Date de naissance

Si vous lisez la presse du jour, vous savez for­cé­ment que, il y a vingt ans tout pile, Radio­head sor­tait OK Com­pu­ter, un album cen­tral dans sa dis­co­gra­phie mais éga­le­ment extrê­me­ment mar­quant pour la scène rock bri­tan­nique (sauf pour Oasis, qui n’al­lait pas s’a­bais­ser à s’ins­pi­rer de bonnes choses).

Cap­ture d’é­cran Google News.

Si vous me lisez régu­liè­re­ment, vous serez un peu sur­pris. Vous m’a­vez en effet vu fêter l’an­ni­ver­saire de ce même disque il y a trois bonnes semaines.

D’où donc vient cet écart ?

Et bien, c’est simple : la presse bri­tan­nique a fêté cette sor­tie aujourd’­hui, et la presse fran­çaise, aus­si culti­vée qu’à l’ac­cou­tu­mée, lui a emboî­té le pas.

Mais, direz-vous, pour­quoi donc la presse bri­tan­nique fête-t-elle Ok Com­pu­ter aujourd’­hui ?

Et bien, parce qu’il est sor­ti outre-Manche le 16 juin 1997.

Image Stan­ley Don­wood / the White Cho­co­late Farm

Il arrive qu’une date de nais­sance ne soit pas sûre. Enzo Fer­ra­ri est un cas célèbre : sa nais­sance a été enre­gis­trée le 20 février 1898, les condi­tions météo n’ayant pas per­mis à ses parents de contac­ter les auto­ri­tés dès le 18.

Mais il y a sur­tout des cas où choi­sir la date n’est pas simple. Si tout le monde s’ac­corde à dire qu’un disque ou un film “naissent” le jour où le public peut y goû­ter, cette date n’est que rare­ment unique.

OK Com­pu­ter est appa­ru au Japon le 21 mai 1997. Puis aux États-Unis le pre­mier juin, en France le 13, au Royaume-Uni le 16, au Cana­da le 17…

Selon moi, la bonne approche, c’est de prendre la pre­mière date de publi­ca­tion. Après tout, si un jour j’ai une fiche Wiki­pé­dia, elle dira que je suis né le 27 novembre ; je ne pense pas que sur la tra­duc­tion japo­naise, il sera mar­qué “28 novembre” (ou plu­tôt “11月28日”, bien sûr), bien que ce fût la date au moment de ma nais­sance dans ce pays.

OK Com­pu­ter est donc “né” le 21 mai 1997.

Tout le monde n’a pas pu l’en­tendre immé­dia­te­ment, bien sûr, mais de même que la plu­part des bébés passent quelques jours au chaud avant d’af­fron­ter les microbes de toute la famille.

Fêter son anni­ver­saire aujourd’­hui, pour les Bri­tan­niques, c’est une approxi­ma­tion com­pré­hen­sible, même s’ils com­mé­morent en fait leur propre ren­contre avec le mes­sie et non sa nais­sance.

Le fêter aujourd’­hui, pour des Fran­çais, c’est tout sim­ple­ment absurde.

Et que des jour­na­listes fran­çais spé­cia­li­sés en musique le fêtent aujourd’­hui, c’est une preuve de pure incom­pé­tence.