, chères consœurs, cessez de l’utiliser pour dire « Untel vote là » ou « Telautre a vécu ici » : c’est exagéré jusqu’au ridicule.