La pensée du jour

Trois heures après le dis­cours du type qui loge à l’É­ly­sée, j’en retiens quoi ? Petite tra­duc­tion libre :

D’a­bord, y’a les cas­seurs, faut que toute la force de la loi leur tombe des­sus, faut tout faire pour empê­cher le moindre dégât. Mais moi je vais rien faire, chaque pré­fet sera res­pon­sable de conci­lier liber­té de mani­fes­ter et pro­tec­tion des biens.

Autre­ment dit : si un pré­fet auto­rise une manif et que ça tourne mal, ça sera pour sa gueule ; si un pré­fet inter­dit une manif et qu’on y voit une atteindre aux liber­tés, ça sera pour sa gueule. Je serais pré­fet, j’au­rais envie de tout cra­mer (ou au mini­mum de démis­sion­ner). Je veux dire, ça doit être un peu frus­trant d’a­voir été nom­mé à un poste pres­ti­gieux et de se voir trans­for­mer en para­pluie pour le mec du dessus.

Ensuite, y’a les mani­fes­tants, ils ont des reven­di­ca­tions légi­times, faut les entendre. Mais moi je vais rien faire, hein, “il faut”, c’est “quel­qu’un”, “on”, un truc du genre. Et de toute façon, faut les entendre, pas les écou­ter, encore moins y répondre.

Autre­ment dit : allez‑y, par­lez, quand vous aurez dit ce que vous avez à dire, ça ira mieux et on pour­ra conti­nuer exac­te­ment comme avant. Je serais prof, élève, sala­rié du pri­vé, fonc­tion­naire ou autre, j’au­rais envie de tout cra­mer (ou au mini­mum de tout blo­quer jus­qu’à ce que le gou­ver­ne­ment saute). Je veux dire, “je suis en ter­mi­nale et il me manque un prof de spé­cia­li­té qui sera pas rem­pla­cé”, “je suis à la fac et j’ai pas de quoi bouf­fer et en plus y’a des bouts de pla­fond qui tombent sur ma chaise”, ce ne sont pas des pro­blèmes psy qui se résolvent quand on en prend conscience et qu’on les verbalise.

Dans tous les cas, je prends aucune res­pon­sa­bi­li­té, je vais rien chan­ger, allez bos­ser et faites pas chier.

Conclu­sion per­so : je sais pas com­ment on peut dire des trucs qui peuvent rajou­ter autant d’huile sur le feu en seule­ment huit minutes.

C’é­tait la pen­sée du jour. Notez que je prends l’hy­po­thèse opti­miste : Macron est juste décon­nec­té et a sin­cè­re­ment l’im­pres­sion que les mécon­tents iront mieux s’ils s’ex­priment dans leur coin sans que rien ne change. Y’a aus­si l’hy­po­thèse selon laquelle ce serait un connard cynique qui se dit qu’il va refaire le coup des débats et des cahiers de doléances et que le temps que ce soit fait, les élec­tions seront pas­sées et ça sera plus son pro­blème. Après moi, le déluge.

NB : évi­dem­ment, j’ai pas rete­nu la tota­li­té du dis­cours, je peux avoir oublié d’autres trucs. Mais si c’est ce que j’en retiens, c’est sans doute ce que beau­coup en retien­dront. Et chez des gens déjà éner­vés ou frus­trés, ça peut qu’en­ve­ni­mer les choses.