Ouvrez les yeux

Je ne compte plus les fois, ces der­niers jours, où j’ai enten­du des per­sonnes habillées à la Lager­feld expri­mer des trucs du style :

Faut que les gens ouvrent les yeux, c’est pas pos­sible, les taxes nous étouffent, le car­bu­rant est trop cher, on arrive pas à finir les fins de mois, ça sera quoi l’avenir de nos enfants ?…

Bon.

Premier point :

ouvrez les yeux, les gars. Allez faire un tour dans des pays où l’État est réduit à ses fonc­tions réga­liennes, tiens. Allez voir ce que ça donne, quand les taxes sont beau­coup plus faibles mais que vous arri­vez sur le mar­ché du tra­vail soit à 14 ans, soit avec 30 000 € de dettes. Allez voir com­ment ça fonc­tionne quand on vous soigne en fonc­tion du pla­fond de votre carte de cré­dit, quand vous rem­bour­sez lit­té­ra­le­ment toute votre vie les frais d’un acci­dent de voi­ture. Allez voir à quel point c’est idéal quand, en cas de fer­me­ture de votre employeur, vous per­dez en un ins­tant la tota­li­té de vos reve­nus. Allez voir comme tout est par­fait quand seule la capi­ta­li­sa­tion auprès de socié­tés pri­vées vous per­met de prendre une retraite.

Allez voir, ouvrez les yeux, et croyez-moi : vous l’aimerez, votre État-pro­vi­dence à la fran­çaise. Et si vous aimez vos enfants, vous serez heu­reux de payer des impôts pour qu’ils soient ins­truits presque gra­tui­te­ment jusqu’au doc­to­rat s’ils en ont envie, soi­gnés pour presque rien, pro­té­gés en cas d’accident, de licen­cie­ment ou de vieillesse…

Deuxième point :

si vrai­ment on doit ouvrir les yeux, ouvrons-les et ouvrons-les grand. Ne nous conten­tons pas de regar­der les trois mois qui viennent dans notre por­te­feuille. Regar­dons en face les cent ans qui viennent dans le monde entier.

Le prix des car­bu­rants n’est pas un pro­blème ou, plus exac­te­ment, ce n’est qu’un pro­blème local et tem­po­raire. L’utilisation des car­bu­rants est, elle, un vrai pro­blème, glo­bal et durable. Plu­tôt que de beu­gler pour qu’on baisse les taxes sur les hydro­car­bures, beu­glez pour qu’on trouve une alter­na­tive rapide et renou­ve­lable aux hydro­car­bures, ou à tout le moins qu’on lance immé­dia­te­ment des mesures pour réduire dras­ti­que­ment leur consom­ma­tion.

Si on réduit la consom­ma­tion d’hydrocarbures, ça aura deux effets :

  1. la pol­lu­tion sera réduite et on aura, pour reprendre les termes de Richard West­brook, “une chance rai­son­nable d’avoir une forme de vie post-apo­ca­lyp­tique dys­to­pique” ;
  2. la demande dimi­nuant, le prix des hydro­car­bures dimi­nue­ra.

Ain­si, vous attein­drez votre objec­tif (pou­voir faire le plein) ET vous aug­men­te­rez les chances de vos enfants de connaître autre chose qu’une guerre cli­ma­tique glo­bale à la fin de leur vie. Si vrai­ment le sort de vos des­cen­dants vous inquiète, ça sera ça, votre prio­ri­té abso­lue.

Vous dites : “ouvrez les yeux” ?

Je ne sau­rais pas mieux dire.