Journaliste ou pubard ?

Comme je suis jour­na­liste, je m’intéresse aux offres d’emploi du sec­teur. Du coup, je viens de voir pas­ser ça :

offre

Est-il besoin de conti­nuer plus loin ? Pas vrai­ment : la suite est du même ton­neau.

La socié­té recrute un jour­na­liste (avec un r, c’est mieux) qui tra­vaille­ra “en étroite col­la­bo­ra­tion avec les res­pon­sables marketing/communication”.

Je vais juste faire un petit rap­pel :

  • un jour­na­liste a pour métier d’informer ;
  • un res­pon­sable mar­ke­ting a pour métier de vendre.

Les deux acti­vi­tés sont incom­pa­tibles : la prio­ri­té de l’un est la cir­cu­la­tion d’une infor­ma­tion hon­nête même si elle ne doit rien rap­por­ter, la prio­ri­té de l’autre est un résul­tat pécu­niaire même s’il faut men­tir (ne serait-ce que par omis­sion).

Je peux être très tolé­rant sur la notion de jour­na­lisme : pour moi, quelqu’un qui tient un blog infor­ma­tif ou cri­tique mérite le titre même s’il ne fait ça que pour s’amuser sur ses heures de repos, de même que celui qui tra­vaille dans un maga­zine d’entreprise (pour­vu qu’il fasse des papiers hon­nêtes), et je pense que Bru­no Masure fait plus de jour­na­lisme sur son compte Twit­ter de retrai­té que beau­coup de pos­ses­seurs de la carte de presse (réser­vée, elle, aux jour­na­listes pro­fes­sion­nels et non aux ama­teurs).

Mais il y a une fron­tière infran­chis­sable : “ne jamais confondre le métier de jour­na­liste avec celui du publi­ci­taire ou du pro­pa­gan­diste ; n’accepter aucune consigne, directe ou indi­recte, des annon­ceurs” (je dirais pas mieux que la Charte de Munich, donc autant la citer).

Quand on tra­vaille “en étroite col­la­bo­ra­tion”, il y a for­cé­ment au moins des consignes indi­rectes (genre “ça serait bien de par­ler de ça, ça rap­porte”).

La réa­li­té, c’est que cette offre ne concerne abso­lu­ment pas un jour­na­liste, mais un auxi­liaire de com­mu­ni­ca­tion. Ils n’ont ajou­té “jour­na­liste /” devant que pour avoir une accroche un peu plus ven­deuse et, peut-être, pour jus­ti­fier un salaire au lance-pierres (tra­di­tion­nel­le­ment, les pubards touchent plus que les pisse-copie, faut bien ache­ter leur conscience).

D’ailleurs, pour ajou­ter un mot dont ils com­prennent pas le sens dans le seul but de rajou­ter du pres­tige à une offre de mar­ke­teux, y’a pas de doute : c’est bien une boîte de pub.

Voir aussi :