Joyeux anniversaire

Papa était prag­ma­tique. Per­sonne ne lui avait rien deman­dé, mais il s’é­tait dit que c’é­tait le bon moment pour faire un enfant, his­toire de mettre un pied dans la nou­velle cour de récré qui s’an­non­çait. Tra­ver­sant une période de conver­sions mul­tiples, il pré­fé­ra ne pas mul­ti­plier les expé­riences et cui­si­na une recette dans l’air du temps : son nou­veau-né n’é­tait pas très sophis­ti­qué, mais simple et plu­tôt élé­gant. Cela don­na un enfant bien né, équi­li­bré, spor­tif sans excès, qui gri­gno­ta sans pitié un espa­don au petit-déjeu­ner pour impres­sion­ner son entou­rage. Puis­qu’il plai­sait, Papa lui don­na rapi­de­ment des petits frères plus fins et énig­ma­tiques, mais ça n’empêcha pas l’aî­né de décou­vrir le monde : il finit son enfance dans les tem­pêtes de Suez, pas­sa son ado­les­cence sur un point chaud de la Guerre froide entre l’Inde et la Chine, et prit une pré­re­traite active en Amé­rique cen­trale. Dis­cret et sou­vent oublié, il reste donc un témoin impor­tant de l’His­toire, en plus d’a­voir ins­pi­ré une chan­son à une prin­cesse moné­gasque.

Né en France, envoyé en Israël et en Inde, retrai­té sans ses bidons au Sal­va­dor. — pho­to Aeroprints.com, CC-BY-SA

Joyeux anni­ver­saire, Das­sault Oura­gan.